La Momie : critique qui embaume

Simon Riaux | 21 août 2022 - MAJ : 07/09/2022 18:32
Simon Riaux | 21 août 2022 - MAJ : 07/09/2022 18:32

Universal souhaitait imiter les univers étendus de Marvel et DC Comics qu'ont respectivement Disney et Warner. Le studio avait déterminé que les Universal Monsters (série de films d'horreur entre les années 20 et les années 60) seraient les heureux élus du processus industriel, et leur ambassadeur n’était autre que La Momie : le blockbuster avec Tom Cruise devait être le premier volet du Dark Universe d'Universal. Ou du moins, aurait dû puisque tout a été abandonné suite au petit échec du film.

MOMIE BEGINS (AGAIN)

La firme avait tenté une première fois de transformer ses créatures en Avengers de l’horreur avec Dracula : Untold, dont le ratage commercial et artistique en 2014 n’a pas entamé les velléités de l’entreprise. Universal a tenté d’apprendre de son échec. Mais si des leçons ont été tirées, on n’est pas certains que ce soient les bonnes.

Oubliez Imhotep et la tronche de linceul de Boris Karloff : la momie qui nous intéresse aujourd’hui est une femme prénommée Ahmanet. Adieu corps putrescent, au revoir silhouette massive et impavide, c’est Sofia Boutella (Kingsman : Services Secrets, Star Trek : Sans Limites, Atomic Blonde), qui se glisse sous les bandelettes. On s’en réjouissait, espérant que ce changement de sexe renouvellerait également le mythe. On tenait là la promesse d’une interprétation beaucoup plus physique et dynamique, que justifiait le choix de son athlétique interprète.

 

photo, Sofia BoutellaAhmanet, ou l'amour vache

 

Mais hélas, cette momie n’a jamais été pensée comme une menace à proprement parler et encore moins comme un monstre iconique du cinéma révéré depuis 1932. Non, Sofia Boutella ne sert ici que de faire-valoir à son antagoniste masculin, devenu un obscur objet de désir, puisque même le mal absolu ne peut que défaillir devant l’anatomie triomphante de notre héros Tom Cruise et son invincible sens du cool. En effet, La Momie n’est pas tant la renaissance attendue d’une des plus saisissantes images du cinéma qu’un véhicule dont la star s’échine à prendre le contrôle

En témoigne le premier acte du film, où un Tom Cruise métamorphosé en Nathan Drake du pauvre mitraille de l’islamiste en gigotant de toits en toits, sous un déluge de punchlines et de vannes pataudes, voire gentiment sexistes. La star s'enlise aux côtés de son personnage informe, disloqué par sa volonté de toujours incarner un mélange de positivisme et de cool atitude en contradiction totale avec l’ADN horrifique du projet, devenu curieusement anachronique. La star se mue en une version javelisée du Michael Douglas d'À la poursuite du diamant vertégarée en plein désert.

 

Tom CruiseUne cascade spectaculaire, mais hors sujet

 

TOM OF THE DEAD

Deux films s’affrontent au sein de La Momie et malheureusement, tous deux sont ratés. D’un côté : un film d’aventures bas du front, qui fait son possible pour recycler ce qu’une armada de commerciaux en goguettes ont identifié comme relevant du « cool » (Uncharted, des avions qui explosent, une origin story calquée sur la recette Marvel). De l’autre : un simulacre d’horreur gothique, nettoyé à la soude pour ne pas effrayer les enfants.

Les contrastes esthétiques, thématiques et rythmiques qui ébranlent le film – parfois au sein d’une même séquence – sont si évidents et contreproductifs, qu’on n'est pas loin de penser que la post-production de La Momie a été apocalyptique et aura amené le studio à transformer plusieurs fois le film au gré des attentes des exécutifs. Second couteau repiqué sans vergogne du Loup-garou de Londres, Vail (incarné par Jake Johnson) est l'un des personnages les plus problématiques, tantôt éjecté du récit, tantôt intégré aux péripéties au forceps, révélant au passage la schizophérnie du projet.

 

Photo Jake JohnsonQuand Tom Cruise se balade du côté d'Uncharted

 

Des revirements qui se sentent jusque dans le montage du film, lorsque d’une scène à l’autre des personnages préalablement réunis se retrouvent inexplicablement isolés, ou quand, au sein d’une situation désespérée, un Deus Ex Machina apparaît sans justification aucune à la faveur d’un plan d’insert grossier pour indiquer une issue. Tout concourt ici à un sentiment de précipitation et d’impréparation, comme si chaque comédien, chaque chef de poste du projet s’efforçait de travailler sur un film différent, maladroitement ajusté à posteriori.

 

Photo Annabelle WallisAnnabelle Wellis : Lara Soft

 

PRODIGIUM IN RECTUM

Aussi effrayant qu'un épisode de Dora l'Exploratrice et techniquement déficient, le film pouvait espérer sauver les meubles avec son univers étendu. Certes, personne n’a envie de voir les Universal Monsters transformés en Avengers du pauvre, mais l’idée recèle néanmoins un fort potentiel pulp. Sauf qu'ici aussi, c’est un désagréable amateurisme qui prime.

 

photo, Tom Cruise, Russell CroweDr. Jekyll et M. heu...  Mr quoi exactement ?

 

Prodigium, l’organisation qui entend contrôler les forces du mal, n'est qu'un S.H.I.E.L.D. rabougri et ne nous offre qu’une nouvelle incarnation d’un gendarme du monde, totalement à côté de la plaque dans le cadre d’une franchise qui voudrait justement mettre les ténèbres en haut de l’affiche. Quant à Russell Crowe, son Mister Hyde évoque plus un Australien couperosé un peu trop porté sur le saucisson de crocodile que le double transgressif d’un lord anglais. Rien de vraiment surprenant ici, Russell Crowe étant lui aussi assujetti à l’icône Tom Cruise et ne pouvant prendre risque de lui faire de l’ombre.

C’est dans son dernier acte éparpillé entre climax mollasson et univers détendu que le film révèle l’hypocrisie avec laquelle il aborde sa matière première. L’objet n’est ici ni La Momie, ni les bébêtes qui suivront (L’Homme Invisible, la créature de Frankenstein et du Marais, évoqués au détour d'un plan) : c'est la création d’un super-héros poussiéreux, prolongement direct de Tom Cruise lui-même, être immortel capable de tordre le récit à son seul bénéfice, quitte à abandonner le spectateur dans les tréfonds d'un tombeau Hollywoodien.

 

Affiche

Résumé

En lieu et place de la réinvention d'un des plus grands mythes du fantastique, Universal s'égare avec ce véhicule piraté par un Tom Cruise, aussi mal à l'aise en aventurier rigolard qu'en victime d'une malédiction ancestrale.

Autre avis Geoffrey Crété
Un pas très joyeux bordel qui se prend très au sérieux, et tombe dans tous les panneaux du blockbuster moderne avec sa pauvre fin du monde, ses scènes d'action bruyantes, et son univers étendu forcé. Très mal pensé, moyennement exécuté et probablement rafistolé après coup, La Momie est un beau morceau de vide.
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Lecteurs

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commentaires
Morcar
30/08/2022 à 01:00

Je viens de le regarder sur Netflix, et même si c'est très loin d'être le meilleur film de Cruise, ce n'est à mon avis quand même pas la catastrophe à laquelle je m'attendais après tout ce que j'avais pu entendre sur ce film depuis cinq ans. C'est sûr, celui qui voulait voir un film horrifique sera déçu, mais il ne semble pas que ça soit ainsi que le film est vendu. Au contraire, c'est plutôt un film d'aventure fantastique.
J'avoue quand même que c'est bourré de défauts, mais l'idée finale aurait pu permettre d'imaginer une franchise sympa. Et puis j'aurais bien aime revoir Annabelle Wallis, moi !

Malgré tout, c'est peut-être bien le moins bon film de Cruise. Mais il existe bien pire dans le genre quand même.

Auto Cruise control
22/08/2022 à 10:22

le Cruise qui a l'habitude de bien choisir ses films,et de faire plutôt de bons films, s'est completement planté sur ce coup là, comment n'a t-il pas vu le mauvais coup venir?
et le Crowe qui vient cachetonner, il nous fait une Bruce Willis en mode autopilote, genre il sort de sa loge au dernier moment, fait sa scene et se casse le plus vite possible tout en tirant la gueule ou presque!

Tonton
22/08/2022 à 08:18

@Ethan

Film mal accueilli car film mauvais

Ethan
22/08/2022 à 07:56

Ce film a mal été accueilli car sorti quelques années après momie des années 1990 et 2000 ou le choix d'être trop fantastique n'a pas été accepté

Ash77
22/08/2022 à 07:34

Vu hier soir. Pas terrible malgré la star Tom Cruise. D'habitude ces films sont bien mieux mais là c'est un peu n'importe quoi. Bon heureusement il y a du spectacle, ça fait passé la pilule.

Fourberies d'orque
21/08/2022 à 19:44

La légende dit que Tom Cruise a voulu tout contrôler lors du tournage... C'est ce qu'on entend souvent pour justifié la piètre qualité de ce film. Mention spéciale à la scène d'apparition de Tom Cruise où il se retourne...qui est mal coupé MDR !!!

La double scène d'introduction avec les gravures pas du tout d'époque mon également choqué.

A-t-on déjà sauvé un film en rafistolant le montage de la sorte ???? J'écris ce message en 2022 après la catastrophe jurassic World 3 c'est pour ça que je pose la question lol

Dites-vous que ça aurait pu être pire !

Flo
15/08/2020 à 15:42

Marrant, et assez efficace comme tout "Épisode 1" qui se respecte.
Mais Rejet, parce-qu'il est encore impossible au paysage cinématographique d'absorber un autre Univers de blockbusters. Il faut du temps - voir les "Fast and Furious", qui n'ont récolté un spin-off que récemment.
Le livre des morts de la version Sommers apparaissant ici, on peut donc se dire que c'est le même Univers... "Van Helsing" inclus, dont Prodigium serait la descendance...
On oublie le "Dracula" récent, on garde le dernier "Homme Invisible", et c'est bon.
Faut arrêter de tout jeter avec l'eau du bain.


25/06/2020 à 03:28

Les zombies proviennent des Films de momies à la base ...
On aurai dû voir: du sang. Des tripes. De la cervelle. Des corps rempli d'asticots....
Et pr la procédure de momification et bien, si vous avez un peu de culture, vous savez ce qu'on aurait dû voir

Caroline
02/03/2020 à 07:36

C'est treès brouillon, il y a plus de fantastique que d'aventure, et on retrouve des scènes d'action comme dans un MI (cascade en camionnette, baston...). Le début est désagréable, ils n'arrêtent pas de s'engueuler, il y a très peu d'humour. Le film de 99 avec Rachel Weitz était réussi.

Jin
16/12/2019 à 06:51

Les films avec Brendan Fraser étaient quand même plus réussis que celui là....

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