À bras ouverts : Critique de la Grande Panouille

Simon Riaux | 5 avril 2017
Simon Riaux | 5 avril 2017

Après l’énorme succès de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? Philippe de Chauveron revient avec une nouvelle comédie sociétale, hypocritement estampillée « Vivre Ensemble », dans l’espoir de réitérer le triomphe populaire qui l’a fait découvrir. Un temps intitulé Sivouplééé, avant qu’une vive polémique ne pousse la production à rétropédaler, le métrage nous arrive au beau milieu d’une campagne électorale saturée par les débats sécuro-identitaires. Ambiance.

 

FUNAMBULISME CRITIQUE

Traiter d’A bras ouverts est un exercice bien plus épineux qu’il n’y paraît. Le produit a intégré, dès sa conception, qu’il sortirait sous le feu nourri des critiques, lesquelles ne manqueraient pas d’y voir un machin nauséabond et infréquentable. Se poser en divertissement grand public loin des considérations de médias "hors-sol" et "déconnectés du réel", c’est bien le message promotionnel distillé à longueur d’interviews, faisant de l’attaque ad hominem un ressort marketing, voire un potentiel tremplin pour le film.

Comme pour Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? il est donc difficile de pointer du doigt le racisme cool et le ton réac-rigolo déployé par le scénario, sans jouer insidieusement son jeu et donner du grain à moudre à la vision clivée et clivante de la société française qu’il promeut. Pour autant, impossible de ne pas souligner ce qui pose problème dans le film de Philippe de Chauveron.

 

Photo Ary Abittan

 Quand la musique est bonne...

 

OPERATION CORNED BIFLE

D’un strict point de vue cinématographique, A bras ouverts est un naufrage qui appelle peu de commentaires. Minée par un casting aussi expressif qu’un vigile de discothèque Picard, la chose se complaît dans une esthétique hideuse, qui tient plus de la publicité pour anxiolytiques que du cinéma, affichant une photographie qui se refuse au moindre à style, se contentant toujours d'éclairer des plans moyens composés avec la passion d'un garde suisse en descente d'organes. Il en va de même pour le tempo comique, lui aussi issu d’une logique publicitaire, tant il vise à circonscrire l’humour à de brèves vignettes, hybridation improbable de blagues de cour de récré et de slogans douteux.

Où que se pose le regard du spectateur, il se heurte à un océan de médiocrité, qui, plus que le rire, vise à activer un réflexe de reconnaissance grégaire dans son public. C’était déjà le cas dans Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? qui troquait contre l’inventivité et la provocation un best-of de poncifs connus et reconnus du spectateur, invité à jouir sans complexe non pas de l’humour, mais de l’identification d’un langage proposé comme commun, décomplexé. Il n’est pas question ici de découvrir (un univers, des personnages, un ton, une mise en scène), mais bien de se retrouver face à un miroir (de ses préjugés, de ses peurs, de sa défiance) dont la dimension réconfortante prend le pas sur toute tentative humoristique.

 

Photo

L'hypocrite boboïde mondialiste, découvrant la laideur du monde réel de la réalité véritable.

 

BIENVENUE CHEZ LES FACHOS

A bras ouverts, aussi nul qu’il soit, est-il pour autant le tract politiquement rance dénoncé un peu partout ? Oui, mais pas forcément pour les raisons attendues. Si reprocher au film son message – les Roms sont des sous-hommes répugnants, malhonnêtes et affreux, mais il n’est pas interdit d’en rire et de les aimer pour les abominations qu’ils sont – est un faux débat, l’objet de la critique n’étant à priori pas de déterminer le bon goût et encore moins ce qu’il est politiquement correct d’énoncer. Si Philippe de Chauveron veut promouvoir un cinéma racialiste et réactionnaire, il ne tient qu’à lui de le faire en réalisant une véritable proposition de cinéma. En jouant le jeu, en donnant une vision du monde que chacun pourra critiquer, soutenir, vouer aux gémonies ou adopter.

A bras ouverts n’est pas problématique parce qu’il promeut un message odieux, il l’est parce qu’il ne l’assume jamais et feint de jouer la carte du vivre-ensemble. Il refuse de monter sur le ring des idées qu'il valide, préférant discréditer son adversaire qu'encaisser ses coups. Lorsque dans la scène qui amorce la dynamique du récit, Christian Clavier (clone de BHL) est confronté sur un plateau télévisé à Marc Arnaud (clone de Florian Philippot), se joue le message du film.

 

Photo Christian Clavier, Elsa Zylberstein

De la conviction.

 

D’un côté, un bourgeois boursoufflé, dont l’humanisme se révèle un mensonge, et de l’autre, un type jeune et moderne, qui annonce et déclame des idées préconçues que le scénario va s’échiner à valider. Et si l’épilogue feint de jouer la carte de la réconciliation, c’est bien la vision d’un homme politique d’extrême droite qui est donnée gagnante (car en prise avec le monde), contre celle d’un homme, dont les vices individuels suffiraient à décrédibiliser l’école de pensée.

Et si la tolérance est donc montrée comme un mensonge de classe à balayer, c’est pour mieux valider l’idée qu’il n’existe d’avenir commun que dans l’abaissement de l’Autre, que pour le supporter il faut tout à fait l’enfermer dans un rôle, qui confine à l’animalité, de créature bouffonne et grotesque (le personnage d’Ary Abittan n’est-il pas introduit via un hommage à Nosferatu ?). A bras ouverts n’assume finalement jamais sa détestation grinçante de la différence, et la maquille à la truelle, pour mieux infuser son programme idéologique sans jamais le défendre franchement.

 

raciste

Oh la jolie main crochue que voilà

 

LA GRANDE PANOUILLE

Pour qui a entendu Pascal Praud évoquer un « procès en sorcellerie » à la manière d’un Zemmour Light sur l’antenne de RTL, il devient d’autant plus important d’esquiver le piège tendu par le film et ses souteneurs contre "les Trissotin de la critique". On le répète donc, ce n’est pas ce que dit le film qui interroge, c’est sa stratégie d’évitement, sa manière goguenarde de dérouler une idéologie xénophobe sous couvert de provoc sympatoche, tout en accusant ses adversaires de pratiquer la stigmatisation qu’il valide lui-même.

À ce titre, il est désolant de voir d’excellents comédiens se prêter à cette mascarade, n’hésitant pas à se payer une bonne tranche au box-office, sur le dos d’un public et d'une communauté qui n’auront jamais droit aux miettes du gâteau qu’ils ambitionnent. Quelle tristesse de voir Elsa Zylberstein cachetonner mollement, comme pour se venger d’un cinéma d’auteur qui n’aura jamais eu l’intelligence de consacrer son talent, tandis qu’un Christian Clavier lymphatique se rêve en Louis de Funeste. Les rats quittent le navire, mais ils aimeraient bien partir avec la caisse.

 

Photo Ary Abittan

 

Résumé

Plus que son effarante médiocrité, c'est sa volonté de dissimuler son programme idéologique xénophobe et le cynisme de sa promotion, qui font d'A Bras Ouverts un condensé de ce que le cinéma français peut nous offrir de pire.

commentaires

Ded
08/04/2017 à 11:01

Erratum !
Je voulais dire : "... A un point tel qu'ILS en oublient son sens réel."

Rorov94
08/04/2017 à 04:12

Merde

Ded
07/04/2017 à 20:14

Et le pire reste à venir ! Ils récidiveront ! Toujours plus hystériques, toujours plus vulgaires. Pendant les promos médiatiques, une main sur le coeur (il y a le portefeuille en-dessous), ils nous referont le coup de s'acheter une respectabilité cinématographique sous des vocables humanistes et confraternels servant à justifier leurs gags rances et l'encouragement à un racisme ordinaire rampant dont ils se défendent, sincèrement peut-être, mais qui sert si commodément leurs intérêts financiers qu'ils en balayent les effets néfastes sur la richesse multiculturelle, déjà tant contestée, de notre société pluriethnique, en galvaudant un fois de plus ce pauvre mot "humour" usé, dans leur bouche, jusqu'à la corde (et pour cause !) à un point tel qu'on en oublie son sens réel. Avec, cette fois acoquiné au ventripotent redondant habituel, le grand mannequin (au sens guignol du terme) horripilant dans un numéro non moins horripilant, faux accent pourri à la clé. Consternant...

pepe 2 le retour
06/04/2017 à 19:57

Je tombe sur le quotidien de Barthes : on peut aussi se foutre de la gueule du parler français de Jardim l'entraîneur de monaco.

Wala walaaa

Picai
06/04/2017 à 19:06

Rorov on a compris, tu n'es pas d'accord, et visiblement t'es prêt à utiliser tout et n'importe quoi pour le clamer. (Pour dire qu'on a le droit de faire ce film et de penser et rire comme ça, tu viendrais donc dire que certains médias n'ont pas le droit de penser comme ils le font ?)

Mais là vraiment, pause. Pour ton argument "c'est de la branlette intello", on te dit que des médias pas du tout intello comme 20 min ont eux aussi cette opinion. Rétorquer que ce sont des sous-médias... ça vire à l'absurde. Sauter d'argument en argument à l'infini en mélangeant tout c'est plus un débat, c'est un bordel.

Rorov94
06/04/2017 à 18:55

20 minutes,le parisien?!?!
Bonjour les références!t'en a d'autres comme ça?

Simon Riaux - Rédaction
06/04/2017 à 18:46

Pour que 20 Minutes et Le Parisien s'y mettent, c'est peut-être autre chose que de la "branlette intellectuelle" non ?

Rorov94
06/04/2017 à 18:37

Tant qu'on y es,allons y:
3 hommes et un couffin:pédophile
Case départ:colonialiste
La liste de shindler:anti-lobby du textile rouge
Jaws:un bras d'honneur aux écolos
Top gun:maverick!et le port du casque en moto bordel!
Superman:espèce de perver,tu montre ton slip rouge!
Basic instinct:saloopppeeee!la culotte c'est pas fait pour les chiens!
Home alone:allo!les services sociaux?
La belle et la bête:zoophilie!!!
Franchement ont marche sur la tête!arrêtez la branlouze intellect!

postman
06/04/2017 à 14:16

Z'avez de la chance les gars, c'est un bon 7 pour Le serpent aux mille coupures !

drocmerej
06/04/2017 à 12:14

Au fait personne n'a mentionné (je crois) Jacquart (Clavier) dans les visiteurs qui s'exclame : "Dehors les romanos !"

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