T2 Trainspotting - critique shootée à la nostalgie

Simon Riaux | 2 avril 2018 - MAJ : 07/04/2019 15:42
Simon Riaux | 2 avril 2018 - MAJ : 07/04/2019 15:42

Souvent appréhendé avec dédain, voire mépris, Danny Boyle nous revient avec la suite très tardive de Trainspotting, phénomène générationnel qui aura propulsé son auteur et ses interprètes sur le devant de la scène internationale. Mais Trainspotting 2 n’est-il vraiment qu’une séquelle dispensable ?

Photo Robert Carlyle
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PIQÛRE DE RAPPEL

À bien des égards, le film souffre de son statut d’énorme bonus, de clin d’œil adressé au public qui découvrit il y a 20 ans les aventures de la bande à Renton dans Trainspotting. Car en l’état, le récit n’essaie même pas d’exister par lui-même, tout comme il ne s’inquiète jamais d’intéresser un public qui ne serait pas préalablement acquis à sa cause.

 

Photo Ewan McGregor, Robert CarlyleToujours les mêmes toilettes

 

Et c’est bien dommage, parce que Trainspotting 2 vit en effet sous perfusion de mélancolie, sans avoir grand-chose à proposer d’aussi excitant que son quatuor de polytoxicomanes des années 90. Le précédent film sidérait par son inventivité plastique, sa subversion juvénile, et la mise en image d’une sous-culture aussi sulfureuse que socialement désavouée, à savoir celle d’une jeunesse joyeusement héroïnomane. Or, Trainspotting 2 ne traite logiquement plus de ce sujet particulier, mais ne dispose pas d’une alternative capable d’en relever la recette.

 

Photo Ewan McGregor, Jonny Lee MillerToujours les mêmes problèmes

 

NOUVELLE DOSE

Pour autant, la dernière réalisation de Danny Boyle est loin de se contenter de brasser opportunément nos souvenirs d’antan. Tout d’abord parce que s’il s’agit incontestablement d’un trip nostalgique, mais plutôt que de s’en contenter ou d’en rester là, Boyle autopsie ce sentiment. Et sa conclusion est aussi sombre que salutaire, à l’heure où la production mainstream s’est muée en un vaste marigot de recyclage.

Trainspotting premier du nom nous laissait avec un espoir de changement, la possibilité d’un renouveau, certes via la fuite et la trahison, mais un renouveau néanmoins. Désormais, Trainspotting 2 assène à ses anti-héros comme à son public que s’ils ont pour eux la nostalgie, c’est bien tout ce qu’il leur reste. Plus de rêves à l’horizon ou de transformation à espérer, mais une triste répétition du même, avec d’amers souvenirs pour seul horizon. Sans être aussi forte que par le passée, cette proposition n’en demeure pas moins courageuse et belle.

 

PhotoUn dernier pour la route

Enfin, on n’avait pas vu Danny Boyle aussi en forme depuis quelques années. Sans singer les outrances de découpage ou de montage du récit originel, il retrouve un dynamisme spectaculaire. On se souvient de la découverte des bas-fonds d’Edimbourg en 1996, à ce titre, Trainspotting 2 nous offre de manière saisissante un aperçu de la transformation de l’urbanisme occidental ces dernières années et par extension des soubresauts du corps social.

Autant de qualités exprimées via une mise en scène toujours aussi résolument pop, sublimées par des interprètes tous au top de leur forme et manifestement ravi de donner vie aux héros les plus tordus du Royaume-Uni.

 

Affiche

Résumé

Si le film souffre un peu de se contenter d'une évocation nostalgique du précédent chapitre, le regard désenchanté qu'il porte sur lui-même lui confère une belle amertume.

commentaires

JayT
02/04/2019 à 21:37

J'avais très peur avec cette suite tardive mais finalement comme tout le monde ici je l'ai apprécié. Non même carrément adoré.

Baneath88
02/04/2019 à 20:45

Trainspotting 2 fait partie des rares suites (faîte 20 ans après l'original) que j'estime être à la hauteur. Peut-être pas des cimes touchés par le premier opus, mais à la hauteur de ce que je pouvais en attendre. Danny Boyle est décidément un réalisateur passionnant à suivre. À des lieux des "séquelles doudous" qui pullulent et ne cherchent qu'à titiller la fibre nostalgique de ses fans T2 fait mieux. Le film est pourtant un étonnant exercice qui joue de cette mélancolie pour mieux remettre les pendules à l'heure.
Le premier opus réussissait son iconisation jusque dans son choix de ne (presque) jamais prononcer les prénoms de ses personnages. Sa suite les privilégie, cassant par la même le code instauré. Un signe parmi d'autres que T2 passera donc au travers de l'objet culte pour retrouver la chair de ses protagonistes. Des références à Trainspotting premier du nom? Il y en a plein, c'est vrai. Mais elles sont toujours utilisées pour remettre ses anti-héros (et nous avec) en face du temps qui passe.
Le constat est aussi jouissif qu'amer. Que font-ils face à lui ? Surplace, fuite en avant, déni?
Les gars paumés d'hier sont les hommes cabossés d'aujourd'hui. Les voir se heurter à un passé qui ne les ménage pas a ceci de fascinant qu'il choisit délibérément de ne pas se régler sur les pas de son ainé. Ses personnages ont vieilli, ses acteurs ont vieilli, et son réalisateur aussi. Par conséquent, le style diffère grandement (couleurs saturées, montage brut), et la drogue n'a plus beaucoup de place dans le film. Je salue également le choix d'avoir fait passer l'empathie par les personnages de Daniel (Spud) et Francis (Begbie), là où le premier mettait surtout Mark (Renton) et Simon (Sick Boy) en avant.
J'aurais apprécié que T2 Trainspotting boucle la boucle de manière plus aboutie sur tous ces protagonistes. Mais néanmoins, des suites qui prennent suffisamment de recul et arrive à nous jeter à la figure le caractère vain d'une nostalgie qui empêche d'avancer. Le plan final est à ce titre prodigieux. Arrivé au bout de ces aventures, et alors que Boyle s'amuse à juxtaposer deux séquences (une du premier Trainspotting, une autre de sa suite), il laisse son personnage prendre le train au lieu de le regarder. Il a choisi la vie.

Margotte
04/03/2017 à 20:42

Pour ma part j'ai adoré le film, je l'ai trouvé vraiment très bon de par sa réa, le montage, la photo et la BO. J'ai aussi extrêmement aimer les références plus ou moins explicite au premier film. Il est également très drôle.

Cependant ce n'est pas la même ambiance que le premier, et c'est vraiment dommage. Je reste persuader que la fin du premier était suffisante. Néanmoins T2 est un très bon film.

Finalement je dirais que c'est un film, à voir de préférence après avoir vu le premier pour bien le comprendre, qu'il est très bon, et donne envie de revoir le 1. :D

Satan LaBite
03/03/2017 à 09:38

Pour paraphraser un gimmick célèbre que justement les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre : "Putain, 20 ans ..."
L'occasion au moins de retrouver l'immense Robert Carlyle, un peu perdu de vue. Et l'envie de revoir le 1er film, pas revu je crois depuis sa sortie.
Putain, 20 ans ...

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