Films

Silence : la Sainte Critique

Par Simon Riaux
13 novembre 2022
MAJ : 29 mai 2024
12 commentaires

Rangez les flingues, planquez la coke et les putes, Martin Scorsese vous plonge dans le Japon du XVIIème siècle, aux côtés de deux missionnaires partis à la recherche de leur mentor dans Silence. Le vin de messe est-il bouchonné ?

Photo Andrew Garfield

CATHO CASINO

Pour de nombreux spectateurs, Martin Scorsese est le génial réalisateur de Les Infiltrés, de Casino, de Les Affranchis, de Taxi Driver ou de Mean Streets. Un metteur en scène du crime, du mal, de son attraction, et des tentatives désespérées de rédemption de personnages écrasés par le poids de leurs actes et de leur force symbolique. C’est oublier que Scorsese est aussi l’architecte d’œuvres souvent moins considérées, mais qui composent autant de cathédrales filmiques (A tombeau ouvert), d’expérimentations plastiques radicales (Les Nerfs à vifs) et de dissertations ferventes (La Dernière Tentation du Christ).

Silence appartient à cette seconde catégorie, sans doute moins flamboyante et immédiatement iconique, mais tout aussi riche et forte. Ce récit de la crise existentielle traversée par des missionnaires catholiques au beau milieu du Japon du XVIIème siècle est à première vue très éloigné des derniers efforts de son auteur. Oubliez l’hystérie fatiguée du Loup de Wall Street, l’hommage compassé d’Hugo Cabret ou le formalisme de Shutter Island. Le métrage qui nous intéresse aujourd’hui prolonge la réflexion portée sur son parcours et son œuvre, mais empreinte une toute autre voie, à l’esthétique de prime abord empreinte de sérénité.

 

Photo Andrew GarfieldEt allez, encore un chef-d’œuvre

 

A TOUCH OF ZEN

La mise en scène de Scorsese est ici millimétrée, racée, mais toujours collée à des personnages dont elle épouse les troubles au fur et à mesure qu’ils progressent et les éreintent. Régulièrement, l’intervention des personnages secondaire amenant nos deux héros à éprouver leur foi vient parasiter, par le biais du montage, un dispositif dramaturgique d’une grande simplicité. Un champ-contre-champ limpide se trouble alors que nos missionnaires s’affrontent sur la question de l’apostasie, nous permettant de ressentir organiquement comment les concepts se heurtent violemment à leur incarnation.

On pourra être rebuté par l’essence profondément théologique du sujet, par l’emphase portée sur un sujet en apparence strictement religieux. Mais ce serait mal connaître Scorsese que ne pas comprendre que les problématiques qu’il explore ici animent son œuvre depuis des décennies. Plutôt qu’une digression académique, c’est à un zoom à l’intérieur même des mouvements philosophiques qui travaillent son cinéma qu’il nous convie.

 

Photo Andrew Garfield, Liam NeesonAndrew Garfiled et Liam Neeson

 

CINEMA CULPA

Au-delà de sa délicatesse formelle, de ses passionnantes implications philosophiques, Martin Scorsese partage avec le public un questionnement qui semble le tarauder depuis des années. L’artiste explore depuis le début des années 2000 des formes, des récits, des genres qui questionnent son rapport au cinéma. Et pour un peu, l’auteur de ces lignes l’aurait bien qualifié de moribond après un Loup de Wall Street en forme de caricature lessivée de ses grands œuvres. Ce n’est sans doute pas pour rien que le metteur en scène livre dans de longs entretiens ses doutes sur l’avenir du Septième Art.

 

Silence : Photo Adam DriverAdam Driver en missionnaire

 

Car quand Scorsese met en scène deux personnages s’affrontant sur la question de la Foi, se demandant comment l’exprimer, comment la transmettre, la protéger, comment incarner le Verbe et comment transformer de simples concepts en des transpositions de chair, il nous parle évidemment de son rapport angoissé au cinéma.

Il y a quelques semaines seulement, le cinéaste expliquait devant les membres de l’Associated Press qu’il ne voyait plus comment communiquer avec les nouvelles générations et s’inquiétait publiquement de l’impossibilité dans l’industrie actuelle de produire des images porteuses de sens. C’est précisément cette question qui est au cœur de Silence. C’est précisément cette question et les pistes de réflexion portées avec brio par Adam Driver et Andrew Garfield, qui font du film un évènement précieux, méditatif et beaucoup plus universel que son sujet spirituel ne le laissent deviner.

 

Silence : photo

 

Rédacteurs :
Résumé

Réflexion vertigineuse sur la Foi et sur la transcendance, Silence est un Scorsese inattendu, un testament esthétique miraculeux.

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Mouais bof...

Très beau film . Réalisation magistrale et acteurs grandioses.

Toutefois Scorsese manque de subtilités parfois . Mais bon ,il a choisi un parti pris et surtout il a choisi de narrer une période méconnue du grand public. Certes il n’a jamais caché son catholicisme .Ca reste une oeuvre forte et sans concession.

Mais comme l’a dit un commentaire précédent Silence de Masahiro Shinoda est aussi grandiose. Voire Meilleur que le Scorsese .
Bizarre de ne pas évoquer ce chef d’oeuvre de 1971.

Moijedis

Le film qui m’a fait prendre quelques andrew Garfield est acteur de GÉNIE.

FredDoBrasil

Film pas vu à sa sortie en salle. Séance de rattrapage à la maison « grâce » au confinement. J’en suis sorti ébranlé, quelle puissance et quelle maitrise de la part de Scorcese. Et surtout quel appel fait à l’intelligence du spectateur pour le laisser juger des actes des protagonistes. Un vrai cinéma adulte et ouvert. Peut être mon film américain préféré des dix dernières années.

Stomp

Ahahaha le @diez qui appelle au débat avec un poste d’une pédanterie et d’un mépris total.
Après s’être épanché sur son incompréhension crasse d’un film.
Bravo le veau.

Diez

« Pour les chrétiens japonais et leurs pasteurs, à la plus grande gloire de Dieu. »

Si quelqu’un de plus respecteux veut débattre proprement, je suis dans le coin. Quelqu’un avec un peu de culture et d’attention de preference.