Fleur de tonnerre : La critique empoisonnée

Christophe Foltzer | 18 janvier 2017
Christophe Foltzer | 18 janvier 2017

Si la comédie prout-prout, succédanée de nos pitoyables séries télé, règne en maître sur le cinéma français depuis quelques années et qu'on n'en peut plus, voir débarquer un film autre sur une tueuse en série bretonne apparait comme un courant d'air frais. Encore faut-il qu'il ne soit pas vicié...

Affiche officielle
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Fleur de Tonnerre est l'adaptation d'un roman de Jean Teulé, lui-même inspiré de faits réels puisqu'il nous raconte le parcours meurtrier d'Hélène Jégado qui, dans la Bretagne des années 1800, a semé la mort en empoisonnant pas moins de soixante personnes avant de se faire attraper et exécuter. Ce qui fait de la jeune femme la plus grande tueuse en série de notre Histoire. Rien de moins. L'idée d'en faire un film tombait donc sous le sens et c'est ce défi que s'est lancée la comédienne et documentariste Stéphanie Pillonca pour son premier long-métrage en tant que réalisatrice. Un projet peut-être un peu trop ambitieux, malheureusement.

Pourtant, tous les ingrédients sont présents pour en faire une oeuvre profonde et passionnante. Une reconstitution minutieuse de l'époque et de ses moeurs, des acteurs totalement investis dans leurs rôles, une distribution surprenante et une volonté de parler avant tout de la condition de la femme dans cette époque tout autant que de ne pas sacrifier à une quelconque lecture unilatérale et féministe dans son sens le plus caricatural. Il y avait donc de quoi faire.

 

Photo Fleur de tonnerre

 

LA POISON

C'est donc d'autant plus triste d'en arriver à un tel résultat alors que Pillonca avait toutes les cartes en main. Si la construction en flashbacks façon Citizen Kane semble une bonne idée au départ, dans les faits c'est un handicap majeur à l'investissement émotionnel du spectateur puisque cela crée un rythme métronomique et répétitif qui n'injecte aucun suspense dans l'histoire, nous annonçant dès le départ ce qui va se passer. En découle une terrible passivité dont le film ne se dépareillera jamais tout autant qu'un ennui certain, renforcé par les autres grands défauts du film.

La reconstitution déjà,.. Handicapée par un budget qu'on imagine sans peine riquiqui, Stéphanie Pillonca ne parvient pas à nous faire croire à l'époque qu'elle traite. Certes les paysages sont magnifiques et on y dénote une certaine volonté, tout autant qu'une capacité, à produire des images marquantes empreintes de romanesque mais dès qu'il s'agit de décors ou de costumes, le tout fait irrémédiablement toc. Et il est difficile de se plonger dans ce drame alors que tout nous fait croire que nous sommes face à un téléfilm France 3 Limousin.

 

Photo Fleur de Tonnerre

 

La direction d'acteurs ensuite, beaucoup trop fragile pour vraiment convaincre. Si nous n'avons rien contre les rôles à contre-emploi, encore faut-il qu'ils soient pleinement justifiés dans la dynamique du film et apportent quelque chose. Or, là, on se demande encore toujours ce qui a poussé la réalisatrice à confier le rôle important du bourgeois romantique et dépressif, love interest de l'héroïne, à Benjamin Biolay, qui nous endort avec son jeu soporifique et monoexpressif, que sa dégaine de Droopy du 19ème Siècle vient encore plus plomber. Si l'on peut s'amuser à voir Miossec en curé, cela n'apporte pas vraiment grand chose. Jonathan Zaccaï, pourtant un excellent acteur, se contente de faire le minimum syndical et Déborah François, incarnant la tueuse, oscille entre la profondeur et la justesse émotionnelle impressionnante et le franchement ridicule hystérique, peu aidée il est vrai par une mise en scène extrêmement télévisuelle favorisant les plans rapprochés et un montage erratique.

 

NI PUTE, NI SOUMISE

Pourtant, le plus gênant dans Fleur de Tonnerre n'est pas son emballage un peu toc et mal maitrisé. Non, ce qui dérange, c'est le propos même du film, parce que ce dernier ne sait pas vraiment ce qu'il veut nous raconter. Encore une fois, l'histoire contient en son sein tous les ingrédients pour nous livrer une vraie fresque historique glauque tout autant qu'une étude de caractère sur la condition féminine au sein d'un cadre patriarcal Malheureusement, Stéphanie Pillonca se refuse à tout parti-pris, trop perdue entre son héroïne meurtrière, l'histoire d'amour tragique, la critique sociétale et la reconstitution. Le personnage d'Hélène Jégado, figure tragique par excellence parce que montrée du doigt comme une incarnation du mal dès son enfance, ne parvient jamais à nous faire croire que nous parlons moins d'un concept de fiction que d'un véritable être humain, ses motivations sont floues et son développement plus qu'incertain.

 

Photo Fleur de tonnerre

 

Le problème est que la réalisatrice se refuse au moindre jugement de ses actions. Pas dans un sens moral, attention, mais plus dans celui d'une direction philosphique. Condamnant tout autant qu'acceptant ses agissements, le traitement du personnage en devient finalement très pervers et nuit à ce que tente de nous raconter le film. On y décèle effectivement une grosse fascination pour Hélène Jégado (ce qui ne nous pose aucun problème) qui en vient presque à légitimer ses actions. Là encore, pas de souci en soi, c'est un parti-pris, mais c'est du coup l'ensemble qui s'en retrouve perverti et se réduit, au final, à un film sur une meuf qui en a bavé toute sa vie et qui décide de se venger sur tout le monde parce que, tu comprends, y en a marre. En découle alors une profonde naïveté qui finit de détruire ce beau projet.

 

Résumé

Passant totalement à côté de son sujet, Fleur de Tonnerre fait toc et artificiel tout en trahissant une incompréhension profonde de ce que la réalisatrice voulait nous dire. C'est d'autant plus dommage que l'idée était là, tout comme l'ambition. Il aurait peut-être fallu un peu plus d'expérience pour s'approprier comme il faut ce sujet complexe. Quoi qu'il en soit, le grand film sur Hélène Jégado reste encore à faire.

commentaires

tyler29300
23/01/2017 à 15:13

J'aime votre critique acerbe avec néanmoins un respect profond pour cette réalisatrice et son 1er film , vous ne la démontez pas vous l'encouragez a mieux faire.
C'est pour cela que j'adore votre site , il aurait été tlmt easy de démonter le film et d'enterrer vivante sa réalisatrice.
Mais vous faite preuve d'élégance et vous avez les mots juste

Leigh
19/01/2017 à 00:39

Bien essayé les gars mais grosse perte de temps ou d'énergie.
Le mec reve de vivre sous la France Napoléonienne fantasmé par Eric Zemmour.
Je crois me souvenir qu'il sera meme plus consterné par ce qu'a dit Streep sur Trump mais aucun mot sur son nouveau mentor lorsqu'il ose écrire qu'elle est une des actrices les plus surestimées d'Hollywood...
Pitoyable.

Mempak4
18/01/2017 à 14:00

Dis donc, Dirty Harry, t'as vu "Fleur de Tonerre" pour parler avec autant de mépris sur le film et la réalisatrice? Qu'une personne ayant vu le film puisse porter ce type de jugement, soit! Mais la, tu juge un premier film et sa réalisatrice comme si elle avait une carrière conséquente. "Chouineuse misandre", "réalisatrice qui n'a pas beaucoup d'empathie pour le genre humain", tu sembles pas avoir beaucoup d'amabilité pour la gente féminine dans ta calbasse. Et sinon, cette mysoginie, ça remonte à la petite enfance ou c'est le reflet d'une rupture récente?
Et puis, va écrire un scénario, adapte un roman, lance toi dans la réalisation, tu pourras à ton tour apprécier les critiques d'un petit aigri complexé dans ton genre.
Par ailleurs, on sent la petite critique trollesque de notre système de subventions, ça nous avait manqué...ou pas!

Cervo
18/01/2017 à 13:53

ça doit quand même être terriblement fatigant de voir dans toute femme qui ne baisse pas la nuque un ennemi, non ?

Dirty Harry
18/01/2017 à 13:20

Encore une réapropriation par une chouineuse misandre pour justifier sa haine des hommes (à la même époque vivait Madame de Staël, personnalité bien plus interessante si l'on veut montrer une femme se bagarrant dans le monde assez masculin des militaires-star post Napoléon)....zéro intérêt et aucune forme d'héroïsme chez cette femme qui est montré comme un modèle par une réalisatrice qui n'a pas beaucoup d'empathie pour le genre humain. Tant pis pour elle : le genre humain qui fait partie du public va se détourner de ses déclarations de haine à coup de subventions...

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