Quelques minutes après minuit : critique larmoyante

Simon Riaux | 6 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 6 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Très remarqué avec L'Orphelinat puis The Impossible, Juan Antonio Bayona est un des réalisateurs les plus en vue, à tel point qu'il a depuis réalisé Jurassic World : Fallen Kingdom. Et s’il nous fallait encore une bonne raison de croire en lui, elle s’intitule Quelques minutes après minuit, véritable uppercut émotionnel avec Felicity Jones, Sigourney Weaver, Liam Neeson et le jeune Lewis MacDougall.

LE BON GROS ARBRE GÉANT 

Si depuis ses débuts l’artiste évoque nécessairement Steven Spielberg de par les thématiques qu’il aborde (l’enfance, l’absence, la difficulté de préserver les liens familiaux, entremêlés avec un sens du spectacle et un goût certain pour le fantastique), le parallèle est désormais évident, tant Quelques Minutes Après Minuit marche dans les pas du metteur en scène d’E.T. Il y est en effet question de Connor (Lewis MacDougall), petit garçon dont la mère souffre d’une maladie incurable, qui va convoquer pour la sauver un monstre arboricole (sépulcral Liam Neeson) sorti de son imagination.

Mais si comme le maître, Bayona évoque frontalement le deuil, la disparition et la nécessité de palier via la magie au désenchantement d’un monde sinistré, il apporte à cette recette une touche éminemment européenne. Non pas que Quelques Minutes après Minuit se refuse une sincère candeur ou un véritable recours à l’émotion, mais cette dernière éclot loin de la moraline inhérente au cinéma fantastique contemporain.

 

Photo Lewis MacDougallArbre, y es-tu ?

 

Connor est en colère, révolté tant par l’état de sa mère que son impuissance, sa douleur, et c’est dans la manière que le film a de présenter ces souffrances paradoxales, universelles, qu’il frappe si fort. Car le récit ne se contente pas d’être une fable édifiante, un conte résilient ou une parabole quelconque sur l’acceptation, il se veut aussi chronique de l’amertume, des désirs contradictoires d’un jeune garçon et va ainsi bien au-delà du récit initiatique standard, ainsi qu'en témoigne la relation complexe qui l'unit à sa grand mère, campée avec une belle sobriété par Sigourney Weaver.

 

Photo Sigourney WeaverMère-grand Sigourney

 

LA RACINE DE L'ÉMOTION

Ce qui impressionne le plus durablement dans le film, c’est son aisance dès lors qu’il est question de subvertir les attentes du spectateur. D’abord programmatique (le Monstre au cœur de l’intrigue semble annoncer sa structure dès sa première réplique) et transparent, le métrage n’a de cesse de nous prendre à revers. Ainsi le compagnon du héros varie-t-il avec malice ses entrées, à la manière d’un acteur fatigué mais roublard, encore capable de surprendre malgré l’ancienneté de sa technique.

 

Photo Felicity JonesFelicity Jones

 

De même, les allégories qui ponctuent la narration surprennent, grâce à un usage complexe de techniques d’animation variées, faisant de l’ensemble une œuvre protéiforme et toujours changeante, épousant parfaitement la psyché du protagoniste. Et si les étapes que nous traversons à l’occasion de cette fuite de l’innocence sont somme toute attendues, elles s’y inscrivent le plus souvent avec originalité, comme lors d’une scène où Connor se frotte à la brute qui le maltraite à l’école, occasionnant à l'écran une déferlante de sensibilité.

 

Photo Lewis MacDougall Lewis MacDougall

 

Après deux actes parfaitement articulés mais très fonctionnels, le récit peut alors s’emballer, et user de toutes les dissonances et bizarreries qu’il a semées en cours de route. L’émotion explose alors que Bayona dévoile le cœur de cette histoire bouleversante, alors qu’un enfant se confronte brutalement aux pensées qu’il a tenté vainement de refouler. Le temps d’une scène impressionnante au cœur d’un cimetière en ruine, Connor et son insondable malheur font soudain écho aux angoisses existentielles les plus universelles.

Et si Quelques minutes après minuit met nos plaies les plus intimes à vif, c’est pour mieux nous rappeler combien le salut est toujours proche. Il suffit au film de quelques secondes de silence et d’une poignée de gros plans sur un carnet de dessin pour rappeler au pouvoir guérisseur de la création, de la fiction, et à travers eux du cinéma.

 

affiche

Résumé

Après deux créations prometteuses, Juan Antonio Bayona nous propose une fable incroyablement émouvante, d'une pureté narrative et technique qui laisse sans voix.

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Lecteurs

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commentaires
Ffx
08/10/2020 à 19:16

D'un ennui mortel, pas été saisi par l'émotion, morale lourdingue, effets numériques pas mal fait avec le monstre et les histoires en ombre chinoise mais on aurait pu faire le même film sans cette débauche visuelle, il y a 40 ans.

pifpaf
07/10/2020 à 02:06

bon je profite de mes insomnies pour rep sur le jeune acteur , il a perdu sa mère quelques années avant de tourner le film , ce qui peut expliquer sa performance incroyable , en plus bien sur de son talent , en tout cas je suis pas prêt d'oublier ce film

Miami81
07/10/2020 à 00:20

D'une grande tristesse mais techniquement parfait même les séances animées sont très recherchées.

Deny
06/10/2020 à 23:34

Film soporifique pour moi

harley
31/10/2019 à 16:08

svp, parlez de ce jeune comédien lewis mc dougall !!!!! bravo !!!! tres bien joué! a de l'avenir sans aucun doute!!! merci bonhomme!!!! tres belle soirée, merci merci !!

Cervo
17/01/2017 à 17:35

Y a quand même de ces trucs. "Tire-larmes" "prévisible". C'est un mélo. Evidemment que c'est tire larme et prévisible. Surtout quand on cause leucémie.

Ce qu'il faut pas lire.

Après concernant la poésie et la sensibilité, c'est nécessairement plus personnel. Mais disons que le mélange de techniques (putain l'arbre en animatronique, les contes en animation !) indique quand même une grande maîtrise et une sacrée sensibilité. Mais bon...

Sess
09/01/2017 à 03:03

Très mauvais et démonstratif au possible. Tire-larmes également. Prévisible aussi. Pas du tout d'accord avec la critique. Ce n'est ni sensible, ni poétique, et très peu émouvant (la fin et encore...).

Ded
05/01/2017 à 11:45

;O)...

Ded
04/01/2017 à 18:48

Très surpris de trouver mon pseudo quelques lignes plus haut, mais le plus troublant reste que ce commentaire plutôt sobre est très proche dans son contenu et dans sa forme de ce que j'avais l'intention d'écrire... jusqu'aux 3 points de suspension... de quoi développer une parano à tendance schizo... assurément !...

treky
28/12/2016 à 13:25

Ce livre est une merveille, et ce réalisateur a su donner corps en image à ce bijou littéraire.

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