Snowden : critique alertée

Simon Riaux | 20 octobre 2016 - MAJ : 01/08/2018 00:16
Simon Riaux | 20 octobre 2016 - MAJ : 01/08/2018 00:16

Cinéaste adulé des années 90, Oliver Stone a progressivement perdu de son aura, jusqu’au récent et rachitique Savages, modeste actioner indigne de sa hargne et de son talent. Le retrouver en pleine forme avec Snowden n’en est que plus stimulant.

Photo Joseph Gordon-Levitt
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PAS QU'UNE HISTOIRE DE BITS 

Comme son titre l’indique, Snowden narre le parcours du plus célèbre lanceur d’alerte américain, qui a mis à jour un système d’espionnage international mis sur pied par les autorités américaines, et différents services secrets européens (britanniques notamment). On pouvait craindre que le réalisateur se casse les dents comme tant d’autres sur la difficile représentation des problématiques informatico-technologiques, et s’empêtre une nouvelle fois dans le numérique, qui semble avoir vidé son cinéma de sa substance, après le baroud d’honneur que fut L’Enfer du Dimanche.

 

Photo Joseph Gordon-Levitt

 

Mais ces inquiétudes sont rapidement balayées, notamment par la photographie d’Anthony Dod Mantle. Jouant au maximum la carte d’une image non-organique, composite, accentuant les teintes et le piqué du numérique, le chef opérateur permet au style toujours énervé – voire vulgaire – de Stone d’épouser parfaitement son sujet. Quant au réalisateur, il évite au maximum de stationner son objectif devant les écrans, préférant incarner les questionnements de son héros de la manière la plus terre à terre et ludique possible.

Quitte à abandonner momentanément le réalisme qu’exige le sujet, le cinéaste opte pour une sur-stylisation qui paie systématiquement, comme en témoigne une séquence de visio-conférence absolument terrifiante. Joseph Gordon-Levitt (stupéfiant de mimétisme) y discute avec son mentor (reptilien Rhys Ifans), quand la caméra et le montage s’emballent, transformant une conversation anodine en un sommet de paranoïa seventies, qui restera parmi les plus belels scènes de 2016.

 

rhys ifans

 

OLIVER STONE IS TEACHING YOU 

Le réalisateur ne se contente pas de retrouver ses couleurs de metteur en scène, il accomplit un geste politique fort. On pourrait croire de par chez nous que les lanceurs d’alertes sont devenus depuis un moment déjà nos héros contemporains, mais il n’en est rien. Non seulement les lois françaises, européennes et américaines les désignent comme des ennemis, mais Snowden est encore considéré par tous les candidats de la présidentielle américaine (exception faite de Bernie Sanders), comme un traître à sa patrie.

 

Photo Joseph Gordon-Levitt

 

Par conséquent, représenter Snowden pour ce qu’il est, à savoir une victime sacrificielle d’un système ayant massivement et secrètement dévoyé le principe de la démocratie, ainsi que la séparation des pouvoirs, apparaît comme un choix nécessaire et beaucoup moins anodin qu’il n’y paraît. Enfin, on notera que ce Snowden s’avère un document bien plus riche et instructif que le documentaire de Laura Poitras, auquel Stone rend plusieurs hommages très élégants tout au long du film.

 

Affiche

Résumé

Au final, le style volontairement outrancier de Stone n’évite pas ici et là quelques maladresses, notamment dans les dernières minutes du métrage, d’une maladresse et d’une simplicité qui vient malheureusement contredire un peu l’intelligence de ce qui l’a précédé. Mais retrouver l’artiste aussi pleinement maître de son cinéma et aux commandes d’un film engagé demeure un plaisir qu’on aurait tort de bouder.

commentaires

Baneath88
30/10/2016 à 18:29

J'espère que le Stone de Snowden sera plus incisif que ses derniers longs. Après une si belle ère créative et imposante (Platoon, Wall Street, JFK, Nixon, L'Enfer du Dimanche), il a perdu de sa force je trouve. Il demeure l'un des observateurs les plus pertinents des failles de l'Amérique. La réunion des deux figures (Snowden et Stone), ça ne se manque pas. Mais elle ne pourra être marquante que si Oliver Stone retrouve sa verve.

blop
21/10/2016 à 20:53

@corleone
N'oublions pas la la land,arrival et surtout,surtout Silence de Scorsese

corleone
21/10/2016 à 15:09

Oliver Stone(Snowden); Clint Eastwood(Sully); Mel Gibson(Hacksaw Ridge) sans parler des autres (petites) pointures du genre, eh bien ce sont plutot les remises de prix qui seront excitantes cette saison. Hâte !!!

Dirty Harry
21/10/2016 à 13:35

@ mikegyver : dans The Walk il était trés bon : communicatif, enthousiaste et plein de fougue à l'image de Philippe Petit. Je ne sais pas : faut voir avant de juger (c'est pas Orlando Bloom non plus)

mikegyver
21/10/2016 à 12:41

moi le probleme s'appele joseph gordon-levitt

je comprends pas pourquoi on le voit dans ce genre de film, il etait nul dans looper, dans batman, bref le coup classique "le charisme d'un huitre" etc etc....

ok il etait bon dans "3eme planete apres le soleil" mais bon c'etait une comedie bien grasse grand public quoi.....enfin bref.....

sylvinception
21/10/2016 à 12:23

Non c'était juste pour dire qu'un film de fiction qui surpasse "Citizen Four", franchement je demande à voit, bisous.

sylvinception
21/10/2016 à 12:21

" Enfin, on notera que ce Snowden s’avère un document bien plus riche et instructif que le documentaire de Laura Poitras"

blop
21/10/2016 à 09:30

@zanta
D'accord avec toi d'autant plus pour Brian de Palma dont je suis un grand fan et que j'ai de plus en plus de mal a voir ses film depuis mission to mars. Mis a part redacted peut être

Zanta
20/10/2016 à 22:05

Oliver Stone, c'est comme Brian de Palma... C'est le mec qui a excellé, mais dont on craint chaque nouveauté depuis à peu près 15 ans.
Mais son "Savages", même mineur, fut une bonne surprise, témoignant d'un tempérament de sale gosse intact. Curieux de le voir revenir au biopic, malgré le fadasse "W." et le malade "Alexandre".

Dirty Harry
20/10/2016 à 18:48

Mince le grand Stone revient et il va e.....erder du monde. Très bien.

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