The Last Face : Critique impitoyable

Mise à jour : 23/07/2017 14:19 - Créé : 11 janvier 2017 - Chris Huby

Into the wild nous avait déjà laissé ici et là un sentiment de facilité et de bienpensance derrière la façade d'une mise en scène très réussie. Mais le film se tenait, notamment grâce à son jeune acteur. Le message était déjà pourtant limite, visiblement contradictoire avec les positions affichées publiquement par l'acteur. Et aujourd'hui, c'est encore pire.

Photo last face
121 réactions

Une histoire d'amour nait entre un homme et une femme au milieu de vicissitudes de l'humanitaire en Afrique. Dans ce dernier film, sélectionné au festival de Cannes 2016, on tombe malheureusement dans la caricature la plus radicale, entre ralentis, histoire d'amour pour ados et vision de l'humanitaire complètement démente. Sean Penn a beau être allé sur des terrains complexes, il n'en retient que la carte postale, creuse et désincarnée. Les deux héros de l'histoire sont comme perdus au milieu des gentils africains et des méchants tueurs, et surtout au milieu d'un message complètement tordu, qui exclut justement les locaux, qu'ils soient Soudanais ou Libériens.  

 

Photo Javier Bardem

 
Ces derniers sont là pour décorer, servir la soupe à la jolie histoire d'amour entre les deux courageux humanitaires de Médecins Du Monde et Médecins Sans Frontières. Ce qui rend le film à la fois gênant et nullissime. L'Afrique est filmée comme une vaste zone de guerre sans analyse, sans profondeur, mélangeant tous les conflits comme s'il s'agissait d'un vaste enfer. On passera sur les enfants qui meurent dans les bras du gentil docteur joué pourtant par Javier Bardem que l'on a connu plus inspiré dans ses choix. Quant à l'histoire d'amour elle-même, on atteint de sommets de banalité...

Le fond est désastreux. Sean Penn ne se rend sans doute pas compte que son film dessert totalement son propos initial, enfonçant le clou de l'ingérence émotionnelle dans ces pays. C'est un film pour les touristes de l'humanitaire, pour ceux qui vont se faire du bien, dans ces coins infernaux, de manière égocentrique et narcissique, servant un égoïsme Occidental invisible et sournois.

 

Photo Charlize Theron, Javier Bardem

 

La forme ne sauve rien. Le métrage est découpé grossièrement, filmé et monté comme un pseudo reportage parce que ça fait plus "vrai". Les acteurs sont très peu aidés par une écriture qui sent le vite fait, Charlize Theron donnant une impression de planer tout le long, à la manière d'une groupie qui aurait trouvé son beau docteur catalan au milieu des camps de réfugiés. Bref, c'est nul. Et Sean Penn déçoit énormément. Nous sommes très loin de The Pledge ou d'Indian Runner.

 

Résumé

En conclusion, Sean Penn, ferait bien de se poser des questions sur ce qu'il fait. Sa bienpensance sert sans doute longtemps la vision du monde très auto-satisfaite de l'Amérique . Soi-disant rebelle, Sean Penn prouve avec ce film qu'il n'est qu'un sous-produit moralisateur, à côté de la plaque, dont personne n'a besoin dans un monde de plus en plus dévasté.  

commentaires

franck Einstein 24/05/2017 à 19:32

Mais pourquoi tant de gens n'ont-ils rien compris à ce film ?

Ded 11/01/2017 à 23:23

Sean Penn nous a habitué, depuis "Crossing guard" a ses métrages empreints de mièvrerie. Le plus difficile est de trouver le bon emplacement de la bassine sous l'écran parce qu'on ne sait jamais par où le sirop va couler...

Eliab 11/01/2017 à 18:40

@dirty " les couillons "humanistes" qui projettent leur éducation droit-de-l'hommiste " Ha ha ou comment reconnaitre de suite un fds.

Nitro Nitropeu 11/01/2017 à 16:48

Le film est raté, on est d'accord, mais Charlize est quand même sacrément bonne !!!

HAL 11/01/2017 à 16:35

En même temps il y a Jean Réno, ça doit mettre la puce à l'oreille, non ?

Snake88 11/01/2017 à 15:16

Pour rejoindre Cklda, je n'ai pas vu le film mais je suis d'origine sénégalaise et particulièrement énervé par une certaine vision de l'Afrique à Hollywood.
Je suis totalement d'accord sur Gunman, qui est une purge ultra-narcissique (voir le nombre hallucinant de plans sur les pecs et les biscotos de Monsieur Penn...comme une pub club med gym pour cinquantenaire botoxé !) et pour prendre un exemple concret : dans une des scènes, Penn botte le cul à deux malandrins locaux. Un de ses assaillants l'insulte copieusement en Wolof....(langue parlée uniquement dans mon pays d'origine) or le film est censé se passer ... au Congo ! Un spectacteur occidental qui ne connait rien à l'afrique s'en fout....moi PAS ! A titre de comparaison, c'est exactement comme si vous on essayait de vous faire passer du magyar pour du Français dans un film dont l'intrigue se déroule en France...

Bref, j'ai beaucoup aimé Into the Wild mais Sean Penn peut aller se faire foutre avec sa vision bien-pensante, d'autant que les critiques sont unanimes pour dire que son film est nullissime en terme de réal et de scénario. Sur un sujet similaire, je préfère largement Beast of no nation qui alimente aussi une image négative de l'afrique (encore et toujours les enfants soldats) mais qui a le mérite d'être sans prétention (ça se passe dans un pays imaginaire) et de ne pas se foutre de la gueule des "locaux" (qui sont les héros du film, pas un seul gentil médecin humanitaire à l'horizon) et de respecter ses personnages en plus d'être bien réalisé...

Gollem13 11/01/2017 à 13:56

Je comprends qu'on ne partage pas une critique et qu'on le fasse savoir. Je comprends même qu'on critique le critique, si on estime que sa personnalité et ses opinions propres déteignent trop sur son travail qui est de nous livrer un avis s'appuyant sur des faits aussi objectifs que possible. Mais trop souvent on assiste à une remise en question du principe même de la critique. Ceux qui veulent d'un monde où on s'exprime par pouce levé ont assez de place sur les résaux sociaux. D'autant que critiquer le fait d'émettre une critique est un paradoxe digne des pires scénarios de voyage dans le temps. Pour ma part j'aime qu'un avis soit tranché, en cas de désaccord je n'irai pas chercher des arguments ailleurs que dans la critique en elle même. Il m'est arrivé de vomir une critique de EL (Jupiter, j'en ai encore les yeux qui piquent), je n'ai jamais invoqué une soit disant inutilité du métier de critique cinéma. Je ne suis pas schizo, si ça ne me plaisait pas, je ne viendrai pas lire et répondre ici.

Dirty Harry 11/01/2017 à 13:22

Bien que les restes de ma niaiserie adolescente aient été touchées par "Into the Wild", j'aime qu'on ringardise les couillons "humanistes" qui projettent leur éducation droit-de-l'hommiste sur le reste du monde qui n'a pas éduqué là dedans (et qui n'en a rien à foutre des bonnes intentions des occidentaux, qui savent que l'humanitaire est un paravent aux multinationales via les ONG) donc pas de problème pour refaire un costard à Penn surtout que je lui en veux toujours d'avoir donné une palme à ce non film qu'est "entre les murs". Après je me méfie des mouvements de masse dans la presse (Showgirls tout le monde lui est tombé dessus et c'est un super film).

Cklda 22/05/2016 à 18:37

C'est le souvenir de Sean en maillot de bain, hein?

corleone 21/05/2016 à 18:59

cklda> Complètemt touché... ça y'est j'suis entr1 de chialer comme une madeleine

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