Knight of Cups : Critique mystique

Simon Riaux | 3 septembre 2015
Simon Riaux | 3 septembre 2015

Terrence Malick, qui enchaîne les films depuis la Palme d’Or de Tree of Life, nous revient avec Knight of Cups. Présenté il y a quelques mois au Festival de Berlin, le film a surpris et divisé, l’artiste parvient-il à poursuivre son exploration spirituelle, caméra à la main, ou commence-t-il à se perdre ?

Depuis la consécration de Tree of Life, le cinéma de Terrence Malick a entériné la mutation amorcée avec son Nouveau Monde. D’une narration virtuose mais emprunte de classicisme, le réalisateur a opté pour un système dans lequel les monologues intérieurs ont totalement remplacé les dialogues. Plus qu’une signature, le procédé a progressivement transformé l’ADN de son cinéma, et l’a propulsé jusqu’à Knight of Cups. Soit une forme qui risque, encore une fois, de désarçonner les spectateurs en quête de narration plus académique, mais qui proposera aux autres une expérience sans équivalent dans la production actuelle.

 

 

 

NOUVEL HOLLYWOOD

Rick est un scénariste à succès. Divorcé, il enchaîne les conquêtes, histoires et aventures. A la faveur d’un bref tremblement de terre, il prend progressivement conscience du néant vers lequel son existence l’a précipité. De ce point de départ somme toute assez commun, le cinéaste va relever un défi terriblement risqué. A savoir, greffer son style grandiose, précipiter sa caméra libre non plus en pleine nature, mais au cœur d’une ville-fourmilière horizontale, toute de béton et de chrome.

 

 

Autre challenge pour l’auteur, pousser plus loin encore la dimension composite de sa mise en scène, embryonnaire dans To the Wonder. Si la grâce des plans capturés par Emmanuel Lubezki est intacte, elle passe désormais par des images enregistrées à la GoPro, au Fish Eye, des accélérés, composant une mosaïque où le style flamboyant de Malick explose littéralement.

 

 

LA DOLCE MORTE

Désormais éclaté et urbain, toujours sublime quoique mutant, le cinéma de Malick n’est plus en quête d’harmonie ou de grâce, car l’univers qu’il ausculte dans Knight of Cups en est dénué. Il met en scène une quête avortée, l’acceptation d’un échec. Rick voudrait trouver du sens, tente désespérément d’échapper à la vacuité de son existence, mais son seul salut proviendra de sa capacité à accepter le vide auquel il appartient.

Jamais Malick n’avait à ce point sondé le désespoir, radiographié le vertige. La quête effrénée d’un Christian Bale éblouissant occupe ainsi le moindre plan, Knight of Cups étant son récit le plus resserré. Les digressions sont rares, la narration quasi-chronologique. En résulte un grand écart sublime, entre la puissance évocatrice de l’image et la limpidité de ce qu’elle raconte.

 

 

Et si le metteur en scène nous rappelle que son comédien principal n’est jamais meilleur que quand il joue des silences, il nous offre également une série de portraits féminins bouleversants. Valse continue de sentiments et d’émotions, cette danse est un hommage à leur force, leur dignité et leur puissance rédemptrice. Qu’elles se brisent sur la carapace de Rick ou refusent de se livrer tout à fait à cet homme perdu, elles sont les mouvements de cette symphonie tourmentée, qu’elles nuancent et conjuguent.

 

Résumé

Terrence Malick propulse sa mise en scène vers de nouveaux sommets et plonge sa caméra dans les arcanes de Los Angeles et d'une quête existentielle désespérée. Fascinant et électrique.

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commentaires

Cedjav
02/12/2015 à 02:15

Ouais bof ce film on a vu mieux, franchement c'est surnoté 5 etoiles

Florian Descamps
29/11/2015 à 02:40

Et tout pareil ici, tiens.

Simon Riaux - Rédaction
26/11/2015 à 10:42

Y a pas à dire, il est bien ce Christophe.

Christophe Foltzer - Rédaction
25/11/2015 à 22:22

Cher Criterion, pour l'avoir vu également, je partage l'avis de Simon.

the riddler
24/11/2015 à 10:13

Je n'ai absolument rien contre Malick. C'est son oeuvre. Son style. A chacun son cinéma. L'Art est subjectif. Perso, je n'adhère pas. Je ne suis pas transcendé. Néanmoins celui-ci aura ma curiosité, rien que pour voir Bale et Portman à l'écran...

Par contre, quand je lis que Kubrick était chiant, je fais un bond au plafond...

Criterion
05/09/2015 à 21:51

Ce qui me gêne c'est qu'on sait tous que Riaux est un fan inconditionnel de Malick. Déjà qu'il signe 75% des critiques sur EL, j'aurai aimé l'avis d'un autre rédacteur.

memede lebarbare
05/09/2015 à 18:22

ce que j apprécie chez MALICK ,d ailleurs c est le point commun qu il a avec KUBRICK ,c est que même si l on adhère pas a ses films le fait de juste les regarder suffit amplement tellement la mise en scène est somptueuse.

Finnigan
04/09/2015 à 10:50

Mon dieu comment peut-on encore avoir la foi de vivre dans cette société cauchemardesque qui indique au public les films précédents du réal... C'est abominable, la décadence absolue bordel ! Pendons-nous (....)

Ca tend la bite
04/09/2015 à 09:44

Qu'est-ce que ça peut me gonfler les "par le réalisateur de ..." sur les affiches. On en est donc réduit à ça, dans cette société totalement inculturée ?? Le nom ne suffit plus, il faut sans cesse faire des liens avec d'autre oeuvres ??

SMQ
03/09/2015 à 18:55

De tte façon, je pense que pour Malick, il n'y a pas de juste milieu : ou bien tu adhères complètement au truc et tu trouves ça génial, ou bien tu trouves ça long, chiant et à mourir... Donc ceux qui ont adoré Tree of life et To the Wonder adoreront le dernier né, les autres le détesteront comme les précédents...

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