RoboCop : critique qui vaut pas un dollar

Sandy Gillet | 15 décembre 2019
Sandy Gillet | 15 décembre 2019

RoboCop repasse ce soir sur France 4 à 21h05

Inutile d'être hypocrite. On voyait venir ce remake de RoboCop par José Padilha d'un très mauvais œil. C'est qu'à l'instar d'un Die Hard ou d'un Terminator, le film de Paul Verhoeven reste une icône des années 80. De ceux qui bouleversèrent les codes d'un genre pour mieux en recracher de nouvelles règles. Le problème c'est que depuis on ne fait, au mieux, que se contenter de les suivre, quand il ne s'agit pas comme ici de mettre à mal un héritage dont on a, à l'évidence, absolument pas compris la portée.

YOUR MOVE, CREEP

Attention, nulle intention de confondre ici legs et momification. Chaque génération se doit en effet de tuer le père. Mais tuer ne veut pas dire massacrer, ce à quoi s'emploie cet avatar numérique. À commencer par vouloir donner un rôle plus prépondérant au conjoint féminin et accessoirement à la symbolique de la famille.

Chez Paul Verhoeven, elle est traitée sous forme de flashbacks qui permet à RoboCop de se définir une identité : l'homme derrière l'armure prenant alors le pas sur la machine. C'était tout le sens et le sel de la démonstration de l'original qui en profitait d'ailleurs pour se démarquer de Terminatorquand la présente resucée navigue à vue, ne sachant pas quel angle adopter.

 

Photo Michael KeatonBravo le veau

En perte de repères total, notre RoboCop d'un nouveau genre (encore que même là ce n'est pas clair) chiale, se plaint à longeur de métrage et tente de se reconstruire par la cellule familiale, une aberration scénaristique par rapport au matériau de base, et un ressort paradoxalement très vieux jeu pour un remake "moderne".

 

photoUn bien gros flingue

 

HASTA LA VISTA.. AH NON MINCE

On pourra aussi gloser sur le « méchant » interprété par un Michael Keaton qui fait ce qu'il peut pour rendre crédible son personnage, qui se veut le symbole moderne du patron omnipotent d'un conglomérat industrialo-guerrier.

Mais à nouveau, là où le film de Paul Verhoeven avait su dépeindre jusqu'à l'absurde une Amérique reaganienne boursouflée d'impérialisme revancharde post guerre du Vietnam, son remake se perd dans des circonvolutions qui ne reflètent rien sinon la vacuité d'un propos qui se garde bien de prendre parti et d'illustrer une société dont les dérives ont dépassé les prévisions les plus alarmistes du premier RoboCop.

C'est d'ailleurs sur ce point précis que le remake aurait pu faire sens, en reprenant là où le film de Paul Verhoeven s'était arrêté. En imaginant un après en apparence uchronique qui aurait permis une nouvelle fois de stigmatiser une réalité et un présent de plus en plus sombre.

 

 

Affiche officielle

Résumé

Il faut croire que les « cojones » de José Padilha, réalisateur pourtant outrancier et ô combien aggressif des deux Troupe d'élite, n'ont pas supporté leur passage à Hollywood où il a tout de même avoué avoir subi un tournage d'une extrême difficulté. Peut-on alors parler de gâchis ? Même pas, tant cette volonté de revisiter le « mythe » RoboCop n'a aucun sens ici sinon en l'ajout d'une nouvelle tâche indélébile (pour ne pas dire débile) dans l'histoire des remakes qui n'en manquait pourtant pas.

commentaires

TofVW
16/12/2019 à 09:56

@K2000: tu lis dans mes pensées, la scène où Murphy se fait abattre est quelque chose qui reste dans ta tête toute ta vie. Et la version Director's Cut, si tu ne l'as pas vue, dure encore plus longtemps. J'ai rarement vécu un tel supplice dans ma vie de cinéphile (supplice dans le sens où on ressent une énorme empathie pour ce pauvre flic en train de se faire écharper, ce qui en fait une scène très réussie).
Je suis également choqué chaque fois que je revois le petit bureaucrate se faire trouer la peau par ED-209 à cause d'un bug (idem, scène rallongée dans la Director's Cut): à la fin tout le monde se fout du sort de ce pauvre gars qui est mort pour rien.

Vraiment un grand film, dans mon Top 10 sans hésiter. Rien à voir avec le GI Joe dont parle l'article, pitoyable.

Slade
16/12/2019 à 05:57

Toujours surpris qu’ils ne se soient pas pris un procès par Kentaro Miura.

Micju
16/12/2019 à 01:46

Adam
Tu étais où ces dernières années et surtout cette année.Car le film rated x le plus payant de tout les temps est encore au cinéma présentement.

PlastiCop
16/12/2019 à 01:29

Rien que l’armure est absurde et ne fait pas du tout robot .
Rien que ça c’est pourri .
Et la fin vite expédiée est lamentable .
L’original était une relecture du mythe de Frankenstein à l’aune de la robotique et de ses conséquences transhumanistes .
Celui-ci n’est qu’un actionner sans âme parmi tant d’autres dont le seul élément transgressing est la critique de l’interventionnisme ricain

j en prendrais pour 1 d
16/12/2019 à 01:05

une belle merdouille

K2000
15/12/2019 à 23:54

Remake très inégale et loin, TRÈS loin du premier que j'ai vu ado. La scène où Murphy est assassiné avec Verhoeven m'a marqué a tout jamais et donnait une dimension incroyable à la raison d'exister de RoboCop en partie. Dans le remake, exit la boucherie de sa mort et on règle ça proprement avec une voiture piégée. Tout est trop lissé dans ce film. La seule scène intéressante est lorsque Dr.Norton le démembre de ses atouts robotiques.
Bref, un remake dont on aurait pu se passer même je trouvais Joel Kinnaman taillé pour le rôle.
Michael Keaton en méchant...bof.

RobinDesBois
15/12/2019 à 23:03

@Sanchez entièrement d'accord avec toi. Un excellent remake/reboot, très efficace avec de nouvelles thématiques très intéressantes et bien très traitées. J'ai beaucoup aimé.

Xprocessor
13/05/2019 à 09:51

Quel choc ce premier Robocop ! Je devais avoir 16 ans à ce moment et le film m'avait marqué par sa violence graphique et scénaristique... Vision d'un monde à venir sous le contrôle de sociétés privés et corrompues...

Le remake manquait de profondeur politique et surtout.. il évacuait le corps, la chair et le sang pour en faire un pur produit technologique sans envergure et sans orientation concrète.

C'est là le problème je pense, c'est qu'au fond ces remakes ne parlent plus de politique ou de société... juste des sentiments que l'on voudrait profonds et sincères mais qui sont simplement vertueux.

Richter
13/05/2019 à 09:23

Une belle déception pour ma part, d'autant que le spectre de l'original planait sur ce remake. Même la présence de Michael keaton ne suffit pas à ajouter un petit quelque chose.

Sanchez
13/05/2019 à 00:34

Pour moi un des meilleurs remake fait ces dernieres années, même si il n'atteint evidemment pas le niveau du hollandais violent. Mais le scénario est interessant tant il réussit à s'affranchir de l'original et proposer une intrigue en accord avec son temps

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