58 minutes pour vivre : critique dans la salle d'embarquement

Guillaume Meral | 28 mai 2017
Guillaume Meral | 28 mai 2017

Premier opus de la franchise à voler en dehors du giron de John McTiernan, 58 minutes pour vivre représente une expérience édifiante à l'heure où le cinquième opus vient poser sa pierre de la manière que l'on sait dans le débat animant le noyau dur de fans de la franchise : y a-t-il une vie pour Die Hard hors des mains de son créateur ? John McTiernan, démiurge omniscient de la franchise et des enjeux qui l'habitent ?

 

Die Hard s'apparentant aujourd'hui à un produit d'appel n'entretenant plus que des rapports superficiels (pour être poli) avec la mythologie dont il fait son fond de commerce, on n'ose imaginer la pression pesant sur les épaules de Renny Harlin, réalisateur de ce second opus, à l'époque où le souvenir du premier film était encore tout frais. Se hisser à la hauteur de McTiernan étant mission impossible pour 90% des cinéastes en activités hier comme aujourd'hui, on sera gré au finlandais de marcher ostensiblement sur les traces de son prédécesseur sans pour autant essayer de l'imiter.

De fait, on saluera des cadres souvent inspirés convoquant le spectre du maitre (notamment la volonté d'occuper toute la largeur du format scope), une mise en place efficace et concise via une chorégraphie scénique élégante (transitions habiles d'un écran de télé à un autre afin de caractériser les personnages à l'aune du contexte dans lequel ils s'insèrent), où encore une volonté occasionnelle de retrouver la fluidité du montage de McT.

 

photo, Bonnie Bedelia, Bruce WillisJohn McClane n'aime toujours pas l'avion

 

Pour autant, le doute ne tarde pas à s'installer lorsque se pose le plus gros problème du film : comment appréhender le personnage de John McClane à l'aune de son nouveau statut ? C'est là que réside le principal problème du long-métrage, qui tend à appuyer le caractère indispensable de McT lorsqu'il s'agit de caractériser un personnage dont la substance est finalement indissociable du réseau de codes inhérent à sa mise en scène. Passe encore que les scénaristes poussent, de façon quelque peu téléphonée, le personnage à aller au devant des ennuis de son propre gré, mais la conscience bien trop appuyée pour être honnête des instigateurs de vouloir entériner le statut de star de la pop culture de leur héros se révèle plus difficile à occulter.

D'où un recours trop systématique à la punchline forcée, qui jette rétrospectivement les prémices de ce qu'est devenu le personnage aujourd'hui, d'autant plus qu'Harlin, en gros bourrin qu'il est, ne manque jamais une occasion pour appuyer un peu plus le champignon. Plus dommageable encore, les idées des producteurs visant à maximiser l'attractivité du film, mais contradictoire avec l'essence même de la figure, qui se retrouve à venir à bout de barbouzes en les attaquant frontalement. On citera ainsi ce gunfight influencé par John Woo (Joel Silver découvrait alors le cinéma HK), durant lequel Bruce Willis manque de se transformer en émule de Chow-Yun Fat

 

 

photo, William SadlerSad William Sadler

 

Dés lors, il faut attendre la fin de la première heure pour retrouver le McClane de Piège de cristal, dont les stratagèmes de fortune sont confrontés pour la première fois à leur impuissance, face à l'organisation minutieuse des bad guys. Comme s'il s'agissait de consciemment gonfler le personnage d'une confiance en soit exagérée, pour mieux ébranler ses certitudes et le faire redescendre sur terre à mi-parcours. On retrouve ainsi l'humain obligé d'agir car acculé, le comportement frondeur et tête brulée conditionné par la force des choses, la couleur kamikaze de ses mouvements de la dernière chance (à cet égard, la propension à la surenchère d'Harlin fait des merveilles).

 


Résumé

Simple suite au début et digne successeur du premier sur sa fin, 58 minutes pour vivre souffle donc le chaud et le froid pour finalement se repositionner dans la lignée du premier volet. Harlin avait donc prouvé que la franchise pouvait retomber sur ses pieds hors des mains de son créateur, chose que l'actualité récente a bien failli nous faire oublier

Lecteurs

(3.9)

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commentaires

Dutch Schaefer
29/05/2018 à 20:11

Je suis comme Mx: je préfère largement ce second opus au très suréstimé 3ème!

Dutch Schaefer
29/05/2018 à 19:05

Pas au niveau du 1er!
Mais sans hésitation, une suite de haute volée! Et qui reste aujourd'hui encore le seul film valable de la saga Mc Clane!
Je kiffe cette opposition du 1er opus (le mec isolé et seul!) et celui-ci ou il est barré de moyen!

....
29/05/2018 à 12:10

En anglais, sequel veut dire la suite d'une œuvre (en français, on trouve parfois le barbarisme « séquelle »).
Suite est le mot francais à utiliser quand on veut éviter un franglais nauséabond....

Ps: sa mise en scène est toute droit sortie d'un clip imitant les grands de l'époque....

Hobben
28/05/2018 à 22:37

@Dirty Harry, exactement de bons films bien troussés! Je rajoute peur bleue en plaisir coupable pour moi... après c'est le drame...

Dirty Harry
28/05/2018 à 21:53

@ Max : le 1er film aussi était une adaptation de bouquin qui n'avait rien à voir avec la précédente adaptation de l'auteur (avec Sinatra !).
Sinon je retiens qu'Harlin avait le vent en poupe à ce moment : sympathique et solide faiseur, ce Die Hard tient parmi ses quelques grandes réussites que sont Cliffhanger, l'ile aux pirates (mais je préfère le titre Cutthroat Island) et Au Revoir à jamais. L'homme de la situation dans le business à ce moment d'Hollywood.

Mx
28/05/2018 à 21:17

Bien plus fun que le 3, qui a mon avis est très surestimé, le gros point fort du 3 c son cast, mais à aprt sa...

Baneath88
28/05/2018 à 21:08

Une suite clairement pas à la hauteur de son modèle, mais 58 Minutes pour Vivre demeure un film d'action plutôt bien troussé et divertissant. Mais le troisième volet va définitivement lier son triomphe ainsi que celui de Piège de Cristal à la vision de son auteur, McTiernan. Un réalisateur qui a l'audace d'établir les règles (cf Die Hard 1) pour mieux les briser ensuite (Die Hard 3). Et ériger ses œuvres comme les modèles indépassables qu'ils sont toujours depuis.

Hobben
28/05/2018 à 20:48

Un très bon épisode de la saga! Une des réussites de Harlin qui a arrêté de faire des films sympas dans les années 2000.

maxleresistant
28/05/2018 à 20:34

Faut savoir aussi que ce film est en faites une adaptation d'un bouquin qui n'avait rien à voir avec Die Hard.
C'est aussi pour ça que le film parait si différent des 1 et 3.

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