Critique : Waste land

Laure Beaudonnet | 22 mars 2011
Laure Beaudonnet | 22 mars 2011

Faire de l'art à partir de déchets : voilà le projet de l'artiste brésilien Vik Muniz dans Waste Land: de la poubelle au musée. Pour ce documentaire, Lucy Walker a suivi le plasticien dans sa volonté de détourner l'aspect a priori repoussant d'une décharge en lui donnant une valeur artistique. Il plonge ainsi dans l'univers des « catadores » (les ramasseurs de déchets recyclables) de l'une des plus grandes décharges du monde, dans la banlieue de Rio de Janeiro, et découvre leur parcours personnels. Au fil du documentaire, il rencontre une dizaine de ramasseurs excités par l'idée de participer à une œuvre d'art bien que sceptiques quant à la possibilité de produire du beau à partir de leur environnement de travail. Rapidement, les individualités prennent le pas sur l'objet central du documentaire: Pictures of Garbage Series.

L'idée est simple : produire une photo à grande échelle et la reconstituer à partir de déchets recyclables. Chaque portrait cherche à capter l'identité de chacun : Irma la cuisinière porte un récipient sur la tête, Tiao, le président de l'association des ramasseurs de déchets, est photographié dans sa baignoire au milieu de la décharge. Le projet est au carrefour de l'humanitaire puisque Vik Muniz  reverse l'argent de ses ventes à l'association de Jardim Gramacho (ACAMJG). Mais, devant Waste Land, on ne peut s'empêcher d'entendre résonner Woman are heroes, de J.R. Cette impression d'une nouvelle forme d'art qui associe la rencontre humaine à la création. Utiliser l'anonyme et surtout créer quelque chose à plusieurs. Car, au-delà du résultat, c'est bien plus le chemin qui est mis en valeur, le processus de création en communauté. L'objet final est anecdotique. Une réflexion sur la valeur de l'art et la démesure des prix en fonction de la signature est engagée.  Est-il raisonnable de dépenser une fortune pour des déchets que les sociétés occidentales exècrent dans leurs poubelles ?

Waste Land a cette qualité d'informer sur une population isolée, voire désolée, sans jamais prendre le chemin de la moralisation. Il pointe avec parcimonie les problèmes d'une société : le trafic de drogue, la prostitution, la pauvreté, et la rapidité avec laquelle on est enclin à oublier son passé, comme Vik Muniz qui a lui-même fait l'expérience du besoin matériel. Jamais on ne glisse sur la pente du pathétique ou de la condescendance. Waste Land est violent pour la réalité qu'il dépeint, mais terriblement humain et troublant.

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