Wall Street - L'Argent ne dort jamais - critique

Stéphane Argentin | 16 mai 2010 - MAJ : 01/08/2018 00:17
Stéphane Argentin | 16 mai 2010 - MAJ : 01/08/2018 00:17

Soyons honnête d'entrée de jeu : l'auteur de ces lignes a découvert Wall Street à la veille de Cannes 2010. Vingt ans après (1987 pour être précis), le premier opus n'a rien perdu de sa superbe, le mordant financier n'ayant d'égal que l'alchimie entre les personnages. Autant dire que, comme bien souvent dans pareille situation, les attentes quant à la découverte du deuxième opus étaient moindres.

« L'argent ne dort jamais » nous annonce le titre de ce numéro deux. Et s'il y a un point sur lequel il n'y a pas tromperie sur la marchandise, c'est bien celui là : la charge financière de cette suite est au moins aussi incisive que le premier volet, avec en point d'orgue un long discours de Gekko (Michael Douglas) devant un parterre d'aspirants traders qui fait écho à une scène similaire du n°1 (devant des actionnaires). Bonus, subprimes, krach boursier... Qu'importe que l'on ne soit pas familier de tels barbarismes boursicoteurs, Stone se charge de tirer à boulet rouge sur tous les puissants de ce monde dans leurs « réunions de crise » au milieu de salles au luxe aussi ostentatoirement puant que le faste des soirées mondaines auxquelles ils assistent. Cet harponnage en règle se trouve de surcroit rehaussé par la mise en scène et le sens du montage très inspiré du cinéaste (fondus, splits screen et autres trucages numériques pour accentuer les boursicotages rampants) en dépit de certains clins d'œil un peu too much par endroits : Ground Zero ou encore le caméo de Charlie Sheen, petit plaisir coupable par excellence...

 

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Si la petite joute verbale que se livre les deux hommes à ce moment-là nous rappelle l'excellente alchimie entre les personnages du premier opus, sa suite ne tient guère la comparaison à ce niveau. Premier point à préciser : le Gekko qui valut à Michael Douglas son Oscar en 1988 se retrouve considérablement en retrait dans ce n°2. Tout juste apparaît-il par intermittence pour nous rappeler que son personnage ne s'est nullement ramolli après son séjour prolongé en cabane (8 ans) et que c'est toujours lui qui tire les ficelles en coulisses. De ficelles, les scénaristes (dont l'un des auteurs du gentil petit film d'arnaque Las Vegas 21) sont d'ailleurs loin de les maîtriser aussi finement et on verra venir gros comme une maison le mini twist final. Par chance, le film ne repose pas uniquement là-dessus mais bien, comme le premier volet, sur ses personnages.

 

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Nouveau requin de l'histoire, Josh Brolin (le George W. Bush de Stone dans le film éponyme) est toutefois loin de laisser transparaître le même appétit financier que Gekko. De ce point de vue, le nonagénaire Eli Wallach (95 ans cette année et toujours bon pied bon œil) apparaît plus carnassier, même si l'on regrettera son peu de temps de présence à l'écran. Mais là où le bât blesse finalement le plus, c'est dans l'alchimie en berne entre le trio de personnages vedettes.

Là où la relation mentor - apprenti fonctionnait à plein dans le premier volet entre Douglas et Sheen et que le lien de parenté en Sheen père et fils nous touchait avec une grande justesse, ces deux chevilles ouvrières narratives sont loin d'avoir le même impact dans le n°2. La relation entre Gekko et sa fille apparaît trop lacrymale et stéréotypée tandis que les pères spirituels que se cherche Shia LaBeouf en la personne de Lewsi (Frank Langella, lui aussi trop peu présent à l'écran) puis Gekko ne convint guère plus.

 

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Résumé

Douglas trop en retrait, LaBeouf trop gentil en financier écolo et Mulligan trop amoureuse après sa prestation pourtant magistrale dans le somptueux Une éducation. À croire que le mordant financier demeuré intact de ce n°2 a totalement attendri (ramolli ?) les enjeux dramatiques entre les personnages. Le constat final est donc inéluctable : à Wall Street, le Dow Jones clôture bel et bien à la baisse !

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