INVASION : NEW-YORK
N’espérez pas de réponse tant le long-métrage de Matt Reeves (scénariste de The Yards) produit par le nabab télévisuel J.J. Abrams évite toute explication superflue pour mieux se focaliser sur le déroulement en temps réel de l’action et son impact sur la psyché collective. Ici, la menace est inexplicable (à défaut d’être invisible) et l’accent est avant tout mis sur la notion de chaos dans une cité moderne qui se croyait, une fois de plus, imprenable.
Par le truchement de la caméra subjective, Cloverfield appelle à une immersion immédiate dans l’action et à une approche frontale de celle-ci. Un procédé malin vu le sujet abordé et qui n’a jamais eu d’impact aussi saisissant sur l’inconscient cinéphilique depuis Le projet Blair witch. C’est dans ce souci de réalisme (absence de musique, caméra tremblante et acteurs quasi inconnus au bataillon) que le film fonctionne à 100% arrivant à créer une tension quasi palpable là où des Michael Bay auraient sorti la grosse artillerie pyrotechnique. Et s’il est clair que Cloverfield ne lésine pas sur les moyens pour impressionner, le tour de force réside avant tout dans un rythme soutenu ne nous laissant aucun répit.
CHAMP DE TREFLES CONTRE BITUME
Ainsi, passé les quelques minutes d’introduction qui auront suffi à créer une réelle empathie pour les personnages et une incroyable attaque inaugurale renvoyant directement au premier assaut des tripodes dans La guerre des mondes, le film nous embarque de facto dans un marathon émotionnel et sensoriel où le but avoué des protagonistes, et par extension du spectateur, est de survivre. À l’image de son pendant ibérique (l’excellent Rec), le film fonctionne avant tout par son côté immersif, allant jusqu’à transcender le gimmick du faux home movie pour le transformer en véritable procédé destiné à redéfinir les codes de la narration cinématographique.
Passé le marketing viral, procédé en vogue à un moment donné – pour choper ceux qui sont trop souvent vissés devant les réseaux sociaux, il s’agit juste d’un found footage, bien fictif puisque l’image reste miraculeusement claire… anticipant l’ère du « tout filmage », avant les téléphones modernes.
Et adapté à un autre type de film de monstres (énorme cette fois, mais il y a aussi ceux de taille moyenne). Avec le point de vue de New-Yorkais, à peine 7 ans après le 11 Septembre, même si la question du traumatisme sera peu traitée. Pas plus que tout ce qui concerne la topographie particulière de la ville, tellement vue au cinéma – la scène de la Statue de la Liberté décapitée a beau avoir un effet politique, elle est surtout une référence à l’affiche de « New-York 1997 ».
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Et point de vue aussi de jeunes américains mollassons à la JJ Abrams, tellement irritants pour certains parce que ce sont tous de vrais gentils, ils sont beaux, ils se réunissent dans des appartements cossus pour boire des bières (avec une tonne d’inconnus) etc… Certes, dans ce deuxième film de Matt Reeves (après une espèce de comédie Weinsteinenne – 12 ans avant !), cette routine se fait exploser après 18 minutes de comédie semi romantique et petit bourgeoise, mais sans la moindre férocité graphique, sale. Juste de la peur, de la cavale, quelques punchlines (T. J. Miller), et la surprise concernant le sort du personnage de « bimbo constamment en robe et talons hauts ».
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Il y a surtout, à moitié, un petit côté « film dramatique indépendant » dans sa superposition des moments de joie diurnes et innocents, et l’horreur nocturne, apocalyptique et sans espoir, l’un tentant d’effacer l’autre. Pour mieux créer une boucle : on finit à la fois là où l’événement arrive – le truc qui tombe dans la mer – et là où l’amour commence… alors que juste avant, tout mourrait.
Un peu aussi de Shyamalan (encore une référence d’époque) dans la thématique du Destin, des choix de vie cruciaux, mais là aussi en étant assez pessimiste – dans ce film tout ceux qui sauvent une personne sont de facto condamnés à mourir peu de temps après.
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Ce film est en quelque sorte un autre Godzilla à New-York, ajoutant tout ce qui manquait à la version de Roland Emmerich 10 ans avant.
Et Michael Giacchino rend bel hommage au film japonais d’origine dans (l’unique) musique du film, dans le générique de fin.