Critique : L'Avocat de la terreur

Thomas Messias | 7 juin 2007
Thomas Messias | 7 juin 2007

On l'a souvent rangé un peu vite parmi les avocats opportunistes, entre Collard et le fils Klarsfeld. Mais Jacques Vergès est d'une autre trempe : avant d'être un avocat, l'homme est un militant. Le problème, c'est de comprendre pour quelles idéaux… C'est ce qu'expose assez brillamment Barbet Schroeder dans L'avocat de la terreur. Il n'y avait pas grand effort à faire pour rendre le portrait fascinant, tant Vergès est un personnage charismatique et insaisissable, qu'on écouterait bien débiter des anecdotes pendant deux heures, l'œil qui frise et le sourire pervers. Un mystère sur pattes, ambigu et pervers à souhait, dont on ne sait jamais vraiment quoi penser. Bref, un grand personnage de cinéma.

 

Schroeder choisit d'abord de faire connaissance avec Vergès ; il le filme en plan fixe, grand angle, et le laisse faire le spectacle. Cette première partie est passionnante : à travers ses rapports avec les Khmers rouges et avec des poseuses de bombes algériennes, l'avocat montre une capacité de réflexion qui occulte tous les schémas de pensée préfabriqués. Pas étonnant qu'il soit un avocat si doué : on a beau connaître ses talents de manipulateur, il parvient souvent à nous faire tomber dans une hypnose pour le moins dangereuse. Pour un peu, on finirait par adhérer à ses propos parfois très borderline. Mais à condition de garder sa conscience en éveil, le portrait est remarquable.

 

Puis arrive le moment où Schroeder choisit de casser un peu cette routine si délectable : après avoir exposé la disparition mystère de Vergès (de 1970 à 1978, il s'est évaporé, sans jamais révéler pourquoi), il s'éloigne peu à peu de lui, comme pour éviter d'être lui-même manipulé par l'avocat. La deuxième heure est alors moins charmante : l'enquête sur les liens de Vergès avec Carlos et Klaus Barbie a beau être documentée et bien construite, elle flirte sans cesse avec le hors-sujet. De quoi trouver le temps un peu long en fin de course : mais parce qu'il n'y a rien de plus stimulant au cinéma que les personnages ambigus, il faut voir cet Avocat de la terreur, documentaire tout sauf tiède marqué du sceau de l'intelligence.

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(3.5)

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