L'Enfer des zombies : critique

Francis Moury | 22 juillet 2007 - MAJ : 05/08/2018 00:35
Francis Moury | 22 juillet 2007 - MAJ : 05/08/2018 00:35

L'Enfer des zombies (Zombi 2, Ital. 1979) de Lucio Fulci, sortie Paris : le 13 février 1980 interdit aux moins de dix-huit ans, avait été présenté amputé de dix-sept minutes jugées trop "gore" par la censure française de l'époque. Elles sont ici restituées intégralement. Heureusement car les coupes rendaient le film assez étonnant en « version censure » : Ian Mc.Culloch tirait au riot-gun sur la tête d'un zombie mais on ne voyait pas le résultat de l'impact en contrechamp ! Et toute la séquence où Olga Karlatos finit assassinée, avait disparu.

Cela dit, même intégralement restitué comme c'est ici le cas, L'Enfer des zombies est un film relativement ennuyeux et d'un ridicule régulièrement achevé, en dépit d'une ouverture excellente, et d'une ou deux très belles séquences. Son intérêt est d'avoir, par son succès public, orienté définitivement la carrière de Fulci vers le fantastique en lui ouvrant les voies d'une inspiration personnelle : nous avons écrit cela avant d'entendre Castellari le dire dans les suppléments et nous en sommes heureux car cela nous conforte dans notre idée. On a beau jeu de gloser sur l'originalité des zombies fulciens de 1979 par rapport à ceux du Zombie (Dawn of the Dead, USA-Ital. 1978) de George Romero co-produit par Argento. C'est une originalité toute relative : Fulci n'avait pas vu le film et n'a donc pas voulu le copier. Simplement, d'un point de vue esthétique, elle réside dans l'idée d'une putréfaction plus avancée donc plus répugnante. Et du point de vue scénaristique, elle réside dans un alliage « film d'aventure/ film fantastique » comme l'a voulu son scénariste Dardano Sachetti. Zombi 2 est pourtant bien le point de départ de toute l'histoire esthétique de Fulci comme cinéaste important du cinéma fantastique et, à ce titre, on ne peut faire l'impasse cinéphilique sur ce film tourné rapidement, sans moyens considérables, mais avec une équipe talentueuse et une volonté artisanale de livrer un produit fini original et satisfaisant pour le public.


Le film repose cependant sur une double escroquerie esthétique et scénaristique : d'une part son ouverture laisse penser que l'action va être urbaine mais faute de moyens, elle sera cantonnée par la suite dans la fameuse île, pour moitié dans l'hôpital-église du docteur (Richard Johnson qui n'est plus que l'ombre encore très honnête, certes, de ce qu'il était dans La Maison du diable de Robert Wise) et de son épouse jouée par Olga Karlatos. La scène « suspense + gore » censurée dans diverses copies avec cette dernière actrice est d'ailleurs une des meilleures du film. On revient à la fin à New York, histoire tout de même d'assurer une fin en boucle cohérente, d'ailleurs mi-comique, mi-impressionnante étant donnée sa démentielle pauvreté mais sa belle puissance plastique.


Quant à l'action située sur l'île, elle reprend le thème éculé du vaudou mais réduit à un mécanisme incompréhensible : il y a des morts-vivants mais aucun sorcier ni rite n'est montré ! Cela dit, cet aspect « épidémique » inexpliqué a aujourd'hui une dimension passionnante car prémonitoire même si elle résulte d'un bâclage relatif du scénario. Fulci et son scénariste Dardano Sachetti, d'ailleurs volontairement non crédité (parce que son père venait de mourir ou parce qu'il méprisait son scénario alimentaire ?) se soucient peu de ce qui faisait le fond du White Zombie (Le Mort-vivant, USA 1932) de Victor Halperin, du The Plague of the Zombies (L'Invasion des morts-vivants, GB 1966) de John Gilling, pour ne citer que ces deux classiques ! Fulci et Sachetti plagient en outre en beauté Night of the Living Dead (La Nuit des morts-vivants, USA, 1968) de Romero en faisant donner par leurs morts-vivants un assaut contre un petit groupe réfugié dans une maison isolée, ici devenue « l'hôpital-église ». Les dialogues italiens comme français sont régulièrement d'une bêtise et d'un comique involontaire qui provoquent l'hilarité ou la lassitude.


Produit explicitement pour surfer sur le succès public (pressenti, chronologiquement) du Zombie de Romero, ce Zombi 2 a tenté de se repositionner a priori sur deux créneaux : le délire gratuit (une nageuse sous-marine attaquée par un requin puis par un mort-vivant sous-marin !! La séquence est belle, cela dit mais plutôt comique que surréaliste, même si, avec le temps, elle peut aujourd'hui apparaîttre telle !) et l'esthétisme. Il n'est pas recommandé, lorsqu'on est attaqué par des morts-vivants, de se reposer dans un cimetière : c'est pourtant ce que font, comme de bien entendu, nos pauvres Ian McCullock, Tisa Farrow (à qui il suffit, tout comme pour l'actrice Olga Karlatos, d'être filmée pour « être » absolument présente et vivante), Al Cliver et on ne sait quelle actrice de troisième zone italienne ! Mais cela permet à Fulci de nous offrir d'étranges plans subjectifs des zombies émergeant de la terre qui recouvrait l'objectif de sa caméra ! Et l'attaque de nuit préfigure, par ses gros-plans de zombies oscillant entre nuit et feu, les plans des oeuvres à venir.

 

Fulci exploite aussi l'idée de la mort d'un point de vue curieusement réaliste avec sa peinture d'un redoutable hôpital-mouroir d'une saleté terrifiante, quasi-prémonitoire de ce qui allait être montré, à partir des années 1985 et pendant tant d'années ensuite aux informations du soir sur toutes les chaînes de télévision du monde. On ne peut pas, en effet, en voyant ses malades « futurs zombies », s'empêcher de penser rétrospectivement aux véritables malades du sida des pays en voie de développement n'ayant pas encore accès aux médicaments, et notamment des pays africains puisque l'action "île" est située aux Caraïbes, lorsqu'on visionne ce film. Ce fantasme absolu d'un hôpital produisant malgré lui des zombies que le médecin-chef achève lui-même faute de les soigner exprime un fatalisme tragique quasi-surréaliste : c'est l'aspect qui aujourd'hui demeure le plus étonnant. Mais évidemment, il s'ajoutait en 1979 aux autres idées novatrices déjà citées pour produire un effet de choc déjà amplifié.

 Zombi 2 a tout de même rapporté 30 millions de dollars, nous indique le livret (clair, historiquement précis et que nous vous recommandons) joint au coffret : comment un tel film put-il générer  tant de recettes ? La réponse est que les spectateurs furent sensibles à ce « nouveau réalisme répugnant » doublé d'un « onirisme » récurrent. Leur réunion faisait du film un cauchemar naïf mais impressionnant. Et ce cauchemar « fonctionna » car  Fulci y révélait déjà les premiers éléments d'une esthétique novatrice, par-delà un scénario primaire et éculé, rafistolé de toutes parts. Historiquement L'Enfer des zombies (Zombi 2) demeure donc important car sans son succès, la carrière de Fulci n'aurait pas été ce qu'elle fut. Même si, considéré à part et pour lui-même, il faut bien convenir qu'il est davantage annonciateur de satisfactions futures que réellement satisfaisant.

 

Résumé

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commentaires

Spil
04/08/2018 à 23:59

Un maestro de l horreurs loin de ces merde comme paranormal

Spil
04/08/2018 à 23:57

Un vrai chef bijou

fifi zombie
11/02/2015 à 18:44

Un chef-d'oeuvre du cinéma gore italien par l'un des plus grands cinéastes populaires, Entre cinéma bis et film d'artisan, une oeuvre génialement macabre !

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