Minority Report : critique précog

Erwan Desbois | 26 mars 2005 - MAJ : 02/05/2020 14:15
Erwan Desbois | 26 mars 2005 - MAJ : 02/05/2020 14:15

« Everybody runs ». Avec une telle accroche, Minority report pourrait à première vue passer pour un thriller futuriste survitaminé doublé d'un happening hollywoodien, puisqu'il s'agissait de la première collaboration entre Steven Spielberg et Tom Cruise. Si vous vous en êtres arrêtés à cette approche, revoyez le film : cette adaptation d'une nouvelle de Phillip K. Dick est une des oeuvres majeures d'anticipation de ces dernières années qui, une fois n'est pas coutume chez Spielberg, déborde largement du cadre du simple divertissement.

Visuellement, la représentation du futur proche (l'action se déroule en 2054, autant dire demain) est exceptionnelle dans sa façon de se baser plus sur des évolutions de notre monde actuel que sur des vues d'artiste. Ainsi, les classes moyennes vivent toujours dans des HLM peu accueillants tandis que le high-tech est limité à la haute société, qui bénéficie de voitures guidées par ordinateur, du visiophone, de l'éclairage à commande vocale, soit autant d'avancées technologiques qui deviennent de moins en moins chimériques au fil des ans. Le seul élément de cet univers à réellement en appeler à la science-fiction est le concept de la brigade Précrime. Grâce à trois mutants pré-cognitifs (les Précogs) qui voient l'avenir, le meurtre a été éradiqué de la ville de Washington. Le système est « infaillible », comme le claironnent les personnages et comme le prouve l'époustouflante séquence d'introduction, dans laquelle John Anderton (grande performance de Tom Cruise) et son équipe de policiers empêchent un crime passionnel d'avoir lieu.

 

Photo , Tom Cruise


Malheureusement pour Anderton, le prochain criminel désigné par les Précogs est... lui-même, censé tuer dans 36 heures un homme qu'il n'a jamais vu. Il a alors la même réaction que n'importe qui : la fuite, et la certitude qu'il ne tuerait jamais personne et donc qu'il a été piégé. Prêt à tout pour prouver son innocence future, il ne reculera devant aucune transgression aux lois qu'il faisait appliquer jusque là, allant jusqu'à enlever l'un des Précogs afin de découvrir la vérité. On touche là à un autre des points forts de Minority report : les personnages sont étonnamment approfondis (à la différence de Paycheck, pour citer une adaptation ratée de Dick) et négatifs pour un blockbuster hollywoodien. Il n'y a même pas à proprement parler de héros, puisqu'Anderton lui-même est dépressif et paranoïaque depuis la disparition de son fils il y a 6 ans, vivant en reclus et ne faisant plus confiance à personne. Quant aux autres personnages du film, ils sont tellement rongés par le ressentiment, l'ambition et l'appât du gain que tous les sentiments positifs (l'amour, la solidarité, la confiance) semblent avoir disparu de cette société devenue aussi froide que l'image qu'en renvoie la lumière métallique de Janusz Kaminski.

 

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C'est en effet le portrait glaçant d'une dictature silencieuse que dresse Minority report, dans laquelle tout est contrôlé, épié alors même qu'aucune incarnation du pouvoir n'apparaît jamais. En plus des Précogs qui savent tout de leur futur, les habitants sont constamment sous le menace des « spyders », mini robots-espions pouvant être lâchés à tout instant dans un immeuble pour en identifier tous les occupants, et des scanners optiques qui quadrillent la ville. Ce sont ces derniers qui trahissent la nature réelle du pouvoir immatériel régentant ce monde : la société de consommation, prison dorée de laquelle il est encore plus difficile de s'échapper qu'aujourd'hui. A l'instar du système de « cookies » présent aujourd'hui sur Internet, ces scanners optiques permettent aux panneaux publicitaires, sentinelles omniprésentes et omniscientes, de s'adapter en temps réel aux goûts et aux habitudes de chaque citoyen / consommateur reconnu, et ainsi de l'interpeller plus directement et donc plus efficacement.

 

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Sur cette toile de fond qui rend hommage au climat pessimiste et paranoïaque cher à Dick, le récit fournit son lot de rebondissements et nous tient en haleine jusqu'au climax final. Toutefois, comme à chaque fois qu'un scénario s'en va faire le malin avec des manipulations temporelles, mieux vaut ne pas être trop regardant sur la cohérence de l'ensemble... Il est de toute façon impossible de prendre le temps de réfléchir sur le scénario en cours de film : la réalisation survoltée de Spielberg emporte tout sur son passage. Comme dans A.I., la trame scénaristique est pour lui un moyen d'enchaîner les séquences choc se déroulant dans des décors époustouflants.

 

Photo , Tom Cruise

 

Après trente ans de carrière, il semble plus que jamais à l'affût de nouveaux défis et de nouvelles sources d'inspiration : la mise en scène de la poursuite dans l'usine de montage de voitures fait ainsi inévitablement penser au style novateur mis en place par Tsui Hark dans Time and tide, et le plan-séquence décrivant une descente de « spyders » dans un immeuble est époustouflant de maîtrise. En se renouvelant à ce point sur le fond et sur la forme, Spielberg prend une nouvelle dimension et prouve définitivement qu'il fait partie des plus grands. On attend maintenant avec impatience La guerre des mondes, prochaine création du duo qu'il forme avec Tom Cruise.

 

Affiche française

 

Résumé

Lecteurs

(4.5)

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commentaires

Rarara 78
20/06/2017 à 22:06

Le film est un pure chef d'oeuvre un des meilleurs Spielberg tout simplement et un des meilleurs Tom Cruise !!!! Un film trop souvent sous estimer mais il est de loin l'une des dernières grande oeuvre d'anticipation et de sciences fiction au cinéma . J'espère qu'ils retravailleront ensemble un jour car la combinaison Cruise Spielberg c'est le top

Gollem13
20/06/2017 à 20:53

Merci mille fois merci d'avoir à l'époque défendu ce chef-d'oeuvre dont j'ai trop souvent l'impression d'être un des rares défenseurs. Je veux dire que pour beaucoup c'est un juste un bon film de SF, pour moi il est dans le peloton de tête su genre dans toute l'histoire du cinéma. Spielberg est grand parcequ'il sait faire ce genre de film qui 15ans plus tard reste avant-gardiste sur bien des aspects. Cruise a des défauts, mais quand y'a de la matière ce batard ne se loupe jamais. Grand film que j'ai visionné 16 fois, peut-être bien une 17e fois auj.

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