Hollow man, l'homme sans ombre : critique mi-cuite

Thomas Douineau | 1 février 2018 - MAJ : 01/02/2019 18:44
Thomas Douineau | 1 février 2018 - MAJ : 01/02/2019 18:44

Aujourd'hui, dans n'importe quelle interview, vous entendrez Paul Verhoeven dénigrer son Hollow man, l'homme sans ombre. C'est sans aucun doute le film qu'il apprécie le moins dans toute sa filmographie. Mais si vous lui dites : « Et si on considère que l'on garde les premiers trois quarts d'heure ? », il vous dira peut-être : « O.K., là d'accord ! ».

Car Hollow man, l'homme sans ombre, en tant que film de Paul Verhoeven, n'existe que dans sa première heure, synthétisée dans le personnage de Kevin Bacon lorsqu'il prend petit à petit conscience de sa condition... Si l'on ajoute des effets spéciaux extraordinaires (les premiers essais du produit sur le gorille), qui en deviennent même d'une stupéfiante beauté, on croirait presque tenir un bon film, réalisé avec la virtuosité et la rage que l'on connaît chez le hollandais.

L'intérêt de Paul Verhoeven s'est porté, on peut le supposer, sur ce début : comment le personnage de Kevin Bacon va tout d'un coup, parce qu'il s'injecte une bonne dose d'invisibilité, révéler ses plus noires pulsions. La fascination du réalisateur pour la partie sombre de l'individu trouve ici un merveilleux terrain d'expression.

 

Photo Kevin BaconKevin Bacon

 

En cherchant bien, et connaissant la carrière de Paul Verhoeven, on peut y voir une critique de la société américaine qui peut engendrer les pires déviances. Kevin Bacon, en s'injectant une bonne dose d'américanisme, devient un fou dangereux. L'idée avait de quoi séduire, mais elle s'est perdue en route, car le reste du film n'est qu'un enchaînement inutile de scènes d'action sous forme de poursuites dans l'enceinte close du laboratoire, annihilant tout espoir de voir « le monstre » se confronter à la société qui l'a engendré.

Dès lors, le film ressemble à un remake de Aliens de James CameronPaul Verhoeven, à court d'idées, joue de toutes les astuces (lumière, eau, feu...) et de tous les éléments pour rendre visible son homme invisible. Un comble !

 

PhotoUne scène bien sale

 

Comment en est-il arrivé là ? Tout simplement parce que le système hollywoodien, après deux échecs (critiques et publics avec Showgirls et Starship Troopers), ne peut que vous rejeter. La seule solution pour continuer à bénéficier de budgets colossaux dont Paul Verhoeven a besoin pour ses projets était d'accepter une commande, de se transformer en yes-man vis-à-vis d'un studio qui l'a embauché en fonction de ses compétences dans le genre « science-fiction à effets spéciaux ».

Si le résultat technique est bien là (du moins pour l'époque), le fond ne peut qu'être dissout dans un film hybride que l'on imagine très bien avoir été fait sous la contrainte.

 

 

 

Résumé

Un film très inégal, mais qui dans ses moments réussis transpire du Verhoeven par tous les pores.

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commentaires
Pat Rick
29/02/2020 à 20:01

A sa sortie ce film m'avait impressionné par des effets spéciaux mais c'était aussi clairement un des films les plus faibles de Verhoeven heureusement qu'il est revenu en force avec Black Book.

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