Robocop : Critique

Julien Welter | 21 janvier 2005
Julien Welter | 21 janvier 2005

Déformé par deux suites, deux séries télévisées ainsi que de nombreux jeux et jouets pour enfants, l'empreinte de Verhoeven ne semble aujourd'hui qu'un logo, une caution artistique ayant servi à mieux orchestrer la dérive commerciale de Robocop. Pourtant, ce film et son expatriation le prouvent : le réalisateur a toujours berné l'aveugle ménagère qu'est Hollywood, au point de s'en lasser. Et si cette dernière a souvent été revancharde à l'égard du Hollandais filmant, ce n'est que parce qu'elle a été maintes fois abusée. Preuve en est, peut-être, cette leçon de subversion que nous donne le réalisateur de Spetters avec ce chef-d'œuvre de l'illusion plus que de la science-fiction.

Ce n'est en effet pas le temps qui passe, le cyber shérif a toujours eu l'allure d'une boîte de conserve massive avançant en « slow motion ». Ce ne sont également pas les envolées philosophiques de Mamoru Oshii qui ont rendu son discours sur l'essence de l'humanité obsolète puisque celui-ci n'a jamais été d'un intérêt élevé. La mécanisation de la chair n'a en effet toujours été qu'un révélateur permettant de démontrer l'absurdité des enjeux de l'héroïsme. La première partie qui s'agrémente d'une minable course-poursuite en voiture (pourtant haut lieu de la bravoure humaine) se conclut sur ce qui deviendra un leitmotiv : une exécution, en l'occurrence ici celle de Murphy.

 

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Par la suite, plutôt que de nous montrer des actions courageuses, des prises de risques, Paul Verhoeven montrera une série répétée d'affrontements inégaux tournant au lynchage par balles : celui des trafiquants par Robocop (ironie des rapports numériques), celui de Robocop par ED 201 (rééquilibrage des forces) puis des policiers (retour au rapport initial), et enfin celui d'ED 201 par Robocop (armé d'un fusil en plus). Loin de la maestria hong-kongaise, le déluge de cartouches est une mascarade qui cache un combat sans surprises où le plus fort gagne. Évacuant la notion du courage payant, le grisonnant Hollandais rappelle ironiquement que le héros n'existe pas, puisque le vainqueur est désigné par le résultat d'une comparaison mathématique des forces en présence.

  

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Ce cynisme, le réalisateur de Basic instinct le diffuse également sur la société américaine qu'il symbolise ici. En apparence juste (les méchants sont punis), celle-ci ne réserve en fait aucune surprise sociale. Ce n'est en effet pas Robocop qui tue Leyland, mais bien le patron de ce dernier qui l'autorise à le faire en le renvoyant. Ainsi vu par l'œil du Hollandais, le rêve US, qui craint la chute dans la hiérarchie sociale plus que tout, ne laisse que peu d'espoir aux policiers en grève d'OCP. Leur sort est laissé en suspens de façon à nous permettre de tirer nous-même les conclusions de cette logique des rapports de force. Dès lors, au milieu de ces remous sociétaux, Robocop devient un leurre, un rêve télévisé ou un vieux réflexe que l'on érige régulièrement pour nous faire oublier un ordre social immuable malgré les innovations.

 

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