Critique : Ne touchez pas la hache

Julien Foussereau | 27 mars 2007
Julien Foussereau | 27 mars 2007

Fasciné par les affres de la création, passionné de littérature et de théâtre, Rivette imprime sa marque dès les premiers instants de Ne touchez pas la hache, adapté de La Duchesse de Langeais : plans fixes, ambiance dépouillée à Majorque puis feutrée à Paris pour un mélodrame balzacien austère. De cette hypothèse amoureuse paralysée par les conventions et la foi religieuse, Rivette déploie toute la maîtrise que l'on est en droit d'attendre de lui. Par le biais d'une mise en scène chirurgicale et distante, le cinéaste capte le badinage d'Armand de Montrivaux et Antoinette de Langeais avec une ahurissante âpreté. Dans les appartements cossus de la Restauration, la douceur des rideaux et la délicatesse du mobilier s'effacent devant la magnifique lumière de William Lubtchansky, pour devenir des prisons morales de la haute société au milieu desquelles des êtres, incapables de s'aimer en synchronie, se voient contraints de se détruire par leurs ressentiments et par le temps qui ne cesse de filer.

Pour donner corps à cette tragédie froide et funèbre, Rivette reprend donc, dans les seconds couteaux Michel Piccoli et Bulle Ogier, deux de ses comédiens fétiches, tous deux excellents. Bien évidemment, ce sont surtout Jeanne Balibar et Guillaume Depardieu qui méritent de crouler sous les éloges tant leur alchimie opère merveilleusement. Pourtant, quelque chose cloche dans Ne touchez pas la hache. Ce film respire l'esprit le plus noble à pleins poumons. Mais peut-être son intellectualisation poussée a-t-elle laissé l'auteur de ces lignes sur le carreau, peu enclin à lire du Balzac. Peut-être regrette-t-il aussi un temps déjà lointain où Rivette savait faire montre de plus de légèreté ? Peut-être est-il passé tout simplement un peu à côté.

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