Black Book : critique qui résiste

Laurent Pécha | 21 mars 2018 - MAJ : 27/03/2019 23:57
Laurent Pécha | 21 mars 2018 - MAJ : 27/03/2019 23:57

Après de nombreuses années à Hollywood, Paul Verhoeven revenait en Hollande pour un film fulgurant, Black Book.

Photo Carice van Houten
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HOLLANDAIS VIOLENT

Après des années de silence et nombre de projets abandonnés, Paul Verhoeven est de retour …en Europe. Ne trouvant plus ce qu'il voulait aux States après un Hollow Man , l'homme sans ombre qui ne lui a pas laissé de bons souvenirs, le cinéaste hollandais délaisse pour un temps les grosses productions hollywoodiennes et ses effets spéciaux outranciers pour retourner à ses premières amours. Welcome back Paul serait-on tenté de s'écrier à la vue de ce Black Book de haute volée qui remet instantanément Verhoeven dans la sphère des cinéastes majeurs de notre époque.

 

Photo Black BookCarice van Houten

 

Pour autant, ce retour européen ne veut pas dire que le réalisateur retrouve la veine de sa période hollandaise, particulièrement trash et provocatrice. Non, l'homme s'est calmé et son expérience hollywoodienne lui a appris à ne jamais oublier qu'il fallait avant tout captiver son public avec une solide histoire. Justement, la grande force de Black Book, c'est sa capacité à enchaîner sans aucun temps mort les événements et retournements de situations parfois de la manière la plus abrupte possible (l'intrusion de la violence est à ce titre plus d'une fois tétanisante).

En suivant l'incroyable odyssée de l'horreur d'Ellis, jeune juive en constante fuite dans une Hollande occupée par les nazis, Paul Verhoeven signe une sorte de version sombre de son Soldiers of orange. Passionné depuis toujours par le sujet (le cinéaste évoque souvent ses souvenirs d'enfant sous les bombardements allemands), il prend à coeur son simili-Journal d'Anne Frank et livre une authentique saga guerrière parsemée de coups de théâtre captivants.

 

Photo Black BookUn des personnages les plus ambigus vu depuis longtemps

LES BOURREAUX MEURENT AUSSI

On frémit pour la fragile Ellis, magnifiquement campée par Carice van Houten (une révélation spectaculaire dans un rôle d'une richesse émotionnelle rare - et oui, c'est Mélisande dans Game of Thrones) et ce même si l'on sait, par une utilisation discutable du flash-back qu'elle a survécu à la barbarie nazie. Même si tout n'est pas parfait (la musique omniprésente lors des moments chocs), que Paul Verhoeven s'est un peu assagi, et que certains rebondissements auraient peut être mérités d'être écourtés, Black Book constitue un sacré moment de pelloche.

On y sent à chaque moment revivre la fougue et l'envie d'un cinéaste entier qui réussit le tour de force d'humaniser aussi bien les victimes que les bourreaux, démontrant ainsi l'infime complexité de l'être humain et ses déboires moraux dans les méandres d'un conflit horrifique qui le dépasse.

 

Image 125017

Résumé

Plus d'une fois bouleversant, constamment passionnant, brillamment mis en scène, le film de Verhoeven rappelle au passage que l'art cinématographique ne connaît aucune frontière. Il faut juste laisser les artistes s'exprimer. Surtout quand ils ont un aussi grand talent de conteur que notre violent hollandais préféré.

commentaires

wazodezils
22/03/2019 à 08:38

Excellent film !!
Scénario brillant, réalisation coup de poing, acteurs au diapason
Bravo

MadMcLane
22/03/2019 à 00:07

Film qui n'a pas eu le succès qu'il méritait, une œuvre rare en ces temps de super-héros à tout va....

Matt
21/03/2019 à 20:52

Film somme de Paul Verhoeven. Actrice incandescente. Feuilletonesque à souhait.
Chef d'oeuvre.

abrada
21/03/2019 à 20:07

Je me demande si dans ma liste de films de PV que j'ai vu, si ce n'est pas le meilleur.

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