Black Book : critique qui résiste

Laurent Pécha | 9 juin 2018 - MAJ : 22/06/2019 16:26
Laurent Pécha | 9 juin 2018 - MAJ : 22/06/2019 16:26

Après de nombreuses années à Hollywood, Paul Verhoeven revenait en Hollande pour un film fulgurant, Black Book.

HOLLANDAIS VIOLENT

Après des années de silence et nombre de projets abandonnés, Paul Verhoeven est de retour …en Europe. Ne trouvant plus ce qu'il voulait aux States après un Hollow Man , l'homme sans ombre qui ne lui a pas laissé de bons souvenirs, le cinéaste hollandais délaisse pour un temps les grosses productions hollywoodiennes et ses effets spéciaux outranciers pour retourner à ses premières amours. Welcome back Paul serait-on tenté de s'écrier à la vue de ce Black Book de haute volée qui remet instantanément Verhoeven dans la sphère des cinéastes majeurs de notre époque.

 

Photo Black BookCarice van Houten

 

Pour autant, ce retour européen ne veut pas dire que le réalisateur retrouve la veine de sa période hollandaise, particulièrement trash et provocatrice. Non, l'homme s'est calmé et son expérience hollywoodienne lui a appris à ne jamais oublier qu'il fallait avant tout captiver son public avec une solide histoire. Justement, la grande force de Black Book, c'est sa capacité à enchaîner sans aucun temps mort les événements et retournements de situations parfois de la manière la plus abrupte possible (l'intrusion de la violence est à ce titre plus d'une fois tétanisante).

En suivant l'incroyable odyssée de l'horreur d'Ellis, jeune juive en constante fuite dans une Hollande occupée par les nazis, Paul Verhoeven signe une sorte de version sombre de son Soldiers of orange. Passionné depuis toujours par le sujet (le cinéaste évoque souvent ses souvenirs d'enfant sous les bombardements allemands), il prend à coeur son simili-Journal d'Anne Frank et livre une authentique saga guerrière parsemée de coups de théâtre captivants.

 

Photo Black BookUn des personnages les plus ambigus vu depuis longtemps

LES BOURREAUX MEURENT AUSSI

On frémit pour la fragile Ellis, magnifiquement campée par Carice van Houten (une révélation spectaculaire dans un rôle d'une richesse émotionnelle rare - et oui, c'est Mélisande dans Game of Thrones) et ce même si l'on sait, par une utilisation discutable du flash-back qu'elle a survécu à la barbarie nazie. Même si tout n'est pas parfait (la musique omniprésente lors des moments chocs), que Paul Verhoeven s'est un peu assagi, et que certains rebondissements auraient peut être mérités d'être écourtés, Black Book constitue un sacré moment de pelloche.

On y sent à chaque moment revivre la fougue et l'envie d'un cinéaste entier qui réussit le tour de force d'humaniser aussi bien les victimes que les bourreaux, démontrant ainsi l'infime complexité de l'être humain et ses déboires moraux dans les méandres d'un conflit horrifique qui le dépasse.

 

Image 125017

Résumé

Plus d'une fois bouleversant, constamment passionnant, brillamment mis en scène, le film de Verhoeven rappelle au passage que l'art cinématographique ne connaît aucune frontière. Il faut juste laisser les artistes s'exprimer. Surtout quand ils ont un aussi grand talent de conteur que notre violent hollandais préféré.

commentaires

vadu
11/06/2019 à 22:27

@Dirty Harry

Con..rd de gauche...mais tant que l'on ne m'associe pas à toi, moi ça me va. Et au passage, ta vie et de ceux que tu as côtoyé, je m'en br..le.

L'histoire et neutralité n'ont jamais fait bon ménage. Tu peux t'approcher de ce qui semble être une vérité mais jamais de sa réalité. Les historiens, les sociologues bataillent sur des sujets vieux d'une dizaine d'années et toi tu viens fanfaronné que l'on peut corrigé la chose en toute objectivité. En fait tu es un bien naïf, caliméro ça aurait été mieux comme blase.

Oui la guerre c'est dégueulasse, oui il y a des dommages collatéraux mais il faudra m'expliquer en quoi le fait que certains nazis traînaient les pieds peut changer fondamentalement mon point de vue sur la chose. C'est de la petite histoire tout ça. Tout au plus, l’exception qui confirme la règle que les nazis étaient des put..ns de chiens. Tu peux me parler des qualités de meneur d'hommes d'adolph ou de sa fibre artistique que je m'en bats les coui..es.

Enfin ne compare pas l’idéologie communiste au nazisme, l'une est progressiste, l'autre juste haineuse. l'une peut être galvaudé par les hommes et donner les goulags, l'autre non. Elle restera abjecte par essence.

Euh...
11/06/2019 à 20:33

Ah, je pensais que vous aviez quelques références pour appuyer tout ça.
En tout cas merci, je croyais que chaque allemand était un nazi pédophile et chaque résistant, ou même pseudo résistant, était un saint en croisade.
Sinon, faut gérer un peu sa colère,... ça n'aide pas à penser calmement et c'est mauvais pour le cœur...

Dirty Harry
11/06/2019 à 14:05

Réviser n'est pas réinventer. Tout historien révise en permanence la lecture qu'on a d'un événement. Et la lecture s'affine lorsqu'on creuse...Si on reste à la surface ça reste "les gentils contre les méchants" si on creuse le nombre de meurtre arbitraires fait par les FFI dépasse celui des allemands sous l'occupation. Cherchez vous trouverez c'est pas compliqué en plus....
@ Vadu : il suffit de rencontrer des gens de gauche (je sais j'en viens) pour s'apercevoir de cette contradiction à prôner la tolérance et à être hyper agressif lorsqu'on conteste leurs valeurs. Après au nom de l'égalité il y a eu les Goulags donc maintenant on sait...Mais on sait vous n'allez jamais vous remettre en question car vous êtes le Bien, le camp des gens "qui ont tout compris" le sens de la vie et les dynamiques humaines...Le manichéisme ce n'est pas de dire "énormément" cela aurait été de dire "tous" ce que je n'ai pas dit mais bon attendre de la bonne foi d'un c....ard de gauche...

jango56700
10/06/2019 à 11:14

Rien a dire a part .... extraordinaire !!!

vadu
10/06/2019 à 11:13

"(......comme énormément de gens de gauche, ils n'ont plus rien de humanité dont ils se réclament lorsqu'il s'agit de leurs adversaires idéologiques)"

Chasser le naturel et il revient au galop. Le type critique le manichéisme d'Un Village Français mais se permet d'en faire quant ça lui chante.

Thierry
10/06/2019 à 08:27

Un film étrange par sa tonalité, singulier, et magnifique.

Euh ....
10/06/2019 à 07:09

Sinon. Tu peux argumenter darty harry? Bientôt tu vas nous dire que l'armée allemande en France c'est moins de 9000 morts ? Et que le pouvoir politique allemand a subi en France les préjugés des communistes qui n'ont pas voulut lui laisser une chance de réformer notre beau pays. Ce ne serait pas du révisionnisme ?

JayT
09/06/2019 à 23:23

Un chef d’oeuvre tout simplement !

Dirty Harry
09/06/2019 à 20:29

2e volet de son dytique sur la 2nde Guerre Mondiale avec "Soldier of Orange" (dont il partage le meme scénariste dont la documentation a servi les 2 films) on attends de voir un truc aussi bien dans nos contrées qui en est restée à un manichéisme bébête (je pense à "Un Village Français"). Non, les résistants n'étaient pas tous des saints (l'épuration de 44 par les FFL a fait plus de morts que l'occupation allemande car comme énormément de gens de gauche, ils n'ont plus rien de humanité dont ils se réclament lorsqu'il s'agit de leurs adversaires idéologiques) et tous ceux qui portaient l'uniforme allemand n'étaient pas des barbares assoiffés de sang et qui jouissent de tuer des innocents dés le matin après le jus d'orange (of soldier). Un grand Verhoeven qui remue là où ça fait mal et secoue les idées préconçues.

wazodezils
22/03/2019 à 08:38

Excellent film !!
Scénario brillant, réalisation coup de poing, acteurs au diapason
Bravo

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