Mission : Impossible 3 - critique d'équipe

Stéphane Argentin | 1 mai 2006 - MAJ : 02/02/2020 13:14
Stéphane Argentin | 1 mai 2006 - MAJ : 02/02/2020 13:14

Première scène : Ethan Hunt torturé par un Philip Seymour Hoffman que l'on n'avait jamais vu aussi délicieusement froid, salaud et inquiétant de toute sa carrière en vue d'obtenir une fameuse « Patte de lapin ». Générique puis retour quelques jours / semaines en arrière. Bienvenue dans Alias… non, Mission : Impossible 3 (prononcé et orthographié M:i:III pour faire « branché »). 

Si la série qui, outre Jennifer Garner, imposa définitivement J.J. Abrams à Hollywood et subséquemment à la tête de son premier long-métrage, et le troisième volet de Mission : Impossible débute peu ou proue de la même façon, ce n'est pas un hasard. Alors que venait à peine de commencer le tournage en juillet 2005, les deux coscénaristes du film Alex Kurtzman et Roberto Orci déclaraient que M:i:III pourrait bien être assez proche d'une version grand écran d'Alias (cf. news).

En effet, en dehors de Kurtzman et Orci, Abrams a également convié de nombreux autres anciens collaborateurs, aussi bien en coulisses (monteurs, responsables des décors, compositeur…) que devant la caméra, la plus évidente de toute étant bien entendu la présence de Keri Russell (la Felicity de la série éponyme) ainsi qu'un petit coucou du pote de longue date d'Abrams, Greg Grunberg, qui donnera la réplique à Sasha Alexander (la Kate des deux premières saisons de NCIS) le temps d'une courte scène. Et lorsque Abrams ne reprend pas des comédiens de séries, ce sont les personnages qu'il transpose (in)directement à l'image du génie de l'informatique d'Alias, Marshall Flinkman, remplacé ici par Simon Pegg (Shaun of the dead) avec les mêmes caractéristiques (débit oral en rafale, peur de se faire prendre…).

 

photo, Tom Cruise, Keri Russell

 

Pour autant, J.J. Abrams ne s'est pas uniquement contenté de transposer son univers télévisuel sur grand écran mais, en grand admirateur de la série d'origine (Alias n'est-il pas à la base influencé par Mission : Impossible ?), a su réintégrer l'esprit d'équipe, élément qui faisait cruellement défaut à ses prédécesseurs, tout entier dédiés à la gloire de Tom Cruise. Abrams ne s'est donc pas vu confié les commandes de M:i:III sur un plateau d'argent (Tom Cruise lui a offert le poste après avoir découvert, emballé, Alias) dans le seul et unique but de « servir la soupe » à une star omnipotente sur les deux premiers volets (on se souviendra ici des rumeurs conflictuelles entre Cruise et De Palma sur M:i:I) mais a bel et bien su apposer sa « patte » à ce nouvel opus (détail d'importance, Abrams est à la fois co-scénariste et réalisateur, deux postes disjoints sur les deux premiers films) qui n'existe plus désormais « pour » mais bel et bien « par » Ethan Hunt. Ou, plus précisément, les actions et réactions de Hunt sont désormais conditionnées par son entourage.

 

photo, Tom Cruise

  

Ethan accepte ainsi de partir secourir Lindsey (Kerri Russell dans un rôle hélas bien trop court) car cette dernière était l'une de ses plus brillantes élèves avec laquelle il avait noué une relation étroite mais qui restera néanmoins ambiguë (maîtresse ou non ?) avant de se lancer ensuite dans une course contre la montre pour secourir celle qu'il aime désormais, Julia (Michelle Monaghan), mais avec laquelle il ne peut pas partager sa véritable identité. Abrams l'avait annoncé, ce qui l'intéressait dans ce projet n'était pas tant Ethan Hunt que l'être humain qui se cache derrière l'espion. La différence est bien là : les différentes missions (trois en tout : Berlin, Rome et Shanghai) sont donc conditionnées désormais par des motivations plus personnelles et dramatiques impliquant davantage le spectateur qui ne se contentera plus d'observer un ersatz de James Bond en action.

 

photo, Jonathan Rhys Meyers, Maggie Q, Ving Rhames

 

De surcroît, les missions en question se révèlent aussi trépidantes et intenses que brillamment ficelées (sur le papier comme à l'écran) et, prises individuellement, ridiculiseraient presque leurs deux prédécesseurs réunis, Luther (Ving Rhames) balançant d'ailleurs un ironique : « Pénétrer à Langley, c'était de la rigolade à côté ». Seul petit regret de l'équipe : la présence de Maggie Q à la beauté exotique particulièrement bien mise en avant (la scène au Vatican) mais aux facultés physiques hélas sous-exploitées (voir le magnifique Naked weapon).

La partie physique justement, Abrams la maîtrise également à la perfection et privilégie l'action en direct aux trucages post-prod, parfaitement épaulé en cela par le vétéran et maître-es cascades, Vic Armstrong, et le directeur de la photo Daniel Mindel dans un style nerveux emprunté à La Mémoire dans la peau où Mindel était chef op secondaire (cf. la scène de l'ascenseur que ne renierait pas le John McClane d'Une journée en enfer). À ce titre, la scène du pont, qui ne sera pas sans rappeler le branle-bas de combat général de la séquence d'ouverture anthologique de Lost, confirme voire efface les inquiétudes de certains quant à la présence d'un néophyte sur grand écran à la tête du budget le plus élevé de l'histoire pour un premier long-métrage (150 millions de dollars). Mais la somme ne fait pas peur à Abrams et le bonhomme n'aime rien moins que les défis (il était déjà à la tête du pilote de série TV le plus cher de l'histoire avec précisément le premier épisode de Lost).

 

photo, Philip Seymour Hoffman

 

Qu'importe au final ce qui se cache exactement derrière cette fameuse « Patte de lapin » tant convoitée (on n'en sait pas davantage du mystère Rambaldi dans la série Alias) ou bien que dans sa course frénétique pour sauver sa bien-aimée, Ethan Hunt ait tendance à emprunter au Jack Bauer de 24 heures chrono des séquences à la plausibilité qui prêteraient plus à sourire qu'autre chose. Au final, M:i:III est un concentré d'action brillamment ficelé, emballé et exécuté, motivé par des émotions et qui, de plus, renoue avec l'esprit de la série originel (gadgets high-tech, travail d'équipe, opérations millimétrées). À tel point que la connivence entre les deux supports (série TV et long-métrage) ne s'était d'ailleurs jamais montrée aussi étroite, le premier empruntant et profitant des avantages du second et vice-versa (histoire, ressources humaines et financières…). 

 

Affiche

Résumé

Avec Mission : Impossible 3, il n'est donc plus question d'adaptation de série sur grand écran ou l'inverse mais bel et bien d'un mariage réussi (le premier ?) entre les deux médiums pour un résultat qui se montre au final le plus réussi des trois volets.

Autre avis Geoffrey Crété
J.J. Abrams n'a pas une vision aussi forte et unique que De Palma et John Woo, mais il apporte une efficacité redoutable à la saga, en reprenant toutes les ficelles de son excellente série Alias. Mission : Impossible 3 perd en cinéma et en folie, mais demeure un spectacle très solide.

Lecteurs

(2.6)

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commentaires

Andarioch
12/09/2018 à 15:06

Efficace de A à Y.
Michelle Monaghan qui se transforme en Nikita dans les dernières minutes, par contre, ça fleurte un peu avec le Z.

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