New-York 1997 : critique

Sandy Gillet | 10 août 2007 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Sandy Gillet | 10 août 2007 - MAJ : 09/03/2021 15:58

À partir d'un scénario aussi simple qu'efficace, Carpenter signait avec New York 1997 un western urbain aux réminiscences cinéphiliques aujourd'hui évidentes. Car en effet, il ne faut pas se leurrer, quand, durant l'été 1981, Escape from New York sort outre-Atlantique sur plus de cinq cents écrans, teasers et trailers ne montrent qu'une seule chose : le réalisateur d'Assault on precinct 13, d'Halloween et de The Fog vient de nous refaire le coup en commettant une fois encore une bonne vieille série B, nanti d'un budget certes beaucoup plus confortable qu'une production Corman, mais dont le pitch n'est autre que bourre-pif à gogo au sein d'une histoire à la linéarité exemplaire. Une recette qui, soit dit en passant, n'a rien perdu de sa saveur tout en faisant fi du temps qui passe.

 

photo, Kurt Russell

 

C'est que l'auteur de ces lignes a grandi aux côtés de Snake Plissken, avec comme seule réplique aux lèvres, tel un replicant un peu déglingué : « Je te croyais mort, Snake ! » Escape from New York fait partie en effet de ces films qui marquent un jeune ado de l'époque, non pas parce qu'il joue avec les codes du genre ou rappelle d'autres films qui ont influencé son réalisateur (ça, c'est pour plus tard), mais tout simplement parce qu'il s'agit là d'une épreuve de cinéma à la fois brute et radicale que chaque nouvelle vision prolonge, s'apparentant in fine à une expérience hypnotique et extrêmement jouissive. Escape from New York est un huis-clos certes urbain, mais surtout agoraphobe, qui nous emmène au plus profond de notre amour du cinéma. Tout y est : une vision du futur immédiat forcément fascinante (ne pas s'arrêter à l'année 1997, tant les États-Unis d'aujourd'hui ressemblent déjà en partie à ce qui est décrit dans le film), un suspense basique mais ô combien efficace, un anti-héros au nihilisme et jusqu'au-boutisme cinégénique qui ne peut que satisfaire notre besoin d'identification, le tout enfermé dans un esthétisme visuel qui marque à tout jamais.

 

photo, Harry Dean Stanton

 

Bien sûr, après, on pourra enrichir les impressions brutes par une analyse plus « cinéphile », et dire qu'Escape from New York s'inspire directement de Escape from Fort Bravo, de John Sturges, et de La Prisonnière du désert pour le côté héros solitaire en quête d'une utopique rédemption, ou encore de L'Homme qui tua Liberty Valence, matrice fondamentale du mythe de l'Amérique et de tout son cinéma, dans lequel Carpenter est allé piocher le côté mise en abîme de tous ses personnages qui, confrontés à la réalité, préfèrent se souvenir de la légende. Les fameux « Je te croyais mort, Snake ! » martelés tout au long du film résonnent dès lors en creux, telle une vérité honteusement bafouée que chacun tente de rétablir. C'est de cette perpétuelle déconstruction que New York 1997 trouve cette vitalité qui lui a permis de devenir avec le temps ce film mythique. À la manière d'un Howard Hawks ou d'un John Ford qu'il admire depuis toujours, Carpenter est sans aucun doute avec ce film le dernier des iconoclastes, le dernier des géants.

 

Affiche ressortie

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