Critique : Les Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire

Matthieu Perrin | 22 décembre 2004
Matthieu Perrin | 22 décembre 2004

Si le début de l'année 2004 a sans aucun doute marqué le grand retour de Tim Burton avec son Big fish, Les Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire vient semer le doute chez les plus fervents défenseurs du réalisateur d'Ed Wood. En effet, ceux qui ont été frustrés par le poisson guimauve vont trouver justement ce qu'il manquait dans Big fish : des situations plus gothiques et des décors plus délirants les uns que les autres, et surtout un humour noir ravageur. Certes, le réalisateur Brad Silberling est loin d'être un grand auteur de la trempe de Big Tim – Casper et La Cité des anges l'ont prouvé –, mais force est de constater que ce film est passionnant pour les petits comme pour les plus grands.

Dès les premières minutes du film, on prend peur ; on se retrouve projeté dans un univers féérique avec des couleurs pimpantes. La bobine s'arrête, une musique angoissante se fait entendre. Jude Law en ombre chinoise (qui joue l'écrivain Lemony Snicket, le créateur des frères Baudelaire) commence son roman et invite tout de suite le spectateur à changer de salle s'il souhaite voir un conte de fées (« S'il en est encore temps, éclipsez-vous et entrez dans la salle de projection voisine, on y passe un véritable conte de fées. »). On a rarement vu une entrée en matière aussi désinvolte (la suite confirmera amplement ce sentiment). L'accent dramatique est mis en avant et on sera prévenu : les trois orphelins Baudelaire vont courir de catastrophe en catastrophe…

Le film se rapproche beaucoup de Big top pee wee de par son inventivité incessante : Violette, l'aînée, n'a de cesse d'inventer des gadgets, Klaus est un rat de bibliothèque et il aurait mémorisé les milliers de livres de celle de ses parents. Quant à Prunille, le bébé, elle passe son temps à dévorer tout ce qu'elle voit et s'exprime par onomatopées qui sont sous-titrées (l'idée la plus géniale du film). On retrouve également l'atmosphère sombre et gothique des meilleurs films de Burton. Pas étonnant, puisque le chef opérateur des Orphelins Baudelaire a déjà signé la photo de Sleepy hollow et semble visiblement chercher à rendre hommage au cinéma expressionniste allemand des années vingt et aux films Poe/Corman. C'est donc tout logiquement que l'acteur Timothy Spall incarne un certain M. Poe et que les enfants lorgnent du côté de la Winona Ryder de Beetlejuice.

Malgré le titre français, les véritables stars du film ne sont pas les trois enfants mais bien les Jim Carrey. « Les », puisque l'acteur se livre à des performances extraordinaires dans le rôle du comte Olaf. Tantôt méconnaissable en comte Olaf ou déguisé en assistant d'un éleveur de serpent, ou encore en pirate, il est prêt à tout pour s'emparer de la fortune des Baudelaire. Avec cette nouvelle performance d'acteur (avec au passage un superbe numéro rendant un vibrant hommage au génial Lon Chaney Sr.), Jim Carrey s'impose définitivement comme LE comédien de l'année 2004. De Eternal sunshine of the spotless mind où il est d'une sobriété déconcertante, à ces Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire où il cabotine pour son plus grand plaisir et le nôtre, Jim Carrey aura su étaler tous les talents de son immense répertoire. Avec lui à bord, Les Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire, loin d'être le désastre annoncé, est un véritable régal.

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(4.8)

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