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Tim Burton : on a classé tous ses films, du pire au meilleur

Par La rédac
1 février 2025
Tim Burton : on a classé tous ses films, du pire au meilleur © Canva Warner, Paramount

Beetlejuice, Batman : le Défi, Edward aux mains d’argent, Sleepy Hollow… Quel est le meilleur film de Tim Burton, le réalisateur le plus gothique d’Hollywood ?

Tim Burton est le paradoxe hollywoodien des années 90 : reconnu pour son caractère de marginal et ses films étranges, il est devenu la coqueluche du système au sein duquel il se sentait étranger, un peu à la manière de son très autobiographique Edward aux Mains d’Argent. Enchaînant les films devenus cultes et identifiables grâce à leur esthétique souvent noire et merveilleuse, Burton perdit de sa superbe au début des années 2000, lorsque son originalité devint une marque de fabrique avec, finalement, plus grand-chose d’original.

Débauché un temps par Disney pour qui il commit Alice aux Pays des Merveilles et Dumbo, le réalisateur semblait avoir définitivement la main. Mais en revenant d’entre les morts avec le très attendu Beetlejuice Beetlejuice, il a prouvé qu’il en a peut-être encore sous la pédale. L’occasion rêvée pour essayer de classer tous ses films, du moins bon au meilleur (selon une moyenne qui nous fait autant de mal qu’à vous).

« Ah ouais, ça c’est un sacré classement ! »

20. Alice au pays des merveilles

  • Sortie : 2010
  • Durée : 1h48
« Mes yeux, mes yeeeeeeeux ! »

Alice au pays des merveilles est à Tim Burton ce que Hook est à Steven Spielberg : une adaptation évidente pour leur auteur respectif, ancrée dans leur imaginaire, qui se transforme en déception inévitable.  

Peut-être attendait-on trop de cette incursion du cinéaste dans l’univers de Lewis Carroll, piégée dès son introduction dans un entre-deux bâtard. Techniquement, cet Alice rempli à ras-bord de fonds verts numériques dessert le style habituel de Burton, qui s’est tant démarqué par le grain de la pellicule 35mm et la texture de ses effets pratiques. Non pas que les VFX soient en eux-mêmes une mauvaise chose, mais encore faut-il embrasser leurs possibilités.  

Là où des réalisateurs comme Stephen Chow ont joué d’un irréalisme volontaire de leurs effets visuels pour tordre les corps et les transformer, Burton se contente de quelques panoramas peu inspirés et de quelques têtes gonflées. Dans ce manque profond de folie, la quête initiatique psychédélique d’Alice devient une bête aventure de fantasy avec supplément dragon et armure. Quel dommage… 

19. DUMBO

  • Sortie : 2019
  • Durée : 1h52
Ok il est mignon, mais encore heureux !

A un moment, on pouvait encore croire que les remakes en prises de vues réelles de Disney pouvaient avoir un intérêt artistique s’ils étaient mis entre de bonnes mains, ou a minima des mains bien identifiées. Mais le Aladdin « de » Guy Ritchie, le Mulan « de » Niki Caro, le Pinocchio « de » Robert Zemeckis ou encore le Peter Pan et Wendy « de » David Lowery ont vite fait déchanter, et comprendre que l’échec du Dumbo réalisé par Tim Burton était symptomatique d’un problème de fond, et non un accident isolé.

Dans le Dumbo de 2019, il ne reste que quelques miettes de Tim Burton qui se balladent à l’écran, alors même que la promesse de le voir réinvestir l’imaginaire grandiose du cirque était plutôt alléchante après son beau travail sur Big Fish (avec déjà Danny DeVito en piste et veston rouge). Tout est plat et ennuyeux, sans magie, sans l’émerveillement ni l’émotion légitimement attendus.

Un film qui ne trompe personne (comme ce jeu de mots)

Premier aveu d’échec de cette rédaptation du Classique de 1941 : les humains, partout. Entre le gentil papa anémique de Colin Farrell, les enfants que le scénario tente péniblement d’occuper, la trapéziste française d’Eva Green, le méchant propriétaire de Michael Keaton et tout le reste de la troupe, Dumbo est évincé de sa propre histoire. Mais ce n’est pas non plus comme si les autres personnages étaient particulièrement creusé ou intéressants…

18. CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE

  • Sortie : 2016
  • Durée : 2h07
Notre réaction : celle de la gamine au milieu

C’est moins perceptible en France, mais aux Etats-Unis, la première adaptation de Charlie et la chocolaterie est un monument culturel, au point ou la scène de « gonflement » de Violette a inspirée à elle seule un fétiche (vérifiez cette information à vos risques et périls). Quoi de plus logique que de confier une nouvelle version à Tim Burton, d’autant que le court roman de Roald Dahl, tour à tour merveilleux et grotesque, semblait parfaitement adapté au style du metteur en scène ?

C’est sans compter sur le fait qu’il vient d’entrer dans sa période rétinophobe. S’il n’a pas encore poussé le vice jusqu’à tapisser les studios de fonds verts et défiler fièrement dans la vallée de l’étrange numérique, il confond ici émerveillement et guimauve, magie sucrée et chamallow dégoulinant. Certes, c’est le thème. Mais le glucose dans les yeux, c’est douloureux, a fortiori lorsqu’il est appliqué au Karsher.

Pose ce logiciel de prévis’, Tim

Une fois la choucroute melba digérée (ou régurgitée), restent le one-man-show habituel de Johnny Depp, ainsi qu’une adaptation pas très intéressante d’un classique absolu de la littérature jeunesse, qui n’altère aucune de ses caractéristiques (y compris le problème Oompa Loompa) et se contente d’ajouts inutiles (le passé de Willy Wonka). Décidément, ce brave Roald Dahl est la bête noire des grands cinéastes hollywoodiens, de Spielberg à Zemeckis. Qui l’eût cru ?

17. MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS

  • Sortie : 2016
  • Durée : 2h07
Enième histoire pour ado qui rêve d’avoir des pouvoirs et des amis originaux

Après avoir inauguré la venue de sa nouvelle muse dans son univers avec Dark Shadows (et avoir casé un Frankenweenie et un Big Eyes entre-temps), Tim Burton offre un rôle principal à Eva Green dans Miss Peregrine et les Enfants particuliers. Il fallait bien que le réalisateur (au fonctionnement parfois un peu ringard) rencontre l’actrice perçue comme la nouvelle vamp gothique d’Hollywood. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le mariage des deux n’a pas fait des étincelles…

Tiré du roman de fantasy du même titre, écrit par Ransom Riggs et paru en 2011, Miss Peregrine n’est peut-être pas le pire de Burton (pas loin, quand même), mais est peut-être son film qui fait le plus de peine à voir. Nouvelle preuve (s’il y en avait besoin) que le réalisateur est incapable d’utiliser correctement le numérique et de mettre en scène des séquences d’action vaguement acceptables, le film est aussi plombé par les références qui prennent trop de place. On pense notamment à l’armée de squelettes tout droit venue des soldats morts-vivants créés par Ray Harryhausen dans Jason et les Argonautes.

Quand la future star de Sex Education rencontrait la future star de Fallout

On avait compris, Tim, que tu avais de belles références. Mais les écraser toujours plus à la face du spectateur pour l’empêcher de voir que tu ne sais pas quoi faire de ton film, au bout d’un moment, ça ne marche plus. Bref, passez votre chemin, Miss Peregrine n’a pas grand-chose à proposer, pas même un désastre assez spectaculaire pour valoir votre curiosité. Un bon point pour la présence au casting des très bons Asa Butterfield et Ella Purnell (ici, blonde diaphane de service, puisqu’il en faut une dans chaque Burton). 

16. Dark Shadows

  • Sortie : 2012
  • Durée : 1h52
Pâle copie ?

Quand Tim Burton revient sur des œuvres de son enfance pour les faire sienne, on peut au moins s’attendre à une certaine tendresse, voire une introspection autour de ses propres inspirations. Dans un premier temps, on a envie d’aimer Dark Shadows, réadaptation d’une série télé des années 60, où un vampire longtemps endormi rencontre ses descendants dans le présent.

Avec sa production design soignée, le mix improbable entre le gothique et le look disco des seventies, et sa galerie d’acteurs qui s’en donne à cœur joie (mention spéciale à Eva Green en sorcière nymphomane), on s’attend à une parodie volontairement désuète, mais surtout à un hommage de l’artisanat de série B qui a tant nourri le cinéaste.

Hélas, Burton se montre vite fatigué par son concept, et se vautre volontiers dans une désacralisation de ses figures monstrueuses à grands coups d’humour à la Visiteurs (Johnny Depp déconnecté, qui découvre le logo de McDo, ou détruit une télé, qu’est-ce qu’on rigole…). Comme souvent avec le réalisateur, le climax est un assemblage de retournements de situation faciles et de deus ex machina ronflants, qui ne cherchent même plus à raconter quelque chose de sa famille dysfonctionnelle. Reste juste quelques idées un peu beaufs, mais amusantes (la scène de sexe dans les airs, parce qu’on est bon public).

15. BIG EYES

  • Sortie : 2015
  • Durée : 1h47
Amy Adams dans Big Eyes
Amy Adams, le seul véritable atout de ce triste raté

Quand Big Eyes arrive au cinéma en 2014, Tim Burton semble avoir les cartes en main pour retrouver le succès critique. L’histoire de Margaret Keane, artiste dont le mari Walter s’attribuait le crédit des peintures, était la promesse d’un film plus personnel de la part de Tim Burton, dans la droite lignée de son Ed Wood (scénarisé par les mêmes Scott Alexander et Larry Karaszewski).

Une œuvre qui pouvait permettre au cinéaste de retrouver la profondeur de ses premières créations avec une patine moins “burtonienne” (hormis les peintures de jeunes filles aux yeux immenses)… et ce fut un peu le cas. Délaissant ses effets de styles, Tim Burton s’attarde plus longuement sur l’évolution de ses personnages, leurs relations… tout en questionnant (entre autres) la place de la femme dans la société.

Malheureusement, les thématiques sont plus passionnantes en théorie que dans la pratique. En évitant de prendre des risques dans sa mise en scène, Tim Burton ne sublime jamais son sujet. Au contraire, Big Eyes se transforme rapidement en biopic ultra-classique et ne parvient jamais vraiment à captiver à cause d’un rythme atone. Un acte manqué tout juste sauvé par la performance touchante d’Amy Adams.

14. LA PLANÈTE DES SINGES

  • Sortie : 2001
  • Durée : 2h
la planète des singes 2001 burton
Burton accueilli à Hollywood

Pour à peu près tout le monde, c’est le premier dérapage, et le début de la fin. Tim Burton enchaînait avec son troisième gros budget après Mars Attacks ! et Sleepy Hollow, et c’était en théorie une bonne idée. En pause depuis les années 70 malgré de nombreuses tentatives de relancer la franchise, La Planète des singes avait de quoi inspirer le cinéaste, a priori idéal pour mettre en scène un monde légèrement différent et décalé, où la norme se déplace loin des humains classiques.

Et c’est d’ailleurs la seule chose véritablement intéressante dans cette nouvelle adaptation du livre de Pierre Boulle. Dans Derkein, l’espèce de Mont-Singes-Michel qui sert de ville, Tim Burton s’amuse en filmant les us et coutumes des singes – du basket par ici, une parade nuptiale par là. Le décor est impressionnant, et l’étrangeté qui y règne apporte quelque chose de nouveau dans la saga. Le problème, c’est que ce n’est finalement qu’une courte parenthèse dans un film sinon insipide.

Le scénario extrêmement simplet de La Planète des singes mise trop sur l’action, et comme Tim Burton (ou son réalisateur de seconde équipe) n’en a que faire, le film perd très vite les quelques miettes de personnalité qu’il avait. Le héros incarné par Mark Wahlberg a autant de charme qu’un tronc d’arbre, l’histoire enchaîne les situations faciles jusqu’au climax, et le twist inspiré par le livre n’a finalement aucun impact.

Il y avait pourtant beaucoup de talents réunis (Helena Bonham Carter, Tim Roth, Paul Giamatti, les maquillages de Rick Baker, la musique de Danny Elfman), mais Tim Burton l’a lui-même reconnu : le film a été fait n’importe comment, et dans des délais insensés. Autrement dit, c’était son premier vrai film de studio.

13. Sweeney Todd : Le Diabolique barbier de Fleet Street

  • Sortie : 2008
  • Durée : 1h56
« Are you not entertained ? »

Par son générique qui plonge dans les bas-fonds de Londres, ses égouts et des suites de rouages, Sweeney Todd permet à Tim Burton d’explorer deux esthétiques concordantes : celle de l’époque victorienne, et celle de la Révolution industrielle. Tout en reprenant le lyrisme de la comédie musicale d’origine, le réalisateur donne à cet univers quelque chose de crasseux, dans l’un de ses derniers opus vraiment travaillés au niveau des textures.  

À partir de là, la vengeance du barbier profite de ce contexte historique pour industrialiser la mort. Une belle idée pour ce récit de tueur en série, où le montage suit la trajectoire des corps avec une morbidité passionnante. Du moins, encore faut-il adhérer à la démarche de Tim Burton. Là où certains voient Sweeney Todd comme l’une des dernières expérimentations intrigantes du cinéaste, d’autres ont beaucoup de mal à accepter la mollesse de ses passages musicaux et la naïveté de son propos sur l’oppression des classes les plus populaires.  

12. LES NOCES FUNÈBRES

  • Sortie : 2005
  • Durée : 1h17
Wedding nightmare

Quand on parle du cinéma d’animation de Tim Burton, il n’est pas rare que L’Etrange Noël de Monsieur Jack (qu’il n’a pas réalisé, pour rappel) soit cité avant Les Noces Funèbres qu’il a coréalisé avec Mike Johnson (l’animateur, pas l’homme politique). Et c’est compréhensible étant donné que le film mis en scène par Henry Selick a marqué les esprits et les fêtes de fin d’année, contrairement à celui du studio Laika qui a certes été bien accueilli à sa sortie, mais n’a pas tellement gagné en postérité aux yeux du grand public.

En même temps, le long-métrage a beau briller par les dialogues complices de Johnny Depp et Helena Bonham Carter, sa direction artistique minutieuse, son travail d’animation en stop-motion et ses idées macabres qui jouent sur la décomposition de la mariée, il est rarement à la hauteur des enjeux émotionnels qu’implique l’histoire.

Sans être foncièrement mauvais donc, Les Noces Funèbres est un film frustrant, car il suffirait d’un petit supplément d’âme pour en faire un incontournable du genre.

11. BEETLEJUICE BEETLEJUICE

  • Sortie : 2024
  • Durée : 1h44
36 ANS ???

Il en a fallu, du temps, avant que le projet Beetlejuice Beetlejuice ne soit concrétisé. Evoqué dès le succès du premier film en salles en 1988, cette suite ne verra le jour que 36 ans plus tard (croyez en vos rêves), longtemps après que Tim Burton a perdu toute crédibilité auprès de ses fans en accumulant les flops artistiques. Beetlejuice Beetlejuice était voulu comme un retour aux sources, une véritable reconnexion du réalisateur avec son style initial.

Mais ce n’était pas la première fois que l’un de ses films était vendu comme tel pour finalement mieux décevoir. Sauf que dans le cas de Beetlejuice Beetlejuice, le pari est plutôt réussi ! Si on accepte de passer au-dessus d’un scénario très déséquilibré et d’une narration bordélique qui sacrifie à tour de bras des personnages secondaires et des sous-intrigues qui servent plus de remplissage que d’autre chose. Certains estiment que c’est impardonnable, car trop prégnant dans le film, et d’autres y voient le retour à une liberté artistique nécessaire au Burton d’antan.

Quand ton gamin te ramène un cadeau de fête des mères fait à l’école

En tout cas, la formule du film original est respectée, puisqu’on trouve dans Beetlejuice Beetlejuice nombre de visions comiquement morbides, de personnages déjantés et de gags surréalistes. On y trouve même des effets à l’ancienne, réalisés à grand renfort de maquettes et de stop-motion. Au détail près que l’animation en volume est en réalité probablement fausse et entièrement numérique. On veut bien faire semblant d’être le Burton d’avant, mais à condition de ne pas trop s’emmerder non plus.

Il n’empêche que cette replongée dans le monde de l’ancien jeune réalisateur est plutôt réussie, enrichie au passage de nouveaux venus comme Jenna Ortega (dernière muse burtonienne en date depuis Mercredi), Monica Bellucci, Justin Theroux et Willem Dafoe pour seconder les traditionnels Winona Ryder, Michael Keaton et Catherine O’Hara. Beetlejuice Beetlejuice n’est pas forcément à la hauteur de la grande période des années 90, mais est sans doute ce qui s’en rapproche le plus chez Burton depuis un bon bout de temps.

10. Pee-wee’s Big Adventure

  • Sortie : 1987
  • Durée : 1h30
Paul Reubens dans Pee-Wee
Il est où mon vélo ?

Entre son héros marginal (inventé et incarné par Paul Reubens), ses aventures totalement loufoques à travers les États-Unis, la musique de Danny Elfman – déjà là – et son esthétique très singulière, Pee-Wee a donné un nom à Tim Burton dans l’industrie hollywoodienne. Et en vérité, on se demande, près de quarante plus tard, comment Tim Burton aurait-il pu faire mieux qu’avec ce premier long-métrage pour se révéler au grand public ?

Car passées les dix premières minutes (où il est difficile de ne pas être rebuté par l’attitude excentrique de Pee-Wee), le film nous embarque dans un grand road trip complètement dingue et assez imprévisible. Il y a de l’horreur, du suspense, de la romance, de la bizarrerie et évidemment beaucoup de comédie, à la fois cynique, enfantine et meta. Pee-Wee regorge d’inventivité à tous les niveaux et Tim Burton réussit à rendre ce héros de plus en plus touchant au fil des minutes.

Alors bien sûr, c’est d’un kitsch absolu et Pee Wee peut insupporter (vraiment), mais difficile de ne pas être emporté par cette aventure, aussi ludique pour les enfants que passionnante sociologiquement pour les adultes.

9. Batman

  • Sortie : 1989
  • Durée : 2h06
batman nicholson keaton
Ne reste plus qu’à apprendre à tourner la tête

Au même titre que le Superman de Richard Donner, le premier Batman de Tim Burton est une date. Entre la musique mythique de Danny Elfman, la vision d’une Gotham City où la folie des BD se mixe à l’expressionnisme allemand, et un Jack Nicholson né pour incarner le Joker, le film a imposé quelques évidences dans les adaptations de comics.

Comme on pouvait s’en douter, l’amour de Burton pour les freaks s’avère parfait pour le bestiaire du Chevalier noir, qui l’intéresse d’ailleurs bien plus que son super-héros. Même en simplifiant l’origin-story tragique de Bruce Wayne, Batman est avant tout un film sur la théâtralité d’un monde où tout le monde porte des masques. C’est dans ses moments d’iconisation pure (l’arrivée de la Batmobile, la séquence du musée…) que Burton touche au sublime.

Néanmoins, il faut aussi admettre que le cinéaste a su faire mieux par la suite, notamment en étant délesté de l’histoire d’amour forcée avec Vicki Vale. Dans plusieurs interviews, Burton a admis que la dynamique des scènes d’action était toujours difficile à appréhender pour lui. Force est de constater que Batman est le film où ces manquements se ressentent le plus. Le film est loin d’être hideux, mais le découpage des séquences plus musclées ont des problèmes de punch.

8. FRANKENWEENIE

  • Sortie : 2012
  • Durée : 1h27
Ressusciter son toutou, qui n’en a jamais rêvé ?

Sept ans après Les Noces funèbres, Tim Burton est revenu à ses premiers amours avec le personnel Frankenweenie, qui opère un retour aux sources bienvenu après le bancal Dark Shadow. Le cinéaste a non seulement remis les pieds chez Disney à l’occasion de leur 124° long-métrage animé, mais aussi réemployé l’animation en volume, non sans convoquer et parodier tout un pan du cinéma et de la littérature horrifique.

En plus de ça, Burton réadapte son court-métrage éponyme de 1984 (déjà distribué par Disney), qu’il marie à une plastique joliment macabre héritée de Vincent, un autre court-métrage réalisé en 1982.

La meilleure d’entre nous

Forcément, le résultat est à a fois tendre, un peu candide et très loufoque, de même que les personnages en noir et blanc pourtant hauts en couleur. Mention spéciale pour l’étrange petite fille blonde avec sa frange au bol et ses immenses yeux, et les créatures mutantes de compagnie qui apparaissent dans la dernière partie.

Quant à Victor, le personnage principal scientifique en herbe et cinéaste amateur, il a tout d’un autre reflet juvénile du réalisateur.

7. BIG FISH

  • Sortie : 2003
  • Durée : 2h05
Gros poisson, grosse baignoire

C’est peut-être le chant du cygne du Burton de la grande période (il y a débat sur la question à la rédac). Big Fish est le retour du cinéaste à ses obsessions après s’être égaré sur La Planète des Singes, et d’aucuns diront que l’atterrissage est raté, tandis que d’autres voient en ce nouveau conte fantastique l’un des Burton les plus émouvants (comprendre : ça fait pleurer. Si vous avez un cœur).

Troquant Johnny Depp contre Ewan McGregor, tout juste sorti de Star Wars : L’Attaque des clones inattendu dans l’univers du réalisateur, mais qui s’y meut comme un poisson dans l’eau, le metteur en scène fait comme avant… mais différemment. Il remplace sa Lisa Marie, dont il est désormais divorcé, par sa nouvelle compagne, Helena Bonham Carter, qui sera désormais de toutes ses productions jusqu’à leur propre rupture. Il travaille un univers moins gothique, plus merveilleux, toujours (auto-)référencé, mais moins noir et surtout plus numérique.

Après le cabaret dans Moulin Rouge !, le cirque dans Big Fish

Les personnages hauts en couleur qui pullulent, comme souvent, sont l’occasion de réunir un casting impressionnant (Jessica Lange, Albert Finney, Billy Crudup, Alison Lohman, Marion Cotillard, Danny DeVito, Steve Buscemi…). Là aussi, on se perd un peu dans la longueur d’innombrables sous-intrigues, mais on reste bouche bée devant la beauté formelle du film et son magnifique message.

S’il fallait retenir une scène, ce serait peut-être celle du coup de foudre au cirque, représenté par un temps arrêté alors que Ewan McGregor évite le popcorn en suspension et les acrobates immobilisés pour aller à la rencontre d’Allison Lohman. Big Fish, où la conclusion adéquate d’une grande époque. 

6. BEETLEJUICE

  • Sortie : 1988
  • Durée : 1h32
Peut-être le meilleur maquillage de toute la filmographie de Tim Burton

Beetlejuice n’est que le deuxième long-métrage de son réalisateur, mais il est celui qui lui servira de carte de visite pour entrer dans les années 90, tant il est représentatif de ses envies, de son esthétique et de son humour. Avec rien de moins que Geena Davis, Michael Keaton, Alec Baldwin et Catherine O’Hara au casting, Burton s’assure une interprétation en béton pour ses personnages complètement barrés, et en profite pour révéler au passage la jeune Winona Ryder, future idole de toute une génération et actrice récurrente de cinéma.

Sur un scénario de Michael McDowell et Warren Skaaren, écrit avant que Burton ne soit engagé sur le projet, le jeune metteur en scène construit un monde improbable dans lequel la mort est étonnamment plus colorée et amusante que la vie, établissant ainsi un thème qui deviendra récurrent dans ses films. Comédie loufoque à la fois référencée mais qui ne ressemble à aucune autre, Beetlejuice est imparfait mais tire tout son charme et sa fraîcheur de son manque de rigueur et de son inventivité débordante.

Léviter en dansant avec une équipe de football américain, le rêve de toute adolescente qui se respecte

En s’amusant à utiliser de la stop-motion pour ses effets spéciaux, quitte à aller à l’encontre des progrès technologiques de l’époque, Burton assoit aussi son amour des artifices tangibles, hérités des racines du cinéma de genre et des créations de Ray Harryhausen. Si Beetlejuice n’est donc peut-être pas exactement le meilleur des films de Burton, il symbolise son entrée dans la cour des grands, son coup de pied dans la porte d’Hollywood qui s’inclinera devant le succès de sa vision délicieusement tordue du monde. Le début d’une belle histoire.

5. MARS ATTACKS !

  • Sortie : 1996
  • Durée : 1h46
Et une catchline géniale : « Nice planet, we’ll take it ! »

On a souvent reproché à Tim Burton, de plus en plus fréquemment au fil des années, de se complaire dans ses références chéries. Mais au cours des années 1990, il ne se contentait pas de les remixer ou de les agiter comme le hochet nostalgique d’un public en manque d’Universal Monsters. La preuve avec Mars Attacks !, comédie loufoque venue contraster le sérieux papal de Ed Wood deux ans auparavant. Soit un gigantesque super best-of de la série B américaine de science-fiction des années 1950 et 1960, avec un casting tout bonnement extra-terrestre.

Toutefois, Mars Attacks ! n’est pas uniquement un ramassis de clins d’œil. C’est aussi une denrée rare dans le paysage hollywoodien : une pure parodie, au sens noble du terme. En poussant au-delà des frontières de l’absurde (voire de l’anatomiquement acceptable) les codes de ce cinéma à la fois kitsch et paranoïaque, il s’amuse de ce qui fait sa valeur, à savoir une radiographie haute en couleur des stupidités qu’aiment se raconter les américains pour se sentir solidaires.

Coupe de cheveux raisonnable

Le résultat pâtit certes d’un rythme en dents de scie et d’une structure narrative bancale. Mais comme d’habitude, c’est lorsqu’il organise une parade de Freaks en tous genres que le cinéaste excelle, enchainant les idées savoureuses. Il s’amuse à concrétiser toutes les peurs d’une époque pour démontrer leur savoureuse irrationalité, qu’il chérit finalement bien plus que les subtilités de la réalité. Burton a définitivement choisi son camp : celui d’une Amérique qui se vautre dans un imaginaire qu’elle a elle-même façonné… et paraît de fait bien inoffensif. A l’instar des quartiers de banlieue tout propres qu’il a déjà arpenté par le passé…

4. SLEEPY HOLLOW

  • Sortie : 1999
  • Durée : 1h45
sleepy hollow film
Qu’on lui coupe la tête

Sleepy Hollow est peut-être le meilleur point d’équilibre entre Tim Burton et Hollywood. C’était un pur film de studio, qui traînait depuis plusieurs années et devait même être réalisé par un autre. Mais il a pu se l’approprier à différents niveaux, que ce soit en choisissant son fidèle Johnny Depp (le studio pensait à Liam Neeson, Brad Pitt ou Daniel Day-Lewis) ou en tirant sur la corde horrifique pour rendre hommage à la Hammer. Tout ça avec un beau budget d’au moins 70 millions, transformant ainsi le petit film d’exploitation en superproduction validée grâce à la popularité de Tim Burton.

Sleepy Hollow a certes les limites d’une telle équation. Le scénario signé Andrew Kevin Walker (Seven) est cousu de fil blanc, le personnage féminin interprété par Christina Ricci est tristement fonctionnel, la romance est particulièrement fade, et certaines scènes d’action semblent là pour remplir un cahier des charges. Mais Tim Burton s’en accommode en mettant le paquet ailleurs : l’ambiance, le spectacle et les têtes coupées.

sleepy hollow
Et un petit hommage à Frankenweenie (avant de le refaire)

Entre la musique de Danny Elfman (ce générique de début qui donne des frissons), la photo d’Emmanuel Lubezki (nommé aux Oscars), les décors de Rick Heinrichs (récompensé aux Oscars), et le jeu mi-tendre mi-grotesque de Johnny Depp, Sleepy Hollow représente ainsi un pic du Tim Burton hollywoodien. Et l’une des rares fois où, malgré un gros budget, il semblait manier sa caméra avec l’ingéniosité de ses débuts – rien que la scène dans l’église, avec la mort de Baltus et la découverte du dessin de Katrina.

3. BATMAN, LE DÉFI

  • Sortie : 1992
  • Durée : 2h06
Photo Danny DeVito, Batman, le défi
Le vrai défi : avoir Batman dans le titre

Batman, le défi est l’un des meilleurs films de Tim Burton, mais c’est malgré Batman. Le réalisateur n’a jamais caché son désamour poli pour le premier film, dont le succès lui a permis de véritablement s’emparer de l’univers (du moins, ce qui l’intéresse dans l’univers) avec la suite. D’où l’arrivée de quelques collaborateurs repris de ses précédents films (le directeur de la photo Stefan Czapsky, le chef déco Bo Welch, le magicien des maquillages et animatroniques Stan Winston), et le choix du scénariste Daniel Walters (Heathers) pour avoir plus d’émotion et légèreté.

Pas besoin d’avoir lu la biographie du cinéaste pour comprendre que son cœur penche du côté des marginaux, et qu’il préfère Catwoman et le Pingouin à la chauve-souris. Les meilleures scènes sont les leurs, puisque c’est là qu’il y a toute la beauté, la tendresse, la douleur, et l’amour. C’est particulièrement fabuleux du côté de Selina Kyle, merveilleusement interprétée par Michelle Pfeiffer. De ce moment déchirant où elle retourne chez elle post-mortem à ses derniers mots à Bruce, en passant par le bal masqué, ce superbe personnage tragique porte tout le film.

Dans ce monde visuellement extraordinaire, peuplé de seconds rôles fascinants, Bruce Wayne semble plus monolithique que jamais, quitte à être réduit à un faire-valoir de luxe. C’est la raison pour laquelle Batman, le défi déplaît à une partie des fans du super-héros. Tim Burton a piraté le système de l’intérieur, et Batman en est certainement la plus belle victime.

2. ED WOOD

  • Sortie : 1995
  • Durée : 2h06
Johnny Depp dans Ed Wood
This is cinema

Ed Wood est considéré comme l’un des pires réalisateurs de l’histoire du cinéma (oui, pire que Tommy Wiseau) et paradoxalement, son échec artistique est à l’origine d’un des plus beaux films de la carrière de Tim Burton. Avec Ed Wood, Tim Burton aurait pu réaliser un simple biopic moqueur sur cet artiste raté, mais au contraire.

Ici, Ed Wood (Johnny Depp parfait) n’est pas un simple loser, réalisateur des conspués Glen or Glenda ?, La Fiancée du monstre et Plan 9 from Outer Space, c’est avant tout un amoureux du cinéma. Un artiste prêt à se livrer corps et âmes pour sublimer le plus mauvais des scénarios et prêt à combattre le système en place pour toujours privilégier l’art à son exploitation. Au fil des deux heures de récit, Ed Wood devient véritablement un plaidoyer pour le cinéma de genre, le cinéma de bis fait de bric et de broc et surtout la liberté artistique.

Johnny Depp dans Ed Wood
On mérite un amour grand comme ça

En résulte un hommage au cinéaste d’une beauté étourdissante (le noir et blanc est fabuleux) et d’une tendresse bouleversante envers les marginaux (encore). Car si Ed Wood est évidemment un biopic d’Ed Wood, Tim Burton en profite pour raconter le parcours d’une troupe de « monstres humains », tristement rejetés à cause de leurs différences, dont l’immense Bela Lugosi (incarné par le non-moins immense Martin Landau). Magique.

1. EDWARD AUX MAINS D’ARGENT

  • Sortie : 1990
  • Durée : 1h45
C’est l’heure de pleurer, les enfants

Ça ne surprendra sans doute personne : c’est évidemment le sublime Edward aux mains d’argent qui prend la première place de ce classement. Et sur ce point-là, au moins, à peu près tous les membres de la rédac sont d’accord (c’est dire si c’est mérité) ! Dans cette pure fable de 1990, qui est l’un des rares films dont Tim Burton conçoit l’histoire (avant qu’elle ne soit réellement écrite par Caroline Thompson), le réalisateur rassemble tous les thèmes et les inspirations qui lui sont chers.

Frankenstein, La Belle et la Bête, Nosferatu… Tous les mythes de la rencontre amoureuse et torturée du monstrueux et de la normalité inspirent un film qui transpire à la fois de références et de nouveauté. Il y a tant à dire sur Edward aux mains d’argent : le dernier (magnifique) rôle que le film offre à Vincent Price, sa créature pleine de pureté dans son costume BDSM (conçu par la géniale Colleen Atwood) aux doigts tranchants (conçus par la légende Stan Winston), sa revisite si particulière d’un Noël enneigé sous le soleil californien, son romantisme absolu, sa bande-originale (évidemment signée Elfman) qui redéfinit à elle toute seule la magnificence d’un chœur…

La plus belle scène du film, de cette filmographie, du cinéma, de l’univ… Bref

Comment résumer tant de poésie et de beauté ? Disons que c’est avec Edward aux Mains d’Argent que Burton atteint le stade le plus parfait de son art. C’est le mélange idéal entre imaginaire gothique tordu et rectitude rose bonbon, et la défaite du vraisemblable éclipsé par la justesse des émotions. Et c’est pas des statues de glace en plastique de chez GiFi qui nous feront changer d’avis, parce que ce film ferait accepter absolument n’importe quoi à ses spectateurs.

Finalement peu récompensé au vu de son impact sur la culture et des océans de larmes qu’il aura fait verser à travers le monde, Edward reste le pinacle de la carrière de beaucoup de ceux qui y ont participé, à commencer par Burton, mais aussi Johnny Depp et Danny Elfman (on ne citera pas Winona Ryder qui, en dépit de sa performance parfaite, aura quelques rôles plus consistants ailleurs). On y trouve aussi parmi les meilleures interprétations de Dianne Wiest, Alan Arkin et Anthony Michael Hall. Bref, que voilà une première place méritée et indiscutable

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mcinephilly

Plutôt en phase avec ce classement, et ravie de voir Mars Attacks si haut placé !

wellwellwelles2

Perso je met Ed Wood en 1 mais je suis d’accord que ses deux « Eddie » sont les meilleurs. Je n’aime pas bcp Big Fish que je trouve matérialiste et bien-pensant (un comble pour ce réal). Son dernier bon film pour moi reste Sleepy Hollow.

juju0794

Je suis déçu de dire que je n’ai jamais vu Ed Wood et que j’ai vu Edward aux mains d’argent il y a bien trop longtemps. Batman le défi est mon préféré avec Sleepy Hollow et Big Fish qui suivent.

didier-d

J’aime beaucoup le cinéma de Tim Burton, je trouve cependant que son dernier bon fim est Sleepy Hollow :

Mon top 3 :

1 – Batman Returns
2 – Mars Attacks !
3 – Sleepy Hollow

Sanchez

Pour moi c’est bien jusqu’à big fish. Batman reste mon préféré de tous.

Sinople

De tout ce qu’on peut penser de Tim Burton (avec quand même, pour ma part, un gros penchant positif) il y a un immense paradoxe dans toute son œuvre qui est cristallisé à mes yeux dans Sweeney Todd : après un début émaillé (éraillé) par un atroce « Johana » à faire saigner les tympans, il y a cette ultime séquence finale vénéneuse et funèbre, d’une beauté renversante qui est presque le sommet de son esthétisme gothique. Le plus laid et le sublime unis dans un même élan qui rappelle dans une moindre mesure le très attachant et funèbre quoiqu’imparfait Sleepy Hollow.

Berlingo

Plutôt d’accord avec les 6 premiers du classement… ensuite ça se gâte : mettre Les Noces Funèbres seulement en 12ème ?!!? Et puis Big Fish aussi haut, un truc m’échappe. Et où est le monument Mr Jack??? Oui, on sait que Burton n’est pas le réalisateur officiel. Mais y a prescription maintenant!
Sinon, on est d’accord, notre Tim chéri s’est perdu avec ses films Disney… Mais Sweeney Todd et Beetlejuice 2 font renaître par moments des éclairs du génie, ce qui me fait croire qu’il va bientôt nous refaire un chef d’oeuvre!

desastre

Personnellement, je mets Batman le défi en numéro 1 dans mon petit coeur.
Pour l’univers créé et pour les performances magistrales de Michelle Pfeiffer et Dany Devito.

Melinaria

Ayant découvert Tim Burton via Charlie et la Chocolaterie et Alice au pays des merveilles devant lesquels enfant j’étais émerveillée, j’avais encore du mal à comprendre ce fameux cap des années 2000.
Via votre top j’en prend davantage conscience, même si ça n’enlève rien à ces merveilleux univers.

Marc en RAGE

1. L’Étrange Noël de monsieur Jack ( 1993 ) 🎃
2. Sleepy Hollow, la légende du cavalier sans tête ( 1999 ) 💀🗡️ ⚰️