shérif, tu m’fais peur
L’affiche teaser de Eddington reprenait le diorama Sans Titre (Buffalos) de David Wojnarowicz. Selon le site de l’Art Institute of Chicago, il « illustre une méthode de chasse traditionnelle amérindienne consistant à rassembler les bisons des plaines vers des falaises, les forçant à plonger vers la mort », mais aussi une « analogie et critique acerbe » puisque « l’image incarne la tragédie de la pandémie [du Sida à l’époque, ndlr] et dresse un réquisitoire contre une nation en conflit avec elle-même ».
Impossible de ne pas comprendre le choix d’un tel visuel en ayant vu le résultat final. Toutes les intentions de Eddington – où la confrontation du shérif (Joaquin Phoenix) et du maire (Pedro Pascal) d’Eddington met le feu aux poudres en pleine pandémie de Covid – se trouvaient finalement sous nos yeux, Ari Aster pensant avec malice et dans les moindres détails chacune de ses œuvres.
C’était déjà particulièrement le cas dans ses trois précédents métrages où les indices cachés (qu’il s’agisse de quelques symboles sectaires dans Hérédité, de la tapisserie murale annonciatrice de Midsommar ou de multiples éléments dans Beau is Afraid) pullulaient tout au long des récits. Ils préparaient inconsciemment les spectateurs à l’horreur et la violence (à la fois physique et psychologique) qui attendaient les personnages et, plus globalement, leurs entourages.
La famille a toujours été au cœur des longs-métrages d’Ari Aster (et même de ses meilleurs courts-métrages à l’image du pervers Munchausen et du malsain The Strange Thing About the Johnsons). Il faut dire que, comme il le racontait dans une interview avec Trois couleurs en 2023, Ari Aster voit la famille « comme cette espèce de trou noir dont on ne peut s’échapper et qui nous consume ». D’où ses protagonistes écrasés par leur passé et le poids de leurs héritages. Mais ce tryptique sur la transmission maintenant clôturé (ou presque), Ari Aster a vu plus grand avec Eddington.

american real nightmare
Bien sûr, l’Américain ne lâche pas ses marottes avec Eddington entre les « mommy issues » (voire « belle-mère issues » ici), les liens toxiques familiaux, la question du deuil, la peur de décevoir, les dérives sectaires ou sa fascination morbide pour les têtes (et corps) mutilées. Sauf qu’il choisit de transposer ses obsessions, non plus à travers un personnage principal et son entourage, mais toute une communauté : la ville d’Eddington au Nouveau-Mexique.
Le cinéaste continue à explorer l’horreur contemporaine en déplaçant l’échelle politique et sociale de sa réflexion. Dans Eddington, il n’est plus simplement question d’une observation intime et intérieure d’un personnage et ses proches. Au contraire, même si le shérif Joe Cross est le centre du film et que son évolution sert de fil rouge à l’intrigue, son statut permet plutôt à Ari Aster d’ausculter la société américaine à travers toutes ses composantes.

Le film commence ainsi doucement avec une satire amusante, voire hilarante, de la gestion de la pandémie dans cette petite ville. Le shérif (Joaquin Phoenix impérial de bout en bout) ne respecte pas la loi (il ne veut pas porter de masque, « il n’en a pas besoin » et en plus il est asthmatique). Sauf que ses conflits avec le maire (Pedro Pascal décidément de tous les projets et les styles), la police du comté voisin ou les habitants vont sonner le début du chaos.
Dans cette première partie, indiscutablement, Eddington opère le meilleur examen de la pandémie de Covid vu au cinéma, mais n’en reste pas moins légèrement poussif. C’est souvent répétitif dans le propos, parfois même un peu barbant, pas très subtil et à ce moment-là, Ari Aster semble, pour la première fois de sa carrière, foncer dans un mur. C’était heureusement sans compter sa faculté à redresser la barre, prendre de court et enflammer une satire impertinente en véritable brûlot sans pitié sur l’état de l’Amérique (et du monde en général).

WORLD BE AFRAID
Difficile de décrire en seulement quelques lignes la densité de Eddington et de sa psychanalyse. Eddington devient le visage de toute l’Amérique, en pleine période de Covid-19 (et post-pandémie) et évoque donc pêle-mêle, le complotisme, le trumpisme, le racisme, le patriarcat, les agressions sexuelles, l’impact des réseaux sociaux (et de la tech) sur la désinformation, l’endoctrinement (sous toutes ses formes), l’état catastrophique de l’offre politique (tout bords confondus) et, in fine, l’absurdité tragique de notre monde.
C’est sans doute un peu trop et certains personnages en pâtissent sévèrement (Emma Stone et Austin Butler notamment). Mais en vérité, sur les 2h30, c’est essentiel pour la montée crescendo de l’hystérie collective. Car si, dans un premier temps, le cinéaste raconte cette folie à travers une farce ultra-provocatrice, très politiquement incorrecte, à l’humour noir féroce et grotesque, sa démonstration prend une tournure bien plus sombre et violente au fur et à mesure de l’enlisement progressif des personnages face à une situation devenue incontrôlable.

Le rire laisse ainsi d’abord place à l’angoisse à travers un thriller parano mortel (pas sans rappeler Pottsville, 1280 habitants de Jim Thompson) puis à la terreur dans un virage jusqu’au-boutiste hallucinant et imprévisible. Le moyen de nous plonger dans un jeu de massacre aux airs de carnage post-apo ultra-bourrin lors du grand final, le tout dans une ambiance de western contemporain où le concept de vérité (unique) n’est qu’un lointain mirage.
C’est d’autant plus impressionnant que la mise en scène d’Ari Aster est toujours inspirée – passant de plans-séquences accentuant les malaises à une caméra portée capturant au plus près l’agressivité croissante des personnages – et que Darius Khondji fait un travail dingue à la photo (entre la noirceur des nuits ténébreuses, la blancheur froide des écrans et la lumière éblouissante du soleil du Nouveau-Mexique). Techniquement et scénaristiquement, le geste est audacieux, intense, jubilatoire, flippant, légèrement ambigu et comme un revers de médaille, il divisera forcément (autant voire plus que Beau is Afraid).

Pourtant, c’est aussi toute la force d’Ari Aster que de remodeler un peu plus l’horreur au cinéma et se métamorphoser lui-même. Jusqu’ici, son terrain horrifique s’agrippait à nos angoisses (intimes et universelles), mais jouait toujours avec le surréalisme ou le fantastique comme pour légèrement relativiser l’enfer se déroulant sous nos yeux. Dans Eddington, il décide de se séparer totalement de la fantasmagorie pour s’ancrer pleinement dans notre réalité.
Et alors, même si les événements paraissent parfois farfelus, insensés ou aberrants, ils deviennent un reflet crédible de notre époque. Il n’est plus question ici d’un simple mauvais rêve dont on peut se réveiller, mais d’un véritable cauchemar à ciel ouvert, avec lequel on joue (in)consciemment, qu’on observe sans broncher ou alimente volontairement. Si ça ce n’est pas de l’horreur…

Incomprehensible hype autour de ce réalisateur qui adore faire son original, qui a adore se regarder faire mais dont la filmo est jusqu’a présent une collection de series B horripilantes, prétentieuses et prétendument décalées.
Eddington est précisément l’exact opposé de tout cela : c’est brillantissime de bout en bout. Tout est un travail d’orfèvre : scenario, mise en scene, personnages et casting est aux petits oignons. Ca démarre comme une simple histoire de rivalité et ca bascule dans la folie pure. La filiation avec les frères Cohen dans leurs grandes heures est évidente.
Le seul problème est de vouloir aborder autant de thématiques qui viennent un peu alourdir la narration et font passer a la trappe le personnage d’Austin Butler, effectivement sous-exploité.
Mention spéciale a la photographie de Darius Khondji.
C’est probablement le film de l’année . Mystère des critiques négatives pour moi , c’est un grand film américain comme le fut no country for old men a l’époque. La multitude de thèmes est traité avec fluidité et si dans le futur les gens de demzndent a quoi ressemblait le monde occidental en 2020, Eddington sera le film le plus représentatif . Brillant du début à la fin
Perso c’est probablement celui que j’ai le moins aimé de sa filmo. Il y a plein de choses intéressantes mais je trouve que le rythme ne fonctionne pas. La première partie s’appesanti vraiment beaucoup trop, du coup la fin, même si elle a été teasé à plusieurs reprises sans qu’on le sache, parait précipité, voir sortir de nulle part. Mais sinon, c’est clair qu’on a un portrait assez fidèle de ce que j’imagine être l’Amérique, ça me rappelle la chanson de Bowie « i’m afraid of america »
Un casting et un directeur de la photo compétents, plus un final gore rigolo et cheap où Ari Aster semble se prendre pour Ted Kotcheff, pour le reste une satire apathique, lourdaude, manquant de mordant et de concision. Deux heures et vingt-cinq minutes…en attendant une hypothétique « version longue »??
j’ai trouvé ça génial ! Pas si souvent qu’ un réalisateur americain détruit son propre pays. Il n’y a plus rien à tirer des États-Unis, totalement rongé de l’intérieur et le film le montre bien.Peu importe les combats qu on mène, c’est une défaite assurée…
Grand film et énorme prestation de Phoenix, il habite le rôle au point d’oublier que c’est lui qui joue. Un sans faute pour Ari Aster pour le moment perso !
Film bizarre et très étonnant avec un côté Fargo !
Ça ne plaira pas à tout le monde.
Je suis le seul à en avoir marre de Pedro Pascal ?
Ce mec doit avoir des dossiers sur le tout Hollywood pour se retrouver dans autant de films et séries.
Moi toutes mes sources cannoises me disent que c’est une bouse
Austin Butler est en train de se constituer une de ces filmographies… Le nouveau Brad Pitt ?
ho celui là, je ne vais pas passer à côté ! magnifique affiche !