Encanto : critique sans potion magique pour Disney

Déborah Lechner | 24 novembre 2021 - MAJ : 24/11/2021 12:08
Déborah Lechner | 24 novembre 2021 - MAJ : 24/11/2021 12:08

Après la sortie discrète d'En avant, plombée par la pandémie, et la punition de Raya et le dernier dragon qui a été privé de salles et relégué sur Disney+, la compagnie aux grandes oreilles fait tout ce qu'elle peut pour ne pas laisser la magie s'éteindre avec le dernier Encanto, qui a malheureusement un air de déjà-vu. Attention : quelques spoilers !

recette de grand-mère

Avec le dernier Encanto, Disney a finalement réussi à lâcher son nouveau modèle d'héroïne Disney, à savoir des princesses intrépides et célibataires comme Vaiana, Mérida dans Rebelle, Vanellope dans Les mondes de Ralph, Elsa dans La Reine des neiges ou plus récemment Raya.

Un détour qui aurait pu apporter un léger vent de fraîcheur s'il n'avait pas pour but de se rapprocher à la place de la caractérisation de Ian Lightfoot, le personnage principal d'En Avant, co-produit par Pixar. Comme l'elfe désenchanté, la jeune Mirabel Madrigal est donc une adolescente lambda et peu sûre d'elle, qui trouve sa force et sa singularité en se lançant dans une périlleuse mission de sauvetage.

 

imageLe vilain petit canard

 

Mais ce n'est pas le fait que ce soit, cette fois, un personnage féminin et qu'on lui ait collé une paire de lunettes sur le nez qui va révolutionner quoi que ce soit ou renouveler la formule que la compagnie n'essaye même plus d'étoffer. Même le fait de se passer d'antagoniste transgresse à peine les codes habituels de la narration, la figure du grand méchant manichéen prenant de moins en moins de place dans les derniers films animés (Pixar compris). 

Avec quelques ingrédients assaisonnés différemment, Encanto présente ainsi un nouveau folklore fantastique, où il est - encore et toujours - question de raviver une quelconque forme de magie via un artefact ancien, là encore comme dans En Avant et Raya et le dernier dragon. Et comme dans Coco, il est également question de la perpétuation d'un héritage et des conflits intergénérationnels, mais pas besoin de continuer le jeu des comparaisons plus longtemps pour prouver qu'Encanto, et par extension Disney, manque cruellement de créativité et d'inventivité.  

 

imageUne autre claque visuelle qui ne suffit plus à émerveiller

 

MA FAMILLE D'ABORD 

Même si le film se fond dans la masse des autres Disney, il n'en reste pas moins un bon film d'animation. Malgré sa paresse structurelle (notamment pour toute la partie d'exposition), Encanto n'en reste pas moins touchant. Avec un soin notable, il décortique les dynamiques intrafamiliales et gratte le vernis de ce clan matriarcal peu commun, en apparence soudé et parfaitement heureux. 

Pour rester au plus près de la cellule familiale et mettre en lumière les non-dits, les rancoeurs et les regrets de ses membres, Encanto choisit de ne pas partir en expédition à travers le monde ou à la découverte de l'inconnu, mais de rester au sein même du foyer. La casita, animée par la magie, devient ainsi un personnage à part entière, avec son origin story, ses traits de caractère et ses propres secrets, tandis que ses différentes pièces sont elles-mêmes des microcosmes indépendants. Elles permettent de varier les décors et les ambiances, tout en cassant l'unité de lieu. 

 

photoOn est toujours mieux à la maison

 

La famille s'étalant sur plusieurs générations, la caractérisation de la plupart des personnages est unidimensionnelle, voire inexistante (les papas moldus ou le cousin transformiste) et beaucoup servent simplement à agrandir le cadre familial. Et les musiques sont tout aussi accessoires que certains membres de la fratrie. Un des gages de qualité du film était la présence de Lin-Manuel Miranda (Hamilton, Vaiana) au générique. L'homme-orchestre réussit une fois de plus à livrer des airs gais et entraînants en mélangeant les rythmes sur une base de reggaeton.

Mais contrairement à Vivo, le dernier film dont il a écrit les partitions et paroles des chansons, la musique en elle-même n'occupe aucune place dans le scénario. Les apartés musicaux redeviennent des gadgets scénaristiques trop descriptifs, qui permettent de faire avancer l'action ou d'en apprendre plus sur un personnage (Luisa est ultra stressée, Isabela en a marre de jouer les miss parfaites, il ne faut pas parler de Bruno, etc.). Il ne faudrait donc pas trop se laisser emporter par le rythme, au risque de passer à côté d'une ou deux répliques cruciales pour la narration, mais pas toujours très intelligibles. 

 

imageNe surtout pas détourner les yeux ou les oreilles

 

Enfin, le film verse dans les bons sentiments, avec un message forcément louable sur ce qui nous rend réellement extraordinaires (spoiler, ce n'est pas la magie). Disney nous répète donc que l'union fait la force et qu'à coeur vaillant rien d'impossible, même si les dernières minutes du film piétinent cette morale schématique. Le dénouement en contradiction avec tout le reste ternit alors un peu plus le film après un dernier acte précipité et trop facilement évacué.

 

Affiche

Résumé

Loin d'être mauvais ou sans âme, Encanto n'en est cependant pas moins générique. Le film reste sagement dans la lignée des précédentes productions de Disney, sans jamais chercher à revisiter la nouvelle recette du studio. On aurait donc préféré être gentiment bousculé qu’éternellement bercé par les mêmes histoires. 

Autre avis Antoine Desrues
S'il est indéniablement dépaysant et visuellement sublime, Encanto souffre d'une première partie trop programmatique, qui l'empêche de décoller. Sa seconde moitié a beau s'efforcer de retrouver la sensibilité des meilleurs Disney récents, il manque à cette mixture solide un brin de flamboyance.
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Lecteurs

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commentaires
Sascha
27/11/2021 à 20:08

Techniquement, le film est magnifique. Les animations, les effets visuels. Tout est beau.
En revanche, première fois que je ressors déçu d'un Disney. L histoire est tellement cousue de fil blanc que le départ, toute la trame se déroule sous nos yeux. Aucun enjeu, aucune embûche, aucun suspens. Quelle déception.

Frenchi
25/11/2021 à 21:58

Bonsoir à toutes et à tous,

Pour ceux qui ne le savent pas, ce Disney représente le pays de la Colombie (1er pays d'Amérique du Sud situé en haut, à gauche sur la carte du continent Sud américain.) Malheureusement la culture de ce si beau pays est dénigré avec les clichés que l'on a entendu il y a 15 ans.... (Dans la vision des gens) Pour ma part, j'y suis allé en été 2021 et tout s'est bien passé ! Je suis allé voir le film hier soir et j'ai exactement retrouvé la culture Colombienne! Si vous n'avez pas bien compris l'histoire, je vous invite à revoir le film... Mais s'il vous plaît, arrêter de critiquer sans maîtriser le sujet car vous passé pour des incultes....

Flo
25/11/2021 à 13:10

Un petit Disney, présenté comme un non-événement - c'est à dire conscient de sa modestie, et donc peu promu (juste José Garcia comme star connue dans la VF).
Mais le fait de ne pas être défini comme Exceptionnel n'en fait pas un produit anecdotique. Les idées révolutionnaires ne sont pas une obligation à tout prix dans l'industrie. Ça vient ou ça vient pas lors de la conception, c'est tout.
Seul compte la qualité générale, le travail bien fait (ici la culture colombienne, la splendeur des couleurs, l'animation des cheveux et vêtements, utilisation de plusieures types de techniques cinématographiques, scénario drôle et mystérieux à la fois), ce qui garantie suffisamment qu'on prenne plaisir lors de la séance en salle, et éventuellement qu'on n'en sorte pas la tête vide. C'est justement l'un des sujets du film

De retour dans l'Amérique du Sud, qui a beaucoup fasciné Walt Disney par sa diversité, on n'a pas vraiment là un cousin du "Coco" de Pixar. C'est une vraie comédie musicale, émaillée des loufoqueries habituelles et salvatrices, ayant toute sorte de rythmiques et toute entière menée par l'omniprésent Lin Manuel Miranda (qui y joue aussi un rôle crucial).
Plutôt une version inversée de "La Reine des Neiges", où le mouton noir (gênant) de la famille et du pays n'est pas celui qui a des super pouvoirs extraordinaires... Mais celui qui n'en a pas. D'où une hypocrisie sourde chez tous ces protagonistes extra-ordinaires, méprisants malgré eux.
Là où l'héroïne elle-même a beau être gentille et en quête de sens, elle supporte de moins en moins la situation et n'en est pas non plus immédiatement sympathique.

Tout ça se raconte à travers le thème du Foyer, associé à des traumatismes :
En danger jadis lorsqu'on en a été chassé pour devenir des déracinés - on dit aussi migrants, avec tout le péjoratif qu'on peut y accoler.
En danger aujourd'hui de l'intérieur à cause de préjugés conservateurs.
Cette maison qui se fissure devient également le Studio Disney lui-même, qui en a vu d'autres. La manière dont il est présenté évoque le fameux château magique autant qu'une maison de poupée.
Chaque membre de la famille représentant les diverses productions leur appartenant - à Isabela les princesses "parfaites", à Antonio les drôles d'animaux parlants, à Luisa les super-héros Marvel, à Bruno la SF (incluant Star Wars donc), aux autres les productions d'envergure moindre.
Mais rien ne doit être si facilement acquis, tout peut être remis en question à un moment donné, pour que la maison revive en se redéfinissant.
Et qui mieux que le public ordinaire lui-même pour donner un coup de main, en travaillant lui aussi, en mettant la main à la pâte plutôt qu'en restant passif.

Ce ne sont pas seulement ceux qui ont les moyens et qui donnent qui font que ça tienne... Ce sont aussi ceux qui n'ont pas grand chose, mais qui savent le rendre à la mesure.

Hulkito
25/11/2021 à 12:33

C'est quand même incongru, dans une critique d'un film qui s'intéresse à un pays méconnu et à ses traditions, de ne pas évoquer une seule fois le dit pays ou l'éclairage du film sur cette cultuez et son folklore.... Et sérieusement, l'héroïne, une princesse ?

Guéguette
25/11/2021 à 08:54

J'ai été impressionné par le manque d'ambition dès la bande annonce. Une histoire de maison Barbie avec des pouvoirs...à peine bon pour une série répétitive sur Gulli...Un truc tout safe...

On est bien loin de l'époque hercules/tarzan/mulan etc qui envoyait du bois...


24/11/2021 à 17:30

Je vous trouve un peu sévère.

Le film est simple dans son propos mais il est efficace.

C'est mieux que la complexité inutile de Raya.

Hank Hulé
24/11/2021 à 12:58

l'impression de revoir encore et toujours le même film avec le même message sirupeux.
j'en peux plus de Disney...

Momo
24/11/2021 à 12:29

@Nonoo : Ah oui Disney pardon de la confusion..

" les "princesses" combattantes et indépendantes ca devient redondant et les histoires sont toujours les mêmes il y a juste les décors qui changent :/"

Oui voila..

Nonoo
24/11/2021 à 11:33

C'est bien ce qui me semblait, vu la bande d'annonce ça sentait le film bien mais générique... j'adore Disney mais il va falloir renouveler un peu la formule et proposer autre chose parce que ça se répète et ça commence à devenir de moins en moins intéressant. L'animation est toujours aussi magnifique mais l'histoire... c'était déjà ce que j'avais reproché à Raya, une superbe animation mais une histoire peu palpitante malgré une héroine charismatique et de bonnes ébauches de scénario qui n'avaient pas été explorées (mais la fin m'avait déçu..).

@Momo Tu veux dire Disney non ? Parce que Pixar sait se renouveler et proposer à chaque film des choses intéressantes ou nouvelles (leurs derniers films sont tous différents, En avant n'a rien à voir avec Soul qui n'a rien à voir avec Luca, sans parler de Alerte Rouge et Buzz l'éclair qui ont l'air totalement différents). C'est d'ailleurs pour ça que je préfère Pixar maintenant, ils savent varier leurs histoires. Disney a besoin de sortir de leur formule, les "princesses" combattantes et indépendantes ca devient redondant et les histoires sont toujours les mêmes il y a juste les décors qui changent :/

JR
24/11/2021 à 11:22

Bonjour Deborah,
Vous semblez souvent affiliée aux films d'animation. Je serait ravis d'avoir votre critique (même si l'on sait a quel point il est difficile de tout traiter) sur "le peuple loup".
Sans doute la plus belle découverte visuelle (et narrative) de cette année.

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