Demonic : critique du retour de Neill Blomkamp

Mathieu Jaborska | 20 septembre 2021
Mathieu Jaborska | 20 septembre 2021

Pourtant limitée au circuit de la vidéo, la sortie de Demonic est pour beaucoup un évènement. L'annonce du retour de Neill Blomkamp aux commandes d'un long-métrage, après les rendez-vous manqués Alien 5 et Robocop Returns et avant l'hypothétique Inferno, avait créé la surprise, le tournage s'étant déroulé le temps de quelques semaines en pleine pandémie. La déception n'en est que plus grande.

escape from the district

Le cas Blomkamp en dit beaucoup sur les biais d’analyse contemporains de la critique et du public (deux entités peu discernables l’une de l’autre depuis l’avènement des réseaux sociaux). Si surpris de voir une production chargée en effets faire la quasi-unanimité et si désespérés de couronner un nouveau monstre sacré de la science-fiction, les spectateurs de District 9 ont placé tous leurs espoirs dans le cinéaste, qui n’a pas manqué de les décevoir avec un Elysium simpliste et un mini-Chappie encore défendu par une poignée d’irréductibles.

L’obsession générale pour les artistes complets, la nécessité des commentateurs du cinéma populaire de se rattacher à des auteurs pour se façonner des idoles et gommer au passage la complexité logistique et la pluralité artistique qui président à la fabrication d’une œuvre de science-fiction audiovisuelle n’auraient-ils pas fait plus de mal que de bien à la filmographie du réalisateur, propulsé instantanément coqueluche des internet cinéphiles ?

Ce Demonic pourrait presque à lui seul répondre à la question. Artiste d'effets spéciaux virtuose, comme l’ont prouvé récemment les productions de son studio Oats, et constructeur d’univers exaltants, Blomkamp s’est souvent démarqué grâce à ses concepts visuels, au point de donner envie à une légion de fans trahis par leur dernier prophète (Ridley Scott) de découvrir son Alien 5, sur la simple foi de concept-art (soit des représentations évidemment hypothétiques et forcément soignées de séquences futures). Et ce sont les mêmes habilités qui semblent motiver la réalisation de son nouveau film.

 

photoVivement les DLC

 

Les plus téméraires avanceront que le principe même du métrage représente fidèlement ce à quoi est réduit pour certains le travail du cinéaste. Carly est invitée à communiquer avec sa mère plongée dans un pseudo-coma. Et pour ce faire, elle plonge dans son univers mental, animé comme une aquarelle numérique dans laquelle elle peut se déplacer virtuellement. Le procédé, très intéressant, recoupe toutes les expérimentations esthétiques chères à son œuvre, de l’ouverture des possibles techniques aux références au jeu vidéo, évidentes lorsque l’avatar de la pauvre Carly est cadré comme un Sims perdu dans son propre environnement. Un monde de concept-art, en fait, dans lequel chacun cherche l’essentiel sans soupçonner que la réalité est moins rose… et plus difficile à gérer.

Et c’est là que le metteur en scène souffre de la réputation d’homme-orchestre qu’on lui a forgée malgré lui. Car s’il prend soin de concevoir un principe de science-fiction fort, il est loin de teinter de sa personnalité tout le film . Le mythe de l’artiste total s’écroule, et la réalité frappe durement ses admirateurs : s’il maitrise une partie de cet univers, Blomkamp n’est pas garant de sa qualité globale. Et la bonne idée initiale parait bien stérile quand tout le reste est à la ramasse.

 

photoNous devant le film

 

Demonic, nique, nique

Car passée la découverte de ces séquences originales, Demonic prend l’eau de partout. La structure en 3 actes bien délimités, a priori censée appuyer la singularité de l’essai, ne parvient en fin de compte qu’à révéler la stupidité de ses artifices. On a évidemment du mal à croire à cette organisation médicale bidon, desservie par des décors très télévisuels, à cette relation mère-fille censée concentrer le sous-texte émotionnel de la chose (et en faire une fable sur le pardon), à quelques personnages incarnés avec la passion d’un notaire à la retraite (Martin, inutile) ou, bien sûr, à cette résurgence horrifique de pacotille, non seulement complètement grillée par un matériel promotionnel en peine, mais aussi franchement laborieuse.

La pauvreté de la chose anesthésie donc complètement la capacité de Blomkamp à mettre en scène ses effets spéciaux. Preuve en est du démon du titre, pas honteux techniquement aux vues d’un budget de production qu’on devine modeste, mais atrocement générique. Pire encore, emballé par une équipe comptant bien capitaliser sur le prestige des méga-blockbusters de l’auteur, le tout évoque pèle mêle : locked-in syndrome démoniaque, portails d’entrée infernaux et surtout la fameuse unité d’intervention du Vatican sans jamais se départir d’un premier degré insupportable, qui plombe un scénario pourtant absurde.

 

Photo Nathalie Boltt#NoMakeUp

 

De quoi inspirer cet interminable climax, longue partie de cache-cache où la mise en scène anonyme tente – en vain – de dynamiser un affrontement léthargique, jusqu’à une résolution terriblement convenue, refusant même le dénouement tragique que le sérieux papal du scénario exigeait depuis les premières minutes. L’échec de Demonic est d’autant plus retentissant qu’il est graduel : plus ce récit tarabiscoté se déploie lourdement, plus sa vacuité transparait, jusqu’à un épilogue qui arrache un soupir à ceux qui ne dorment pas encore.

Il s’agit moins de « taper sur Blomkamp » que de réfléchir au prisme par lequel on envisage son talent et à comment on le replace dans l'industrie. En l’occurrence, les producteurs qui ne misent que sur son nom – souvent remplacé par le sempiternel argument « par le réalisateur de District 9 » dans les bandes-annonces – et sur rien d'autre ne rendent pas service à ses films. Espérons que ce revers critique (les commentateurs américains sont bien plus véhéments que nous) les pousse à mieux exploiter ses indéniables qualités, qui transparaissent lors des séquences animées ou d’un joli flashback granuleux.

Demonic est disponible en VOD en France depuis le 15 septembre 2021 et en DVD et Blu-ray depuis le 20 septembre 2021

 

Affiche officielle

Résumé

Comme un mauvais Blumhouse, Demonic déballe son concept intéressant et bâcle le reste. 

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commentaires
GTB
21/09/2021 à 15:20

@pierre> "Et t'as oublié insultes public a Villeneuve parce qu'il a oser donné son avis sur le MCU..."

C'était sarcastique.

Maski mask
21/09/2021 à 11:21

Même si le film n'est pas top je dois reconnaître une certaine qualité au niveau de l'imagerie, des effet spéciaux mais je suis pas d'accord avec ceux qui le qualifie de mauvais réalisateur je trouve qu'il est un des rare réalisateur a avoir un tenté des chose intéressant dans la Sf d'aujourd'hui selon moi il dois être entouré de producteurs qui respecte sa vision tout en lui donnant du reliefs car quand il est seule comme c'est le cas pour demonic bah le résultat est ceux qu'il es.

Oliviou
21/09/2021 à 08:17

*Filmographie.

Oliviou
21/09/2021 à 08:16

Incompréhensible, la filmologies de ce gars. Comme @Mera, je commence à penser que c'est Peter Jackson qui a fait de District 9 ce chef-d'oeuvre.
Ou alors, comme c'était son premier film, Blomkamp a infiniment mieux travaillé son script (et sa mise en scène) que pour les suivants.

Teemo1977
21/09/2021 à 08:06

Sérieusement, à part District 9, il ne sait rien faire... il a une idée de base, mais ne sait pas la développer. C'est le réalisateur le plus surestimé actuellement.

Mera
21/09/2021 à 03:12

Avec le recul, Peter Jackson est probablement pour beaucoup dans la réussite de District 9.

yo
20/09/2021 à 23:10

faudrait que blomkamp arrête de pomper les auteurs japonais mamuro oshii en premier par exemple, que se soit pour les mechtas type armure ou les scénarios, avec ghost in the shell,, gunm, ils pique les idées des autres et tout va bien, mort de rire, vous etes aveugles ou quoi, shirow et autres, en plus pas de remerciements à la fin de ses pseudos films, y en a marre.

pierre
20/09/2021 à 22:10

@ Sanchez
Et t'as oublié insultes public a Villeneuve parce qu'il a oser donné son avis sur le MCU...

Bref, c'est vraiment un pauvre qui s'y croi beaucoup trop avec sa filmo moisi.

Sanchez
20/09/2021 à 21:30

Blomkamp = un bon district 9 , un nul Elysium et un sympa Chappuis et une arrogance a vouloir recréer l’excellente franchise Alien. Qu’il crève

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