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The Gentlemen : critique qui fume la moquette

Par Simon Riaux
30 mars 2023
MAJ : 28 mai 2023

Qu’on adore son style ou qu’on y soit désespérément rétif, Guy Ritchie est un des auteurs les plus explosifs de sa génération. Avec The Gentlemen, le trublion du polar british devenu pourvoyeur de blockbusters malicieux semble retrouver ses racines. Mais est-il toujours le facétieux émeutier de ses débuts ?

The Gentlemen : Affiche française

OLD MAN RITCHIE

Les premières minutes de The Gentlemen ont de quoi rassurer le connaisseur de Ritchie… mais aussi l’inquiéter. Les tronches en biais de loubards magnifiques se succèdent, les situations piégeuses s’enchaînent et la gouaille légendaire de son cinéma se ranime. Et pourtant, tout semble avoir changé. Nous ne sommes plus du côté des jeunes loups aux dents longues, mais collés aux basques luxueuses d’un baron du crime las de sa condition, désireux de parachever son embourgeoisement. Un héros inattendu, interprété avec tout le panache traînant de Matthew McConaughey.

Ce dernier a transmis sa morgue arriviste au véritable héros de The Gentlemen, l’homme de main que joue Charlie Hunnam, qui dès le premier acte du récit balaie les évènements et les humains d’une moue excédée, comme écrasé par la médiocrité de ses semblables, et surtout de ses futurs successeurs, caractérisés comme autant de jeunes loups semi-mongoloïdes, à peine dignes de servir de chair à canon. Et si le montage et le découpage émulent sans mal les grandes heures du cinéaste, de sa verve et de son goût pour la déconstruction, on se demande rapidement si Guy Ritchie n’a pas tourné vieux con.

 

photo, Michelle Dockery, Matthew McConaugheyQuand tu as un peu trop frotté la lampe d’Aladdin

 

On serait tenté de répondre par la positive, et contre toute attente, ce virage du côté des râleurs impénitents sied d’autant mieux au réalisateur qu’il se double d’un discours plus personnel qu’à l’accoutumée et d’un désenchantement social inattendu. Ce gangster fatigué par ses propres frasques, cet homme que le grand jeu a harassé, qu’on supplie de vendre l’œuvre de sa vie, c’est bien sûr Guy Ritchie hésitant à tout à fait se vendre aux majors, à prolonger l’éreintant pas de deux auquel il participe depuis Sherlock Holmes. Et si le réalisateur peste, ronchonne, c’est pour mieux retrouver le cœur de sa conception du 7e Art.

 

photo, Matthew McConaugheyMatthew McConaughey

 

RÂLEUR, FRIME ET BOTANNIQUE

Articulé autour de la confrontation entre deux salopards prêts à toutes les veuleries pour triompher (Hugh Grant et Charlie Hunnam), The Gentlemen renoue avec une des figures de style préférées de son auteur : la subtile intrication entre dialogue, montage, et image. Ici, deux hommes confrontent leur récit d’un même évènement, dévoilant combien leur perception, leur point de vue (et donc in fine leur mise en scène) modifient le tableau d’ensemble.

Dès lors, le cinéaste peut s’en donner à cœur joie l’éparpillement du scénario, n’oubliant jamais où sont ses petits, pour mieux les réunir, au gré de tours de manches dont lui seul a le secret.

 

photo, Hugh GrantAu début était le verb(iag)e

 

On n’avait pas vu l’artiste à ce point maître de ses tours depuis des années. Alors qu’il retrouve la matière première de son cinoche et jubile de dérouler une intrigue plastique, imprévisible et toujours prête à plonger dans une nouvelle mise en abîme, Ritchie laisse aussi la place à une ironie sardonique, presque mélancolique. Comme conscient d’être désormais un créateur entre deux eaux, plus tout à fait turbulent, incapable de s’assimiler, il propose ici une voie médiane, euphorisante, mordante et incroyablement accomplie.

On regrettera que par endroits, le métrage préfère jouer la sécurité, recycle de manière trop évidente quelques morceaux de bravoure éculés, pille sans vergogne une des plus belles répliques de Collatéral, ou perde parfois son temps, notamment lors d’une triple poursuite, qui ne se justifie ni plastiquement ni scénaristiquement, mais il s’agit là de scories. Guy Ritchie a vieilli, et s’il retrouve son trône, c’est pour mieux nous inviter à le renverser.

 

The Gentlemen : Affiche

Rédacteurs :
Résumé

Guy Ritchie vieillit et cela lui va plutôt bien, tant ce retour aux sources grognon se double d'une introspection vacharde, ainsi que d'une maîtrise narrative éclatante.

Autres avis
  • Mathieu Jaborska

    Ritchie prend du recul vis à vis de ses aventures hollywoodiennes et accouche d'un film dont le plus grand mérite est justement d'être typiquement anglais. Costumes classieux, meurtres sanglants et accents forcés sont de mise, pour un plaisir simple mais immédiat.

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Commentaires
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fredisdead

Il est toujours rigolo à la lecture de quelques commentaires de voir a quel point il est difficile pour certains d’expliquer concrètement pourquoi ils n’ont pas aimé le film. Et quelque part, si je n’ai aucun souci avec le fait de ne pas aimer un film ou une série, la question de venir balancer un peu de bile sur une oeuvre montre quand même une certaine source de frustration (ou de limite intellectuelle).

Bisous les rageux !

Bilbo

Jax Teller Forever !

alulu

Il est très bien, on retrouve l’esprit de Snatch ou ACB.

Morcar

Comme j’en ai voulu au pote qui m’a traîné voir ce film en salles !!! J’étais partant pour « La voie de la justice » avec Michael B. Jordan, mais lui m’a convaincu d’aller voir ce film, alors qu’il adore « Snatch » et « Arnaque, crime et botanique » que je n’ai jamais vus. Cette séance de cinéma a été une vraie purge, et même lui a la sortie m’a avoué avoir trouvé ça mauvais.
Il a beau m’avoir répété que les deux précédents films cités étaient meilleurs, je ne suis pas prêt de les voir je pense, tant ces « Gentlemen » m’ont passé toute envie de voir autre chose de ce réalisateur dans le domaine…

rientintinchti

Même daube que du Tarantino, Snatch etc.
C’est juste pour une caste de fétichistes adeptes d’artificialités à la sauce pseudo coolitude vintage alternatif, underground avec pour autre ingrédient moisi, des répliques qui se veulent instantanément cultes que des spectateurs fanatiques sectaires en chemises seventies de la friperie du coin répètent pour se la jouer « je suis cool ».
Allez hop! Foutez moi toutes ces jérémiades à la poubelle mais surtout. Remboursez!!!

Brosdabid

Vraiment déçu et j aurais aimé AIMÉ
DERNIER film de que j’ai adoré de sa part « rocknrolla » et ça date

Rouge carré

Comparer ce film moisi très cliché à Snatch ? Faut revoir Snatch mon gars. J’ai mis une étoile pour le casting. Ma copine s’est endormie dans la salle et moi je suis fait chier à regarder des acteurs que j’aime beaucoup dans un film qui semble être une fan fiction de fans de Guy Ritchie.

Monsieur Vide

Très bien ce Guy Ritchie ! Justement assagie , la mise en scène n’en a que mûrie je trouve. Très bon film . Très bien aussi de pas tenter un Snatch 2 ou Rocknrolla la suite.. quoique je ne serai pas contre..

cmdtp

Un sous « Arnaque, crime et botanique », les acteurs cabotinent (sauf Hunam, excellent, très charismatique ), l’histoire manque d’allant.

Pas désagréable mais le retour aux sources manque d’inspiration ici.

Opale

Vu pendant le confinement. Bon moment (je ne suis pas ultra fan du travail de Ritchie) de cinoche, bien foutu, casting réjouissant. Après c’est reconnaissable en deux minutes, ça reste du G. Ritchie pur jus mais ça fonctionne plutôt bien. Bonne surprise, tiens…