Une vie cachée : critique qui a beaucoup pleuré quand même

Simon Riaux | 11 décembre 2019 - MAJ : 23/12/2019 10:40
Simon Riaux | 11 décembre 2019 - MAJ : 23/12/2019 10:40

Après trois films éclatant les structures narratives qu’il avait déjà grandement subverties dans Tree of Life, Terrence Malick revient avec Une vie cachée, qui signe son retour à un cinéma plus linéaire et narratif, mais pas moins éclatant.

UN NOUVEAU MONDE

Si Terrence Malick ouvre Une vie cachée sur des images du Triomphe de la volonté de Leni Riefenstahl, ce n’est ni un hasard ni un errement académique. Le dernier film du réalisateur a beau retrouver les sentiers familiers du récit historique, et abandonner la narration éclatée pour revenir à un récit plus linéaire, il demeure un peintre grandiose de la complexité des sentiments, comme du combat pour ou contre le bien. Et c’est effectivement au triomphe discret d’une volonté inébranlable que nous confie le cinéaste, celle de Franz Jägerstätter, paysan autrichien, refusant de se battre pour le Reich lors de la Seconde Guerre mondiale.

 

photo, August DiehlAugust Diehl

 

Entre christianisme des origines et panthéisme, Terrence Malick retrouve le découpage sensoriel qui est devenu sa signature, utilisant du grand-angle comme d’un vortex plastique qui rend le hors-champ hors-sujet, comme si l’image de son film tentait, dans un geste élégiaque continu, de tout capturer, du sensible à l’immanent. Le dispositif, expérimental et parfois rugueux, pouvait rebuter dans ses trois derniers films, dont le jusqu’au-boutisme aura laissé sur le carreau une grande partie de la critique et du public, pas forcément sensible à la frénésie du metteur en scène ou à son auscultation de la chrétienté, via un cinéma tout entier tourné autour de la prière.

En retrouvant une narration plus structurée (en apparence), l’artiste compose ici une œuvre somme, qui se suit sans le moindre inconfort, tout en s’autorisant des digressions, transformations et dilatations des scènes étonnantes. Ainsi, c’est soudain un flashback motorisé qui s’impose au cœur du récit, introduit par la voix off de Valerie Pachner, qui semble nous dire qu’après un long chemin, cet homme qui revient à Radegund, c’est Malick lui-même, revivifiant et revisitant son cinéma. À la manière de son vibrant héros interprété par August Diehl, il entreprend avec nous un long voyage, jusqu'aux confins de l'horreur et de l'oppression, Franz se voyant un à un retirer tous les attributs de son humanité, tous deux contraints par un choix, par un principe, y trouvent finalement une libération.

 

photo, Valerie PachnerValerie Pachner

 

JÉSUS CRIE

Comme à nouveau en pleine maîtrise de son art, capable d’en distendre les principes ou d’en resserrer soudain les boulons, le metteur en scène invite progressivement à un abandon total. Alors que se met en branle le destin de Franz, la mystique et la grâce pénètrent dans les fêlures du récit, conférant au mélodrame un impact symbolique immense et une puissance bouleversante.

Avec patience, à la manière d’un peintre pointilliste, Malick retourne les codes du mélo pour mieux les faire siens, à mesure qu’il les nuance ou les conjugue à cette passion éminemment christique.

 

Photo, August DiehlEt toujours, l'hypothèse de la lumière

 

Ainsi, quand Franz et Franziska ont droit à une ultime entrevue, organisée pour faire flancher l’objecteur de conscience, lui permettant d’abjurer ses convictions, Une vie cachée explore soudain, et avec une économie de moyens sidérante, une certaine idée de la sainteté laïque. Il y a de la magie dans la manière qu’a le métrage de dériver avec son héros, mû par des valeurs simples et évidentes, qui le transforment lors de la dernière demi-heure en un héros de chair qui paraît à chaque instant transcender la matérialité du récit.

Une vie cachée est un des films les plus maîtrisés de Malick, c’est aussi un des plus riches. Pour passionnant que furent À la merveilleKnight of Cups ou Song to Song, ils n’en demeuraient pas moins façonnés autour d’une forme bien identifiée d’expérimentation visuelle. Ici, Terrence Malick se focalise autant qu’il se déchaîne, alternant pure séquence onirique, scènes en vue subjectives, dialogues mélangeant avec une aisance invraisemblable anglais et allemand, comme si le réalisateur s’était définitivement accompli comme alchimiste filmique.

 

affiche francaise

Résumé

Devenu une sorte d'alchimiste transcendant ses propres expériences, rejouant à l'infini des thèmes qu'il n'en finit pas d'enrichir, Terrence Malick livre ici un des plus impressionnants films de sa carrière, un mélodrame bouleversant, conçu comme une prière.

Autre avis Alexandre Janowiak
Une vie cachée est une ode spirituelle bouleversante dont l'ampleur visuelle n'a d'égal que sa beauté naturelle. Et malgré le ventre mou assez conséquent du film, Terrence Malick y offre de sublimes moments de cinéma entre son introduction envoûtante et son dernier tiers terrassant.

Lecteurs

(2.8)

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commentaires

Rapace
03/05/2020 à 17:25

Film parfait si vous liser télérama. Presque 3h ou il ne se passe rien. C long, ennuyeux, il y a des acteurs qui sont la juste pour 2 scènes 3 tirades : Matthieu Schoenhaert et Bruno Gantz. 5 min mm pas. Comme avec Spuelberg on sait pas pourquoi un coup c en anglais un coup en allemand.

Fan de Franz
22/01/2020 à 00:36

Une seule question alors: pourquoi pas 5 étoiles?

Gregdevil
12/12/2019 à 14:30

Oui 2 grand maître du cinéma.
Perso c'est Fincher, Raimi et Jackson

M1pats
12/12/2019 à 00:20

@Gregdevil

Moi ^^ mon real préféré avec Eastwood

Gregdevil
11/12/2019 à 22:45

On peut aimer Mailck et Avengers.
C'est pas le même cinéma c'est tout.

T-Rex
11/12/2019 à 20:55

@pere colateur
Don't feed the troll ;)

pere colateur
11/12/2019 à 20:01

Ben oui , Malick fait du cinéma pour les grands. Pour les petits il y a Avengers , Transformers ou Star wars.

sylvinception
11/12/2019 à 15:05

Loué soit Terrence Malick, Dieu et prophète des nombreuses victimes des insomnies chroniques.

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