Toute ressemblance... avec une critique bienveillante serait purement fortuite

Simon Riaux | 28 novembre 2019 - MAJ : 28/11/2019 18:14
Simon Riaux | 28 novembre 2019 - MAJ : 28/11/2019 18:14

Michel Denisot a connu à peu près toutes les révolutions, chutes, succès et crises du microcosme de la télévision depuis les années 70. Le voir s’attaquer à une satire du milieu avec Toute ressemblance... était donc à minima prometteur d’un regard éclairé et possiblement éclairant sur un univers qui fut longtemps le réceptacle de divers fantasmes.

FRIME TIME

Mais en l’état, on a bien du mal à croire que celui qui tient la barre a déjà approché un plateau de télévision, ou arpenté ses coulisses autrement qu’en lisant la presse people entre deux rots de ceviche aux truffes. Toute ressemblance... est un assemblage singulièrement mal structuré des plus vieux clichés afférant à la célébrité et au petit écran. Présentateurs hypocrites, jeunisme, cynisme, toxicomanie… Rien de neuf sous le soleil.

Que Michel Denisot ne se lance pas dans un récit subversif et ne balance pas trop violemment copains et anciens collègues, on peut aisément le comprendre, mais le primo-réalisateur ne peut pas non plus se targuer d’apporter sur ces questions un regard neuf, un état d’esprit inédit. D’ailleurs, pour vaguement hystérique et vulgos que soit son scénario, ce dernier s’avère en tout point d’une timidité affligeante.

 

photo, Franck DuboscOn a connu des parties de belote plus remuantes

 

Rien ici ne gratte vraiment, tout simplement parce que dans chaque aspect de sa conception, Toute ressemblance... semble avoir une bonne trentaine d’années de retard, et en être particulièrement fier. Car sous couvert de moquer et de dénoncer un monde de stupre et de faux-semblant, l’œuvre paraît secrètement enrager contre la disparition annoncée (ou dénoncée) de cette joyeuse partouzerie des médiocres associés. Mais devant une mise en scène si systématiquement transparente et sur-signifiante, se risquer à chercher un sens caché tient peut-être de l'aveuglement.

 

NE PAS AVALER

C’est peut-être la seule dimension vaguement intéressante ou inattendue du film. Le casting évolue dans un état de semi-noyade, bullant mollement ou se débattant avec une participation inepte, encerclé par d’innombrables guests, précipité presque solide des plus grands noms actuels du paysage audiovisuel français. Leur présence renseigne sur l’innocuité du métrage, qui dans le fond, ne veut pas tant lever le voile sur les turpitudes de la télé, que se désoler de leur rétrécissement inexorable.

 

photo, Franck DuboscVous allez rire jaune

 

Autre néant : la question du pouvoir. Pourtant à la tête du plus gros JT de France, le personnage interprété par Franck Dubosc n’est jamais appréhendé comme un récipiendaire du pouvoir et le scénario se garde bien de penser son état de journaliste surpuissant comme un enjeu politique. Oublier aujourd’hui que le pouvoir va bien au-delà de pouvoir se repoudrer les narines ou tasser les vertèbres d’assistantes serviles, c’est admettre en creux qu’on n’a pas la moindre idée des tensions qui animent l’Hexagone et que l'onconsidère son sujet comme parfaitement extérieur au monde.

Comédie aussi vigoureuse que la libido d’un Panda un soir de pluie, Toute ressemblance... est un échec filmique dans tous les domaines, mais étonne par l’impensé qu’il paraît dévoiler. Jamais transgressif, le projet du film éclate dans une séquence de fellation clandestine en plein prime time, à la platitude embarrassante. Ah, qu’on était heureux au temps béni des p’tite gâteries. Ou pas.

 

Affiche

 

 

Résumé

Toute ressemblance... se voudrait une satire des coulisses de la télévision, mais se complaît avec une médiocrité de tous les instants dans une soupe clichetonneuse et passéiste.

commentaires

Simon Riaux - Rédaction
02/12/2019 à 17:31

@leretourdelauvergne

Merci, à vous aussi !
(et vive l'Auvergne)

leretourdelauvergne
02/12/2019 à 17:26

@ Simon Riaux
Je vous remercie pour les précisions !
Bonne continuation à tout EL !

Simon Riaux - Rédaction
02/12/2019 à 17:20

@leretourdelauvergne

Le CNC taxe les différents acteurs de l'industrie cinématographique. En gros tout ce qui vend, achète, transactionne du cinéma et de la série, ou plutôt de l'image animée, paie une une taxe au CNC.

Editeur, chaînes de TV, distributeurs, producteurs, etc. Il y a aussi une partie du prix de votre ticket de cinéma, qui va au fond de soutien du CNC, lequel est reversé aux sociétés de production, selon diverses modalités.

Pour le dire très vite, le CNC est sous la tutelle du ministère de la culture, ce qui en fait un établissement public, mais il ne relève pas de son budget. Vos impôts peuvent dormir tranquilles.

leretourdelauvergne
02/12/2019 à 17:06

@simon riaux
Bonjour,
Pourriez-vous nous en dire plus sur le financement du CNC ?
Vous apportez un début de réponse dans votre précédent message, mais j'aimerai en savoir plus. Brièvement

Simon Riaux - Rédaction
02/12/2019 à 10:04

@Dale Cooper

Vous êtes étonné de lire qu'il n'est pas subventionné, parce que ce n'est pas ce que j'écris.

J'ai écrit qu'il n'était pas subventionné par vos impôts. Le CNC est bien un organisme public qui répartit des subventions nombreuses, en les accordant à de nombreux projets. Il n'est pas financé par vos impôts, mais par le secteur du cinéma lui-même.

Angra
01/12/2019 à 20:41

Dès qu'il est écrit Dubosq ou Boon sur une affiche, je fuis le plus loin possible

Dale Cooper
01/12/2019 à 20:35

Aux dernières nouvelles c'est le CNC qui finance en partie, voire une grande partie des films français, Et le CNC est un organisme public, donc financé par nos impôts. Apres je ne sais pas quel film en a bénéficié cette année, mais je crois que de nombreux films français en bénéficient (je ne suis pas "un fou") mais je répond à sa place parce que je suis étonné de lire que le cinéma français n'est pas subventionné.

cepheide
30/11/2019 à 13:19

@starfox
Aucun genre n est mort et enterré, ils Viber est seulement en attendant que le public se lasse du genre à la mode.

Galt
30/11/2019 à 11:54

Déjà que ça sentait le navet cette histoire, mais après vous avoir lu, ça fait encore moins rêver !
Puis Franck Duboscq, peut plus le voir...

Simon Riaux - Rédaction
30/11/2019 à 10:36

@Un Fou

Bonjour,

Lequel de vos impôts finance le cinéma français ?

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