Furie : critique qui va te squatter le cerveau

Simon Riaux | 31 octobre 2019
Simon Riaux | 31 octobre 2019

Après Territoires, on se demandait à quelle sauce allait nous dévorer Olivier Abbou. Ce qu'on peut vous dire, c'est qu'il en a concocté une très relevée, où un trio d'acteur s'amuse à repasser les angoisses françaises à la moulinette d'un cinéma hardcore, capable de marier les exigences du cinéma d'auteur et la hargne de la série B à l'ancienne. Bienvenue dans le furieux Furie.

SATAN L'HABITE

Paul et sa famille reviennent de vacances. Ils découvrent que la babysitteuse de leur enfant et son compagnon à qui ils ont loué leur domicile durant l’été, se sont installés chez eux et ont entamé des démarches pour donner à leur squat l’apparence de la légalité. Entre démarches judiciaires, guerre psychologique piège administratif, Paul perd progressivement pied. Si le point de départ de Furie est prometteur de tensions bien corsées, il n‘est pas, sur le papier, synonyme d’horreur atmosphérique ou de délire organique. Et c’est pourtant précisément la direction que prend Olivier Abbou.

Pour son nouveau long-métrage, le metteur en scène déploie ainsi une myriade d’influences, qu’il distille non pas à coup de citations, mais pour souligner, voire décupler, les différentes stases psychologiques de ses héros. Car Paul n’est pas seulement un homme dont le quotidien est petit à petit désagrégé par une soudaine angoisse identitaire (la disparition de son domicile le renvoyant à toutes ses failles et contradictions), c’est aussi une véritable grenade existentielle, qui a patiemment ignoré toutes les interrogations qui le minaient.

 

photoQuand on part en vacances, sans écouter Michel Fugain

 

Ainsi, à chaque fois que surgit un nouvel écueil (jugement défavorable, présence envahissante d’un quidam exagérément viril aux alentours de son épouse…), la caméra et la direction artistique donnent chair au piège qui se noue sur les protagonistes, en proposant de violentes ruptures de ton. Initié sur un ton froid, à l’aide de lents plans, favorisant les compositions d’ensemble, Furie évoque d’abord un écho maîtrisé de la cruauté d’un Haneke. Puis, alors qu’entre en scène une batterie de personnages secondaires totalement azimutés, on bascule soudain chez Gaspar Noé ou Tobe Hooper, lors d’un climax infernal, où explosent violence et symboles, avec un goût pour la monstruosité cinégénique devenue trop rare à l’écran.

 

FRENCH FRAYEUR

Désireux de marier des influences aussi fortes que Massacre à la tronçonneuse ou Orange mécaniqueFurie n’est pas pour autant une création sous perfusion, si désireuse de se biberonner le cinéma américain des 70s qu’elle ne pourrait pas se pencher sur sa culture natale. En effet, le film d’Olivier Abbou a également cela de passionnant qu’il s’impose comme une pure prod hexagonale, capable de commenter bien des questionnements et passions mauvaises qui animent nos concitoyens.

 

photoJoies du déménagement

 

Ainsi, le labyrinthe administratif digne des 12 travaux d'Astérix parlera forcément à tous les Français, d’autant plus que le cinéaste capte totalement le sentiment déréalisant qui l’accompagne, au fur et à mesure que le clan de Paul se voit encouragé à abandonner ses droits, plutôt que d’être broyée par la machine jurisprudentielle. De même, il enregistre avec malice les injonctions contradictoires (ou vécues comme telles) faites à certains hommes, tenus d’être des super-civilisés gardant toujours leur clame, autant que des montagnes de virilité prêtes à défendre leur territoire. Un paradoxe que Paul vit forcément dans sa chair, cet enfant d’immigré étant sans cesse renvoyé à son identité et aux clichés que charrient ses interlocuteurs.

On regrettera que les dialogues du film, qui va toujours à l’essentiel et se garde d’être trop bavard, soient souvent trop écrits, ou abattent les enjeux psychologiques, dramaturgiques, à la manière d’un joueur de poker jouant trop vite une bonne main. Mais cette faiblesse d’écriture souligne aussi en creux la qualité de l’interprétation. Physiquement investis, poussant chaque scène dans ses retranchements, Adama NianeStéphane Caillard et Paul Hamy apportent à l’ensemble ce qu’il faut de chair et de trouble, jusqu’à la sanglante explosion de rage qui conclura leur danse désespérée.

 

Affiche

Résumé

Olivier Abbou revient en force, grâce à ce thriller qui explore les névroses du mâle français, tout en questionnant un système qui transforme les individus en victime, et les victimes en prédateurs. Ludique, cinéphile et cruel, Furie est une belle proposition de cinéma de genre hexagonal.

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commentaires
Sb33
05/10/2020 à 13:07

Furie à une mise en images maîtrisée. Stephane Caillard qui joue l'épouse est bien.
Le reste du casting joue assez faux en particulier Paul Hamy, mauvais comme d'habitude en faux viril de cambrousse, sa diction est tellement mauvaise que ça fout toutes ses scènes en l'air. Qu'il prenne des cours de comédie et de diction. Beaucoup. Une tentative ratée de film à l'américaine. À retenir donc la mise en images et Stephane Caillard
3/10

Tractopelle
29/03/2020 à 23:58

Enfin un bon film de genre français honnêtement la débilité de la loi et de la justice à la française est réellement bien décrite dans ce film ... Franchement chapeau tout n'est pas parfait ya du déjà vu dans d'autres film notamment américains mais les acteurs sont convainquant et le propos raciale de l'immigré toujours renvoyer a ses origines assez pertinente je trouve et puis le fait que la classe moyenne ce voit abandonnés par l'état assez pertinente ... Les squatteurs voleurs parasite de la société protégé et choyé par l'état et l'homme honnête travailleur traité comme un délinquant moins que rien telle est la réalité de la société française .

Arabesenfolie
14/11/2019 à 21:42

Génial! Foncez.
Dommage il n'est pas assez mis en avant dans les médias, alors qu'il en vaut vraiment la peine!

Ghob_
02/11/2019 à 11:36

Voilà qui a l'air très chouette ! (mais habitant dans un trou paumé loin de toute civilisation, pas certain qu'il soit diffusé près de chez moi...).

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