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Wounds : critique qui te plaie

Par Simon Riaux
25 octobre 2019
MAJ : 21 mai 2024
25 commentaires

Remarqué d’un cercle plutôt restreint d’amateurs d’horreur, Under The Shadow de Babak Anvari était une tentative modeste et passionnante de régénérer des motifs horrifiques classiques en les mariant à la culture iranienne. On était donc curieux de découvrir dans quelle direction s’orienterait le réalisateur. Et avec Wounds, il prend à nouveau beaucoup de risques.

affiche finale

DARKPHONE

Série B fantastique usant d’un artefact technologique comme vecteur du surnaturel, le film fait d’abord mine de nous jouer un air connu, pour ne pas dire rebattu. D’ailleurs, le public de la Quinzaine des Réalisateurs s’y est largement trompé, ignorant massivement le métrage, fraîchement débarqué sur Netflix, dans l’indifférence la plus totale.

Pourtant, la partition de Wounds déraille rapidement pour nous offrir un concerto extrêmement dérangeant qui n’est pas sans rappeler, dans ses teintes ocres comme son piège à mâchoires dépressif, un certain Last Days on Mars, également snobé à Cannes et lors de sa sortie.

 

photo, Armie Hammer Armie Hammer

 

Jadis brillant étudiant démissionnaire, Will est un barman charismatique, mais sur le point de s’écrouler. Beau, mais négligé, souriant, mais mélancolique, drôle, mais imbibé d’alcool, il laisse sa vie dériver. Jusqu’au jour où il récupère le téléphone oublié par des lycéens dans son établissement après une rixe, et en étudie le contenu… Loin de faire du smartphone la source d’on ne sait quelle malédiction, Babak Anvari l’utilise comme un fuseau qui va révéler le vide intérieur de ses héros en déchirant le voile de leur identité, vide existentiel bientôt rempli par une harde de visions monstrueuses.

Ce qui saisit initialement dans Wounds, c’est la précision psychologique avec laquelle le scénario capture la vacuité d’individus laissés sur le banc, faisant de leur mieux pour se dissimuler leurs échecs et les conséquences de ses derniers. Avec une acuité qui colporte un malaise diffus, puis palpable et écoeurant, la photographie de Kit Fraser compose un camaïeu de teintes brunes, qui se répercute tant sur les bois d’un bar glauque que sur les épidermes ensuqués des personnages, tandis que la caméra accroche les regards ou enregistre les râles et renoncements des corps.

 

photo, Dakota Johnson, Armie HammerQuand on vous dit qu’il ne faut pas boire l’eau du bain…

 

LET’S PLAIE

Prisonnier du soleil de La Nouvelle-Orléans comme des ténèbres de ses ruelles empuanties de vomi, le spectateur est suffisamment désorienté pour que la mythologie développée par Anvari le plonge dans une profonde hébétude. Le cinéaste n’a pas cherché à proposer une spirale classique, ou à narrer l’avènement de quelque banal esprit frappeur. L’abîme qui obsède Will (fascinant Armie Hammer) en appelle à de glorieux cauchemars de cinéma, sans jamais se contenter de les citer.

Ainsi, « L’interprétation des plaies » et les hallucinations fugaces qu’elle charrie évoqueront forcément l’avènement des Grands Anciens aux Lovecraftiens, quand la viralité du mal trouve des échos chez Vidéodrome. Refusant la facilité, le montage brouille chaque piste, laisse l’horreur émerger du doute, du statut même des rebondissements, chacun étant libre de décider s’il assiste à l’écroulement d’un esprit, ou au débarquement de forces obscures dans notre monde.

 

photo, Armie Hammer, Dakota JohnsonUn couple qui va vraiment super bien

 

Wounds encourage le spectateur à combler les vides apparents de son récit, mais n’est pas démissionnaire pour autant. La répétitivité de ses symboles (le gouffre de L’Antre de la folie, un globe oculaire monstrueux, les scolopendres…) offre d’innombrables pistes de lecture, qui délivrent toutes le même message. Notre monde produit des humains vides, des coquilles « creuses » comme le décrit la citation de Conrad qui ouvre le film, dont le néant extérieur ne peut plus être rempli que par les ténèbres.

À jouer ainsi le pur trip hallucinogène, l’errance putride, Wounds prend le risque de laisser le public sur sa faim, et on aura beau se passionner pour son abominable jeu de piste, pour une fois, il n’est pas interdit de regretter que le scénario n’en donne pas un peu plus. Refusant les longueurs et privilégiant l’accélération de son infernal dédale, le métrage aurait peut-être gagné à donner plus d’ampleur aux deux séquences qui le concluent, extrêmement fortes, mais un peu trop vite expédiées pour laisser à l’ensemble l’occasion de nous terrifier tout à fait.

 

photo

Rédacteurs :
Résumé

Avec sa horde de visions cauchemardesques et son atmosphère dépressive, Wounds est une proposition aussi originale que radicale. Un cauchemar presque expérimentale, dont on pourra seulement regretter la brièveté.

Autres avis
  • Geoffrey Crété

    Obscur, noir, tortueux, Wounds est un superbe cauchemar livré sans mode d'emploi, qui laisse le spectateur tomber et sombrer avec les personnages dans ce vertige de l'angoisse. Casse-gueule, mais brillant et riche.

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Alex&co

Film purement naze. Intrigues multiples, et aucune réponse, un final en queue de poisson… ça m’aurait fait chier de payer une place de cinéma pour voir cette daube.

Devine

Ce film es comme une phrase qui n’es pas

Cidjay

Film aussi intéressant qu’inabouti.
c’est comme regarder une multitude de chemins tous plus attirants les uns que les autres pour une super rando et finalement se décider à remonter dans la bagnole sans rien faire.

Yass

Juste une occasion de mettre des symboles sataniques , bidon .

Quetzalcoatl

C’est comme un cocktail raté; le Long Island Iced Tea des films!
Il y avais de bons ingrédients au départ qui séparément étaient intéressants à développer, mais le mélange n’a pas pris…
Des longueurs pas nécessaires, certains personnages auraient eu le mérite d’être plus creusés, et la fin abrupte qui manque de subtilité…
T’es saoulé et t’as même pas apprécié!