Matthias & Maxime : critique les copains d'abord

Simon Riaux | 15 octobre 2019 - MAJ : 15/10/2019 14:41
Simon Riaux | 15 octobre 2019 - MAJ : 15/10/2019 14:41

Ces dernières années n’ont pas été de tout repos pour Xavier Dolan. Auréolé du succès international de Mommy (Prix du Jury à Cannes 2014), il a dû subir la réception critique glacée de Juste la fin du monde sur la Croisette (mais Grand prix du Jury 2016), avant que la post-production de Ma vie avec John F. Donovan s’embourbe et aboutisse à un fiasco désossé. On ne s’étonnera donc pas de voir le metteur en scène revenir à un dispositif beaucoup plus simple à l’occasion de Matthias & Maxime.

BOY MEETS BOY

Avec une décomplexion et un amour du mélange des genres qu’on ne lui avait plus connu depuis Tom à la ferme, le cinéaste se projette auprès de personnages et d’un canevas simple, au cœur duquel il va injecter un élément perturbateur, qui va métamorphoser ce point de départ en turbine émotionnelle surpuissante. Matthias et Maxime sont amis depuis l’enfance. Au cours d’une soirée, ils acceptent de participer au court-métrage de la sœur d’un copain, à l’occasion duquel leurs personnages doivent s’embrasser. Sauf que ce geste à priori anodin va profondément les bouleverser.

Les premiers pas du spectateur dans le film sont étonnamment inconfortables. Qu’on apprécie ou non les univers de Xavier Dolan, force est de constater qu’il s’est toujours efforcé, dès les ouvertures de ses métrages, de proposer des mondes cohérents à l’esthétique forte. Ici, on pourrait presque se croire dans un semblant de naturalisme, alors que nous faisons connaissance avec notre duo de héros, que les répliques fusent et qu’il faut réussir à intégrer le tempo heurté des dialogues, l’électricité des échanges.

 

PhotoUne bien belle troupe

 

Ce n’est que progressivement, quand l’imprévu, le sentiment et le doute les gagnent, que la mise en scène respire, que le style déborde et sature le cadre. Et quand, à la faveur d’une scène plastiquement renversante, Gabriel D’Almeida Freitas se perd dans l’eau glacée d’un lac, c’est tout le film qui s’emballe et amène le public vers un climax émotionnel irrésistible. Loin de ses expériences parfois maniéristes, le réalisateur attrape ici véritablement l'âme de ses protagonistes, encapsulant une humeur dans une texture, un état d'esprit dans la course effrénée d'une silhouette se découpant sur les lumières de la ville, tirant le meilleur de ses tentatives visuelles vers une précision psychologique inédite chez lui.

 

SWEET KISS TEEN

Pour la première fois depuis trop longtemps, Xavier Dolan s’est donné un rôle d’importance devant la caméra et en découvrant avec quelle sensible simplicité il interprète Maxime, on ne peut que se féliciter de ce choix, lui aussi emblématique du retour à une poésie simple, presque organique, qui agence des images dont l’évidence foudroie régulièrement. Ainsi, on garde longtemps en tête l’image de ce jeune homme, dont le visage est émaillé d’une tâche de naissance, symbolisant toute l’ambivalence du regard des autres, mais aussi du sien.

 

photoLa tâche...

 

Et si Matthias & Maxime est riche d’enjeux, de tensions, d’avancées, de rebondissements, que la photographie et le découpage gagnent en sophistication au fur et à mesure que nos héros s’interrogent (ou refusent de le faire), le scénario comme la mise en scène laissent une grande liberté au spectateur. Témoignant d’un trouble, d’une révolution à venir, mais sans guider le regard, le métrage peut ainsi jongler entre comédie existentielle, comédie de mœurs, quête de soi, chronique post-adolescente, toujours avec un grand bonheur.

On regrettera juste que dans ce tourbillon férocement émouvant, Xavier Dolan ne parvienne pas encore tout à fait à se débarrasser de certains tics et automatismes, qui alourdissent ici un peu le propos. Les rapports de son personnage à sa mère (et à la famille en général) ont ici des airs de réchauffé, tandis que le récit bégaie plus d’une fois quand il se focalise sur Matthias. Rien de tout cela n’empêche jamais Matthias & Maxime d’attraper son public par le bout du cœur, mais vient nous rappeler que le cinéma de Dolan explosera tout à fait quand il les dépassera.

 

Affiche

Résumé

S'il reste encore ici et là quelques tics et motifs un peu épais, Xavier Dolan compose avec Matthias & Maxime une excellente chronique de la quête de soi, un teen movie existentiel, dont les questionnements intimes, humains et sexuels touchent au coeur.

Autre avis Geoffrey Crété
Xavier Dolan sait filmer, choisir ses acteurs, créer des personnages et les installer dans un univers cotonneux et hors du temps. L'émotion est discrète et belle, mais la formule, un peu trop attendue et familière.

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