Destroyer : critique qui a pris un peu cher quand même

Simon Riaux | 19 février 2019
Simon Riaux | 19 février 2019

Après le ténébreux The InvitationKaryn Kusama plonge une nouvelle fois dans une psyché torturée. Celle d’Erin Bell, policière en rupture de ban, qui se voit soudain hantée par une ancienne investigation, qui lui coûta sa dignité et son innocence. La réalisatrice de Girlfight va-t-elle encore nous boxer le cerveau ?

GIRL JUST WANNA HAVE GUN

Dès ses premières images, Destroyer choisit de laisser toute la place à Nicole Kidman. Peau parcheminée, yeux injectés de sang et lèvres gercées, sans fard, son visage ravagé se déroule et occupe l’espace, à la manière d’un paysage lunaire. Actrice caméléon par excellence, elle s’impose dans chaque scène, au détour de tous les plans, comme le véritable effet spécial de la réalisatrice Karyn Kusama.

 

photo, Nicole KidmanC'est pas la grosse forme

 

Alors que s’ouvre le film et que le découpage épouse sa démarche claudicante, faisant de l’écran une extension de cette enquêtrice en ruine, dont l’haleine chargée de remords et d’alcool paraît toujours sur le point de consumer l’écran. Il n’est pas rare, alors que l’action marque le pas, de se laisser porter par la manière sensible qu’a la cinéaste de se mettre au diapason de son actrice.

Pour tous les amateurs de performance totale, de transformation physique, le travail de Nicole Kidman constituera à lui seul un motif valable de visionnage et de plaisir, tant la performeuse s’amuse. Toujours sur le fil du débordement, à la frontière de l’excès, Kidman flirte avec les frontières du délire gonzo (dans lesquelles elle s’emmêlait dans Paperboy). Qu’elle tabasse une suspecte en pleine rue ou masturbe rageusement un témoin agonisant, son pouvoir de sidération est bien réel.

 

photo, Nicole KidmanUn passé qui ne passe pas...

 

SEARCH AND DESTROY

Malheureusement, si le spectateur a de quoi se perdre dans l’ivresse féroce qui irradie de ce personnage, Karyn Kusama commet l’erreur de se laisser aller elle-aussi à la fascination. Quand son intrigue à tiroir, organisée autour de multiples flashbacks et boucles narratives, exigeait de servir les rôles secondaires avec rigueur, elle les oublie en cours de route.

Or, pour que cette enquêtrice sur le point d’exploser en vol ait une chance de nous intéresser, il eût fallu la faire évoluer dans un univers palpable. Malgré les longs échanges avec un Sebastian Stan transparent, en dépit du trouble moral que le scénario essaie de distribuer dans chaque séquence, on a bien du mal à saisir les tenants et aboutissant psychologiques de chaque protagoniste.

 

photo nicole Kidman Nicole Kidman

 

Un problème fondamental dans un récit qui repose justement sur les névroses, les fantasmes de ses anti-héros, dont le mystère central devrait motiver l’investissement du spectateur. Malheureusement, la construction de l’ensemble, tantôt trop mécanique, tantôt trop confuse, distille progressivement un ennui palpable.

Et dès lors, malgré une conclusion qui dévoile avec une certaine élégance le sens véritable de la quête de son héroïne, Destroyer se transforme en énième véhicule à star, dont la substance est inversement proportionnelle aux ambitions.

 

Affiche française

Résumé

Malgré la performance impressionnante de Nicole Kidman, Destroyer reste trop confus pour réellement nous intéresser à cette anti-héroïne rongée par la colère et les remords.

commentaires

Jimmy_84921
20/04/2019 à 23:03

sa lui de change de role , mais je me suis ennuyer , il aurai du faire come taken ou équaliser

zik
15/04/2019 à 18:50

Comment de braqueuse on peut arriver enquêtrice ? Il s'agit de vengeance dans un trop
long scénario avec deux histoires en même temps .

Pierre
19/02/2019 à 11:40

Quand un film repose beaucoup sur un acteur ou une actrice, le risque est souvent justement de n'intéresser que pour la performance.
En ce qui me concerne, j'irai voir le film demain en premier lieu justement pour Nicole Kidman, en espérant que mon avis soit plus enthousiaste que le votre, moi qui attends beaucoup de ce polar.

MisterM
19/02/2019 à 11:38

Mais carrément! J'ai eu un fou rire dans le métro en tombant sur l'affiche et son "proche de la perfection cinématographique" à côté du rictus de Nicole Kidman. ^^

Evidemment les épithètes extatiques sont en gras énorme et leurs auteurs tellement minuscules qu'ils en sont illisibles malgré une affiche en 1080.

Geoffrey Crété - Rédaction
19/02/2019 à 10:57

@Alcatrazzz

Effectivement... D'autant que l'affiche américaine est plus sobre et adaptée au film.

Alcatrazzz
19/02/2019 à 10:51

Et encore une affiche complètement dégueulassée par des "prodigieux" "bouleversant" et autres adjectifs dithyrambiques! Alors maintenant c'est bien simple, je ne vais voir un film que si son affiche n'est pas salopée (ce qui limite sacrément le choix du coup)

votre commentaire