Malgré les Oscars et le prestige, Vice et Si Beale Street pouvait parler se sont gentiment vautrés au box-office

Créé : 13 mars 2019 - Camille Vignes
Camille Vignes | 13 mars 2019
photo, Christian Bale
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La société de production américaine Annapurna Pictures a gagné deux Oscars avec Vice et Si Beale Street pouvait parler. Pourtant, la réussite n’est pas vraiment au rendez-vous.

Fin 2018, la société Annapurna Pictures, fondée par Megan Ellison, était vraisemblablement au cœur d'une petite tempête, la faute à des finances compliquées et une gestion remise en question suite à quelques échecs cuisants. Quelques mois après, la situation ne s'est pas arrangée.

En effet, pendant les vacances de fin d’année, la boîte a sorti trois films importants : Si Beale Street pouvait parler de Barry JenkinsVice d’Adam McKay, et Destroyer de Karyn Kusama. Trois projets avec du gros potentiel vu les talents réunis, et les espoirs d'Oscar. Mais le problème, c’est qu’aucuns d’eux n’a eu de belle carrière au box-office.

 

photo, Nicole KidmanComme pour Nicole Kidman, pour Destroyer, c'est pas la grande forme

 

Rien qu’un coup d'œil aux budgets et recettes en salles permet de comprendre la situation. Vice avec Christian Bale et Amy Adams a officiellement coûté près de 60 millions (sans compter le marketing), et n'en a engrangé que 71 dans le monde jusque là. Si Beale Street pouvait parler, deuxième film de Barry Jenkins après Moonlight, a coûté dans les 12 millions, et n'aurait même pas atteint les 20 millions dans le monde (soit trois fois moins que Moonlight).

Enfin, si Destroyer a coûté à peine 10 millions malgré la présence de Nicole Kidman, il n'a pas attiré le public : environ 3 millions encaissés dans le monde.

Impossible de ne pas voir que la société se trouve en mauvaise posture. Et récemment,Variety a fait connaître le montant approximatif des pertes pour Annapurna. Elles seraient de 15 à 20 millions pour le film d’Adam McKay, autour de 8-10 pour celui de Barry Jenkins et dans les 7 millions pour celui de Karyn Kusama .

 

photo, Regina KingUn Oscar qui ne sauve pas les meubles

 

Ces bides financiers sont d’autant plus frustrants que tous ces films ont suscité un engouement critique, à commencer par Si Beale Street pouvait parler qui a remporté les grands honneurs aux Indie Spirit Awards et qui a valu un Oscar à Regina King.

Vice n’est pas en reste : avec huit nominations aux Oscars (dont meilleur film, meilleur acteur, meilleure actrice dans un second rôle, meilleur acteur dans un second rôle, meilleur réalisateur, meilleur scénario), il est reparti avec une statuette pour ses maquillages.

Plusieurs facteurs peuvent être responsables de ces gamelles au box-office. Comme le fait d’avoir sorti ces trois films autour de Noël, alors que les salles étaient déjà surchargées de superproductions tout public (Aquaman, Le Retour de Mary Poppins, Bumblebee...).

 

photo, Tessa Thompson, Lakeith StanfieldSorry to Bother You, mais nous on s'en sort bien

 

Le vrai problème, c’est que les difficultés financières d’Annapurna ne sont pas nouvelles. Elles remontent en fait au lancement de leur branche de distribution et à la sortie du film Detroit de Kathryn Bigelow, à l’été 2017, qui avait été un échec cuisant au box-office. Et depuis, il n’y aurait que Sorry to Bother You de Boots Riley qui aurait généré du bénéfice (et un petit).

Le plus triste, c’est qu’au cours de ces dernières années, Annapurna était devenu synonyme de chance pour le cinéma d’auteur et ces cinéastes à la recherche d'un budget nécessaire à la réalisation de leurs projets. Des hommes sans loiThe MasterCoganZero Dark ThirtyHerAmerican BluffFoxcatcherLe TeckelSausage Party20th Century WomenDownsizingPhantom ThreadL'île aux chiensLa Ballade de Buster Scruggs... tous sont passés chez Annapurna.

La société est donc attendue au tournant avec son prochain film, Booksmart, premier long-métrage en tant que réalisatrice d'Olivia Wilde, qui sera dans les salles américaines le 24 mai prochain et ne devrait donc pas tarder à arriver en France. 

 

Affiche

 

commentaires

STEVE
14/03/2019 à 10:40

Idiots qu'ils sont, les gens préfèrent se précipiter sur les Marvel

La masse est idiote et entraîne de sales conséquences

Blop
13/03/2019 à 20:22

Bien dommage car c'est l'un des rares studios à prendre de véritables risques depuis le début. Mais voila le cinéma dit d'auteurs n'a plus sa place dans le box office. Ce qui fait , et c'est la leur force, les beaux jours de Netflix.

fedor85
13/03/2019 à 18:48

Peut être de mauvaise stratégie marketing. Moins de budget pub que Warner ou Disney c'est sur, mais peut être des promo passe partout.

Weinstein est ce qu'il est, mais quand il prenais un film (et pas de blockbuster) il poussait au cul pour que le monde sache qu'il existe. (ce qui ne l'empêchais pas d'être odieux et d'imposer beaucoup de chose)

A voir maintenant si elle va demander de l'aide à son père, ou si Megan est capable de redressez la barre toute seule.

Remontada
13/03/2019 à 18:01

C’est vraiment dommage pour le studio car l’un des rares qui proposent autant de projet intéressant chaque année.

Avec de tels résultats, il est évident de voir que les studios préfèrent se focaliser sur les suites, reboot, remake,...

C’est le public qui est à l’origine de la prolifération des franchises et des films à gros budgets et non les studios.

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