High Flying Bird : critique en altitude

Simon Riaux | 11 février 2019 - MAJ : 11/02/2019 12:45
Simon Riaux | 11 février 2019 - MAJ : 11/02/2019 12:45

Le réalisateur palmé de Sexe, mensonges et vidéos expliquait il y a peu avoir tenté, en vain, de maîtriser lui-même les sujets de ses deux précédents films ainsi que leur promotion, histoire d’assurer totalement son indépendance vis-à-vis d’Hollywood. Après une paire de cinglants échecs, il revient, sous la bannière de Netflix pour un faux film de petit malin et véritable entreprise de piraterie : High Flying Bird avec Andre HollandZazie Beetz et Kyle MacLachlan entre autres.

HASTA SIEMPRE LES PLAY-OFF

Depuis six mois, aucun match de NBA n’a eu lieu, l’industrie étant en plein lock-out, l’équivalent sportif d’un shutdown fédéral, alors que patrons de l’industrie et syndicats de joueurs se livrent à un bras de fer financier dont personne n’aperçoit l’issue. Agent de sportifs virtuellement au chômage, à quelques heures du renvoi, Ray lance toutes ses forces dans la bataille afin de mettre fin à cette situation.

Le nouveau film de Steven Soderbergh a tous les airs d’un énième film de casse, venu rappeler la malice de son auteur et son amour des francs-tireurs. Mais High Flying Bird opère un passionnant pas de côté, qui lui confère des airs de grand film politique. High Flying Bird n’est pas un film de casse, mais celui de la possibilité d’un casse. Notre héros, Ray, de par sa position privilégiée au sein de l’industrie, en distingue les rapports de force, et les liens de domination.

 

photo Zachary Quinto et Andre Holland

 

Ceux de riches patrons blancs sur des athlètes noirs, ceux du capital sur le travail, ceux de possédants tentés d’appréhender leurs semblables comme des biens. Un système inique, injuste et à bien des égards absurde, ne serait-ce la bêtise de l’époque et la servitude volontaire. Dès lors, plutôt que de faire s’écrouler le système, Ray n’aura plus qu’à laisser entrevoir combien ses fondations sont fragiles, pour mettre en branle une cascade d’évènements à son avantage. Voilà un programme riche, politiquement marqué, qui trouve toute sa force dans la forme du film.

 

photo Jerry Maguire n'a qu'à bien se tenir

 

COMANDATE ANDRE HOLLAND

Le récent Paranoïa de Steven Soderbergh était déjà tourné à l’iPhone, mais le metteur en scène a poussé la maîtrise de son dispositif bien plus loin. Dès sa séquence d’ouverture, le cinéaste s’amuse ainsi à transformer littéralement son décor en zootrope (l’un des ancêtres du cinématographe) comme pour bien nous annoncer que son œuvre se veut simultanément une rupture et une continuité.

C’est ainsi avec une certaine jubilation que le spectateur peut découvrir combien l’artiste maîtrise à la perfection les outils traditionnels du 7e Art, et se régaler d’un montage, une direction d'acteurs et d’une écriture dont la vivacité est absolument irrépressible, tout en admirant avec quelle plasticité il précipite son image dans une nouvelle dimension.

 

photo, Bill Duke, High Flying Bird Un Predator et un agent aux dents longues

 

Étalonnage, composition, fluidité de mouvement, tout a été atomisé, repensé, revu. High Flying Bird ressemble à une production hollywoodienne conformiste, mais il en tord tous les tropismes, du rendu esthétique des carnations aux déformations des buildings de luxe causés par les objectifs greffés à l'iPhone du réalisateur, jusque dans ses vertigineux clairs-obscurs.

L'artiste sublime l'esthétique américaine de la réussite autant qu'il la pousse à son point de rupture. Et à la manière de son héros, sorte de Spartacus indiquant à ses gladiateurs le lieu de la révolte à venir, pour mieux sécuriser sa propre place au sein du système, Soderbergh livre ici une brillante métaphore, et se positionne lui-même en mercenaire du divertissement de flux. Un réalisateur capable d’embrasser, comme aucun avant lui (exception faite de Michael Mann), les possibilités de l’image numérique.

 

photo, Zazie Beetz, Melvin Gregg Zazie Beetz et Melvin Gregg

 

Profondément ambigu, annonçant autant l’impérieuse nécessité de briser les genoux d’un capitalisme vampire, que l’impossibilité de renoncer à ses atours de puissance, High Flying Bird a pour lui l’œil et l’esprit aiguisé de Steven Soderbergh. Mais ce dernier y met aussi un cœur palpitant, que l’on retrouve dans la prestation fiévreuse d’Andre Holland, dont le charisme stupéfiant opérait déjà dans la géniale série The Knick.

Soderbergh lui offre quelques impressionnantes séquences avec Bill Duke, achevant de faire de l’acteur son double, dont on ne sait trop s’il le met en garde ou espère le voir dévorer le système de l’intérieur. NBA, Netflix, même combat ?

 

Affiche

Résumé

Geste de cinéma chirurgical et fiévreux, High Flying Bird est un acte de piraterie passionnant de Steven Soderbergh, qui décortique les jeux de pouvoir et de domination à l'oeuvre dans l'industrie occidentale du spectacle.

commentaires

Siul G
12/02/2019 à 09:56

Ce film m'a passionné dans sa totalité et je ne connais rien à la NBA, c beau, foisonnant, nerveux, j'étais fasciné par le jeu d'acteurs et à la fin l'impression d'avoir assisté à une expérience cinématographique, d'avoir vu autre chose qu'un film, quelque chose de vraiment nouveau....soufflé

Elcryde
11/02/2019 à 15:44

Je n'ai pas accroché mais il faut reconnaître qu'il interpelle.
Les plans limites déformés, la faible profondeur de champ, il ne ressemble pas à un film classique dans le rendu de l'image.

L'histoire est simple mais les enjeux ne sont pas clairs si l'on n'est pas familier avec l'univers du sport américain et son mode de fonctionnement. Ça me rappelle un peu le sujet abordé dans la dernière saison de la série "Ballers".

Gilets
11/02/2019 à 14:28

Note 1/5

Gilets
11/02/2019 à 14:27

Film assez ennuyant assez déçu de Soderberg des acteurs pas tops

Simon Riaux - Rédaction
11/02/2019 à 13:48

@saiyuk
C'est un peu de tout ça.

saiyuk
11/02/2019 à 13:45

J'ai rien compris a l'article....desolé
c'est un ocean eleven rencontre la nba, ou un jerry macguire couplé a Le Stratege ?

Stivostine
11/02/2019 à 12:58

pas accroché, bavard, pas de charme dans l'ensemble : 2*

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