Glass : critique pas Incassable du tout

Mise à jour : 16/01/2019 09:38 - Créé : 9 janvier 2019 - Geoffrey Crété

17 ans après IncassableSplit est venu ouvrir une brèche dans le cinéma de M. Night Shyamalan pour créer un univers peuplé de surhommes, avec James McAvoy qui croisait la route de Bruce Willis. Une rencontre qui annonçait un affrontement, lequel s'appelle Glass, en référence au personnage de Samuel L. Jackson. C'est l'un des premiers gros événements de 2019, et ce n'est pas vraiment à la hauteur.

Affiche française
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LES INDESTRUCTIBLES 

Depuis que les notes du thème d'Incassable composé par James Newton Howard ont résonné à la fin de Split, pour annoncer l'apparition de Bruce Willis, bien des esprits se sont échauffés. En quelques instants, M. Night Shyamalan a créé un pont entre ses films, pour que La Bête cohabite avec David Dunn alias l'homme incassable, et Elijah Price alias Mister Glass, dans un univers où l'équivalent de super-héros et super-vilains émergent parmi les hommes. 

Glass (le dernier mot prononcé dans Split) marque la rencontre officielle entre les trois personnages incarnés par Bruce Willis, Samuel L. Jackson et James McAvoy, ainsi qu'une réaction claire à la vague de films de super-héros qui inondent les écrans. C'est largement assumé à l'écran, puisque le trio est enfermé dans un hôpital psychiatrique, sous la surveillance d'une psychiatre (Sarah Paulson) spécialisée dans la mégalomanie qui pousse des gens fragiles à se croire extraordinaires, comme dans les comics.

Autour de cet asile, il y a le fils de David Dunn (toujours interprété par Spencer Treat Clark), Casey (Anya Taylor-Joy) et la mère d'Elijah (Charlayne Woodard), plus ou moins utiles à l'histoire. C'est bien là le problème : si Glass a pour ambition de créer une alternative plus noble au genre, et ouvrir en grand les portes d'un univers original, il semble se perdre en cours de route.

 

photo, James McAvoy, Bruce Willis, Samuel L. JacksonUn décor amusant mais qui dénote

 

LES BELLES ET LA BÊTE

Si Glass porte le nom de scène d'Elijah, le personnage de Samuel L. Jackson mettra du temps à apparaître et s'activer. Le récit s'ouvre ainsi sur Kevin et ses personnalités, encore une fois en plein kidnapping, tandis que le film présente un David vieux et veuf, devenu un "vigilante" option kit mains libres, assisté par son fils. Passé cette introduction qui sert à les réunir, le film erre dans un flou narratif. Shyamalan semble incapable de manier ces trois figures charismatiques et extraordinaires, et jongle avec elles sans direction solide.

C'est le véritable problème du film : son incapacité à créer une dynamique autour des personnages, qui cohabitent sans vraiment coexister, et semblent parfois être dans des films différents. L'idée excitante de les réunir afin de dessiner plus précisément cet univers aux frontières du réel a beau être là, elle n'est touchée que du bout des doigts jusqu'à la fin du film, quitte à remplir une heure d'à peu près rien.

Quand vient le grand climax, c'est là encore un arrière-goût de rendez-vous manqué. M. Night Shyamalan a un talent certain pour ce qui est de créer du sens profond dans ses histoires, et connecter les points jusqu'à révéler au spectateur une vérité cachée dans le tissu de la réalité. Dans Glass, le mouvement est le même, mais le coeur n'y est pas. Les petits twists (au mieux faciles, au pire ridicules) sont amenés de manière grossière et théâtrale, alors même que le film lutte pour décoller. L'envol est stoppé net et le cinéaste semble saboter lui-même son édifice.

 

photo Le mystère Glass

 

AFTER NIGHT 

Si le réalisateur de Sixième SensSignes et Le Village a ses détracteurs, devenus de plus en plus féroces avec La Jeune fille de l'eau et Phénomènes, difficile de ne pas saluer ses talents de conteur et filmeur. Avec un sens du cadrage, du rythme et du découpage parfois inouï, Shyamalan a su inviter le spectateur à visiter des univers au-delà du réel. Mais s'il a de toute évidence repris le contrôle de sa carrière suite au Dernier Maître de l'air et After Earth, il n'a pas retrouvé le panache et la finesse de ses meilleurs films.

Glass en est l'illustration la plus spectaculaire, puisqu'il renvoie directement à Incassable. Comparé à cette merveille d'épure, de précision et de maîtrise, ce troisième volet semble avoir été filmé et écrit par un autre. Il y a bien ça et là des plans impressionnants, des effets parfaitement orchestrés et un sens de la mise en scène omniprésent, mais nulle trace de cette grandeur solennelle et magique, où l'auteur semblait en pleine maîtrise de ses moyens.

C'est particulièrement flagrant dans la dernière ligne droite, où le cinéaste rassemble tous les ingrédients nécessaires sans parvenir à créer un climax réellement palpitant et satisfaisant. Qu'il ait recours à des effets de montage très simplets témoignerait presque d'une perte de foi en son spectateur et son propre cinéma. De la part d'un cinéaste qui a tant soigné la suspension d'incrédulité par le passé, avec un sens du détail flamboyant, c'est suffisamment flagrant pour être un problème.

 

photo, James McAvoy, Anya Taylor-Joy La Bête et la Belle

 

PHENOMÈNES DE FOIRE

L'harmonie manque cruellement à Glass, à tous les niveaux. James McAvoy plonge tête baissée dans une performance à multiples visages, tandis que Bruce Willis reprend sa plus belle mine grise et sérieuse, sans qu'aucun des deux ne parviennent à trouver l'espace pour véritablement exister. Ce n'est guère mieux du côté de Samuel L. Jackson, qui oscille entre ces deux pendants. Tous les autres personnages, de la nouvelle arrivée Sarah Paulson à Anya Taylor-Joy, sont accessoires, et à peine caractérisés. Chaque pièce semble avoir été posée dans un dessein global qui ne prend pas forme à l'écran, ou du moins jamais avec l'ampleur nécessaire.

 

photo, Samuel L. Jackson"J'ai les moyens de vous faire m'écouter"

 

Le décor lui-même semble hésiter entre quelque chose de terre-à-terre et une direction très série B, avec quelques éléments qui dénotent (la fameuse pièce rose, aussi absurde que stylisée) dans un cadre sinon très fade. La cohérence interne est plus que douteuse, les défenses et le personnel mis en place face à la Bête et David étant parfaitement grotesques, tandis que la conclusion vient fragiliser encore plus la mythologie en voulant la nourrir - de manière un brin grotesque.

Et ce n'est pas le discours méta sur les super-héros, trop lourd et répétitif pour le bien du film, qui viendra aider le récit à être à la hauteur. Quand arrive la fin, il y a bien quelque chose de beau qui se passe, et donne à Glass une dimension fabuleuse. La curiosité de voir où l'histoire pourrait continuer est là. Elle rappelle justement la mode des films de super-héros, visée par le film. Ou comment être pris à son propre piège.

 

Affiche française

Résumé

Glass a des ambitions évidentes et excitantes, mais aussi de grosses lacunes en terme d'écriture, et ne parvient jamais à donner du sens et de l'ampleur à la rencontre de ces trois personnages hors-normes. Et si la mise en scène de Shyamalan reste solide, le film laisse regretter la maîtrise et la précision de ses premiers films - notamment Incassable.

commentaires

Simon Riaux - Rédaction 17/01/2019 à 18:23

@Sylvain

Je n'ai pas souvenir qu'Incassable ait été mal reçu, qu'il ait surpris, oui, peut-être, mais j'ai plutôt le souvenir d'un paquet de dithyrambes.

Sylvain 17/01/2019 à 18:19

@La rédaction
En total désaccord avec vous. Je pense que tout comme Incassable, parfois mal aimé à sa sortie par une partie de la critique, Glass deviendra une référence.

Simon Riaux - Rédaction 17/01/2019 à 17:56

@Sylvain

Disons que pour faire des équations, ça peut aider de savoir compter, ou de pas oublier comment faire.

Celle d'Incassable est pure, parfaite.
Celle de Split n'a aucun intérêt, mais elle est quand même tenue.
Glass, c'est assez embarrassant de voir combien le film est incohérent et absurde (vis à vis de lui-même et des deux épisodes précédents) et surtout combien chacun de ses twists pulvérise la crédibilité de ce qui a précédé. Et enfin, voir un metteur en scène comme Shyamalan obligé de passer par des dialogues navrants pour narrer, plutôt que par l'image, je trouve vraiment ça désolant.

Sylvain 17/01/2019 à 17:32

@ La redac
Toute la fin du film est du très grand cinéma. Comme dans Split. Les films de Shyamalan sont des rubicubes dont les 9 dixièmes ne prennent leur sens qu'à la lueur du dernier dixième. C'est voulu et c'est une qualité esthétique particulière, qui évoque la beauté formelle d'une équation mathématique...l'émotion en plus. En outre Je ne suis pas du tout d'accord avec vous lorsque vous dites que le personnage de Casey est accessoire : toute de retenue et de charme elle est la phase lumineuse de Kevin et aide à comprendre que cette trilogie, au-delà des histoires de superhéros, est une sorte d'hymne bouleversant aux anormaux.

Simon Riaux - Rédaction 17/01/2019 à 16:53

@Sylvain

Sans du tout vouloir faire de mauvais esprit (je trouve le film d'une spectaculaire nullité), mais "Glass contient pas mal de passages à vide" et "du très grand cinéma, l'un des meilleurs Shyamalan.et sans doute ont un des meilleurs films de ces 20 dernières années", vous ne trouvez pas que c'est super contradictoire ?

Sylvain 17/01/2019 à 16:47

Globalement d'accord avec Rovov94 : c'est du très grand cinéma, l'un des meilleurs Shyamalan.et sans doute ont un des meilleurs films de ces 20 dernières années. La fin de Split était un morceau d'anthologie du 7ème art (les 10 ou 15 dernières minutes ) mème s'il fallait supporter quelques longueurs pour y parvenir...Eh bien là c'est la même chose, Glass contient pas mal de passages à vide mais le dernier quart d'heure est grandiose et vaut à lui seul le déplacement. Incassable/Split /Glass : l'une des meilleures trilogie de l'histoire du cinéma. Shyamalan est un Maître.

Dirty Harry 17/01/2019 à 11:37

Le premier film Incassable avait déçu en son temps (faible score au BO, critique déroutée car s'attendait à un Sixième sens bis) pour ensuite gagner les coeurs, Split avait excité (très forte tension de thriller) pour ensuite retomber un peu à plat et celui-ci fait un peu des deux. La promesse du film arrive très vite au début (l'affrontement tant fantasmé) et ensuite il y a cette deconstruction de la mythologie du récit un peu frustrante à l'HP, où une castratrice arrive et nous explique que les super héros c'est pas correct dans notre société (va-te-faire-fou...), quelques scènes revigorantes pleines d'émotions reviennent nous titiller (la fête foraine) et le plan de Glass se dévoile avec une promesse alléchante et un personnage plein de classe (Glass classe haha)...c'est un bien curieux épisode qui ressemble un peu dans sa structure à The Dark Knight Rises (fin d'un cycle pour ouvrir sur un nouveau), il y a cet Arkham Asylum comme décor principal pour l'intrigue et quelques bonnes interprétations de James McAvoy et beaucoup de dialogues méta-textuels. La mise en scène est précise et quelque fois très inspirée dans sa sobriété et le sens du détail. Je ne sais pas encore quoi en penser à vrai dire, il y a des choses décevantes, il y a de la cohérence et des surprises, il y a de quoi satisfaire et de quoi frustrer. Bref suis mitigé. Peut être à revoir dans le temps, pour observer comment il traverse l'époque.

Stivostine 16/01/2019 à 22:35

Tres bonne critique, le pire opus de cette trilogie.

Number6 11/01/2019 à 13:44

@ KLM

C'était ironique :)

KLM 11/01/2019 à 10:12

Le pire, c'est que non
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