Les Chatouilles : critique qui ne rigole pas franchement

Mise à jour : 13/11/2018 17:03 - Créé : 13 novembre 2018 - Simon Riaux

Les Chatouilles est d’abord une pièce aux airs d’auto-fiction, écrite par Andréa Bescond et mise en scène par Eric Métayer, avant d’être le film qu’ils ont co-réalisé, et qui a été présenté à Un Certain Regard en 2018. Andréa Bescond y livre son témoignage sur les viols qu’elle a subis pendant son enfance, et en interprète Odette, le personnage principal.

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AU CŒUR DES TENEBRES

Initialement, le spectateur se demande ce qu’il fait là, embarqué dans ce drame qui aborde frontalement un sujet terrible, d’autant plus douloureux que nous y accédons via le parcours de la victime et du chemin de croix qu’elle entame alors qu’elle envisage d’appréhender une forme de reconstruction. Brisée et au bord du gouffre, Odette parle enfin de ce meilleur ami de la famille (Pierre Deladonchamps), qui a broyé son enfance et compromis jusqu’à sa personne.

Traité sans fausse pudeur ni dérobade, le traumatisme d’Odette, toujours crédible, peut apparaître difficilement supportable alors que s’ouvre le récit. Dans un premier temps, c’est essentiellement l’investissement des comédiens qui permet de s’accrocher, tant cette chronique d’un crime monstrueusement banal et de ses conséquences renvoie immanquablement à une sorte de terra incognita humaine et filmique, parfois très inconfortable.

L'ensemble est d'autant plus troublant que tous les comédiens paraissent portés par un même impeccable sens du funambulisme, qui les autorise à traduire la touchante humanité de leurs personnages - jusqu'à prendre en charge les quelques percées d'humour, du côté de Gringe ou de Carole Franck notamment. Andréa Bescond impose instantanément le respect, tant elle parvient progressivement à dissiper le malaise que pourrait distiller la nature autobiographique du récit.

 

photoUne cellule familiale au bord de l'implosion

 

A DANCER SAVED MY LIFE

Et puis progressivement, la mise en scène se déploie et révèle sa phénoménale liberté. Dès lors qu’Andréa Bescond met elle-même en scène ses dilemmes intérieurs (comment symboliser la souffrance ? Comment mettre en image ses tourments ?) lors d’une discussion avec sa psy, la caméra s’exprime avec une ludicité rafraîchissante. « Vous racontez n’importe quoi », lui assène la toujours juste Carole Franck.

 

photoOdette, ou une enfance pulvérisée par l'horreur et le silence

 

Une réplique qui sonne comme une sanction, alors que le film laisse à penser qu’il s’achemine vers une métaphore un peu épaisse de son sujet. C’est à partir de cet instant que découpage et montage vont travailler en permanence à interroger la matière première du discours, à magnifier, sublimer, ou questionner les états d’âme d’Odette.

Plutôt que la résilience, plutôt qu’un chemin de croix, Les Chatouilles devient alors un journal de bord de survie, souvent éclatant d’énergie. Avec une vraie audace (qui ne va pas sans quelques faux pas ou baisses de régime ici et là), Bescond et Métayer suivent une artiste se transformant petit à petit en guerrière, virevoltant de séquences en scènes dansées, d’amants en combats familiaux. Escalade de la face nord de l’Everest autant que chant de retour à la vie, le métrage laisse finalement pantois, tant l’énergie qui le traverse est communicative.

 

Affiche

Résumé

Parfois fragile, parfois maladroit, Les Chatouilles est avant tout une formidable chronique de la survie et de la résilience, dont la mise en scène et le montage impressionnent souvent.

commentaires

Bernard Campan 15/11/2018 à 10:03

Inspiré de la vie de Dabiel Cohn Bendit? CF son livre idéologique « le grand bazaar» dans lequel il narre les caresses sur les parties intimes qu'il donnait et recevait d'enfant entre 1 et 6 ans.

Sharko 13/11/2018 à 23:12

@ Andarioch:
Ce n'est pas Mysterious Skin non plus.

Andarioch 13/11/2018 à 17:43

Rien que l'affiche fait froid dans le dos. Je ne me le sens pas au ciné. Dans quelques temps, à la maison, avec un film d'action bien régressif à me taper juste après.

Bob57 13/11/2018 à 17:32

Hâte de le voir. Cornillac a l'air fabuleux. Et gringe peut être très bon acteur.

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