Assassination Nation : critique American Nighmare

Mise à jour : 08/11/2018 17:10 - Créé : 8 novembre 2018 - Geoffrey Crété

Oubliez American Nightmare, oubliez American Horror Story : le vrai film d'horreur qui autopsie l'Amérique d'aujourd'hui et zoome sur les monstres qui y grandissent en plein jour s'appelle Assassination Nation. C'est le deuxième film de Sam Levinson, fils du célèbre Barry Levinson. C'est sanglant, c'est extrême, c'est drôle, c'est tragique. C'est du cinéma, et c'est à ne pas manquer.

 

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AMERICAN BLOOD

"Attention : harcèlement scolaire, préjugés de classe, décès, alcool, drogues, sexe, masculinité toxique, homophobie, transphobie, armes à feu, nationalisme, racisme, kidnapping, regard masculin sur la femme, sexisme, obscénités, torture, violence, gore, armes et egos masculins trop fragiles". Assassination Nation ne commence pas comme un film, mais comme une notice de médicament qui signale plus d'effets secondaires que de bienfaits.

Pas étonnant puisque Sam Levinson a une ambition claire et nette : autopsier la société moderne et plus particulièrement cette chère Amérique. Il n'y a alors plus le choix : son film devra être grotesque, pop, hystérique, violent et gargantuesque. Il y aura des filles, des flingues, du sang et des larmes. De la paranoïa collective, du culte des corps, de l'obsession des réseaux sociaux. De l'hypocrisie institutionnalisée, de la peur globalisée et maladive.

Le théâtre de ce chaos s'appelle Salem, et des sorcières modernes vont y être chassées : un groupe d'adolescentes. Trop provocantes, trop différentes, trop idéales comme coupables. Ces filles ordinaires scotchées à leur smartphone et leur Instagram, qui se fringuent comme dans un clip de R'n'B, vont devenir les cibles d'une hystérie collective qui frôle l'hallucination. En cause : un piratage massif des données privées des habitants, dont les petits secrets sont révélés au grand jour, et dont les pires pulsions vont ainsi être alimentées.

 

photo, Odessa Young, Hari Nef, Suki Waterhouse, AbraOdessa Young, Hari Nef, Suki Waterhouse, et Abra : le quatuor de choc

 

AMERICAN THERAPY

Ce qui frappe d'emblée avec Assassination Nation, c'est l'étendue qu'il couvre. Jamais bordélique, toujours intellectuellement stimulant, le film dresse un portrait peu reluisant de la société occidentale, en ciblant enfants et parents, victimes et bourreaux, puissants et faibles. Discrimination, homophobie, transphobie, sexisme, cybercriminalité, terrorisme, dictature de la bienpensance, droit à l'oubli, impuissance des autorités, gouffres générationnels... Le cauchemar de Lily, Bex, Em et Sarah est un condensé du pire, emmagasiné dans un seul et même lieu, au sein d'une communauté qui se transforme en allégorie.

 

photoL'insouciance avant le jugement dernier

 

Le scénario a été écrit avant mais l'histoire résonne particulièrement avec #MeToo. Et d'une manière bien déstabilisante puisqu'il n'est pas seulement question d'une libération de la parole des femmes face aux méchants hommes, et d'une loi du silence qui condamne par principe les victimes qui refusent de se taire. Le film parle aussi des réseaux sociaux comme tribunaux du peuple, des formes d'hystérie collective et de paresse intellectuelle qui tracent une ligne immédiate et dangereuse entre les bons et les méchants.

Assassination Nation n'est pas là pour désigner les coupables. L'ambiguïté de l'héroïne est là pour en attester. Le film pose beaucoup de questions, et n'a pas peur de laisser le spectateur repartir avec ces interrogations - et avec l'illusion qu'il y a une réponse.

 

photoLa silhouette parfaite d'une victime trop idéale

 

AMERICAN BLINGBLING

Avec ses split-screens, ses lumières fluos, ses costumes ultra-soignés, ses travellings de folie, et son montage survitaminé qui lance un flot d'images à la face du spectateur pour le saturer dès les premières minutes, Assassination Nation se présente comme un kaléidoscope de son époque. C'est à la fois beau et monstrueux, tour à tour excitant et écoeurant tandis que le film prend le pouls d'une génération dont le rapport à l'image est devenu insensé.

Ce riche brassage stylisque et thématique se retrouve dans les choix de mise en scène. Assassination Nation a des airs de Spring Breakers, le trip tragicool de Harmony Korine, mais Sam Levinson va piocher ailleurs ses inspirations. Il décrit son film comme la rencontre entre La Vallée des poupées et Wong Kar-Wai, et rend aussi hommage aux sukebans, ces gangs de jeunes japonaises devenus un symbole culturel depuis les années 70. Delinquent Girl Boss : Worthless to Confess est particulièrement important puisqu'il le place à l'image, et habille ses héroïnes en hommage à ce film de 1971.

Par moment, le mélange de fureur et de naïveté lâché à l'écran rappelle même Sono Sion et notamment Himizu, conte d'amour et de violence centré sur deux adolescents bousculés et possédés par la folie de leur monde. Même le choix du directeur de la photo (Marcell Rév, de White God et La Lune de Jupiter), témoigne d'une vraie curiosité cinématographique au sens large.

 

PhotoGirls vs the world

 

Sam Levinson, fils de Barry Levinson (Rain ManDes hommes d'influence), était né comme réalisateur avec Another Happy Day, un film indé un peu ordinaire avec Ellen Barkin et Demi Moore. C'est aussi pour ça que ce Assassination Nation arrive comme une vague inattendue pour submerger le spectateur, dans le fond comme dans la forme.

Du vertige d'un incroyable et sensationnel plan qui rend un brillant hommage au home invasion, à un ballet final et funeste dans un paysage post-apocalyptique, centré sur un visage triste qui hante la mémoire, le film déborde d'idées et d'ambitions. Et malgré quelques fausses notes sur la fin, avec quelques facilités et envolées ratées (les limites d'un budget de 2 millions probablement), Assassination Nation s'éteint dans une énergie folle, laissant la sensation d'avoir survécu à un assaut sanglant et percutant, qui résonnera longtemps.

 

Affiche française

Résumé

Sous ses airs de teen movie hystérique, Assassination Nation est un électrochoc, qui déborde d'idées et d'ambitions. Il y a du style mais surtout de l'intelligence dans ce portrait explosif et halluciné d'une Amérique malade, transformée en zone de guerre de moins en moins symbolique.

commentaires

Cestcaquoi 09/11/2018 à 17:54

@raoul et toi c'est en comprehension de la langue francaise que tu as encore des progres a faire ...
Avant de critiquer les gens assures-toi d'avoir compromis ce que la personne ecrit ...

Raoul 09/11/2018 à 15:04

@Adam donc chez toi le budget est un critère de qualité. T'as encore un peu de chemin à faire.

Alan Smithee 09/11/2018 à 10:56

J'ai eu la chance de voir le film en AVP aux Utopiales à Nantes: Le film est vraiment fun ça commence en Teen movie à la Spring Breakers (sans être contemplatif) puis en millieu de film ça part complétement en couille et le film devient un slasher avec une scene de Home Invasion filmé en plan séquence en scope qu'on croirais sorti d'un film de John Carpenter avant de finir en film d'action extrêmement vénère. La dernière ligne de dialogue de film est HILARANTE!

Le film est hyper vulgaire avec plein de néons comme dans Spring Breakers, c'est pas du tout subtile (et on s'en fout la la subtilité c'est surcoté) dans son message mais c'est vraiment fun.

Adam 09/11/2018 à 10:03

Punaise je suis enthousiaste à la lecture de cet article. Espérons que le petit budget ne va pas trop se voir mais bon ca peut egalement donné de bon resultat comme SUPER.

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