Girl : critique en pointe

Mise à jour : 10/10/2018 14:50 - Créé : 10 octobre 2018 - Simon Riaux

Multirécompensé à Cannes, Girl de Lukas Dhont avec le jeune Victor Polster fut un des temps forts du Festival, et une des œuvres les plus intéressantes dévoilées dans la sélection Un Certain Regard

Affiche officielle
31 réactions

ALL YOU NEED IS LOVE

Les récits traitant de la transidentité se sont multipliés ces dernières années, qu’ils ambitionnent une portée édifiante et historique (The Danish Girl) ou tentent une proposition pop (Tangerine), mais Girl trace ici un sillon aussi inattendu que détonnant. Nous suivons Lara, jeune fille de 15 ans, née dans un corps de garçon, elle est sur le point d’entrer dans une prestigieuse école de danse.

On voit bien les pistes évidentes, du drame instructif, possiblement moralisateur, pensé pour élever le festivalier occidental en mal de grands thèmes sociétaux sur lesquels appuyer ses émotions, épaissies par de nombreuses soirées à se beurrer au champagne tiède. Par bonheur, Lukas Dhont, dont c’est le premier long-métrage, déjoue presque instantanément tous les attendus du genre.

 

photo, Victor Polster Un rôle où Victor Polster éblouit

 

Traditionnellement, les questionnements identitaires sur grand écran sont représentés via le regard des personnages secondaires et les raideurs du corps social, qui le plus souvent n’accepte pas, voire maltraite des protagonistes dont l’identité et/ou la sexualité ne correspond pas au canon de leur époque. Or, nous assistons à un point de départ parfaitement inversé dans Girl, qui amène le métrage, et son spectateur, dans des territoires inconnus et passionnants.

 

photo, Victor PolsterL'épreuve de la danse...

 

PRETTY WOMAN

Ici, personne n’oppresse ouvertement Lara (ahurissant Victor Polster). Son père la soutient, l’accompagne et s’efforce de l’aider à sauvegarder une estime d’elle-même que le regard des autres étudiantes met à mal. Un soignant veille avec une infinie sensibilité à ce que son impatience ne la mette pas en danger. Et pour une poignée de camarades indélicates, Lara peut s’appuyer sur autant d’enseignants bouleversants d’écoute et de bienveillance.

Ce présupposé influe logiquement sur la mise en scène. Nimbé dans une lumière à la chaleur incroyablement confortable, le film est vu à travers un regard optimiste, celui d’un être caressant la perspective de faire la paix avec lui comme le monde qui l'entoure. Comme en témoigne la prestation nuancée et souvent phénoménale d’humanité d’Arieh Worthalter (déjà spectaculairement bon dans Razzia), tout Girl respire un optimisme rare, mais cohérent, la certitude bienvenue que tout n’est pas toujours levée de boucliers, intolérance et souffrance.

 

photo, Victor Polster Victor Polster et Arieh Worthalter, deux bulles d'humanité toujours sur le point d'éclater

 

Mais si le récit fait le choix d’interroger l’identité sans la présenter comme une identité contrariée, c’est aussi pour amener son sujet et sa mise en scène vers une potentielle dimension universelle. Et lors des impressionnantes sessions de répétitions, c’est précisément ce qui se déroule sous nos yeux. Lara n’est pas une femme en devenir, c’est tout simplement un corps en devenir, une adolescente aux prises avec une anatomie en pleine transformation et qu’elle est tentée de contraindre.

Ce choix de traiter d’un tel sujet en le dépouillant (en apparence) de ses conflits les plus connus permet à Dhont d’en revenir au cœur même de son sujet. En quoi, malgré les bonnes volontés qui l’entourent, le parcours de Lara demeure celui d’une combattante ? Comment, ignorant ce thermostat qui progresse imperceptiblement, le spectateur se retrouve, lors des ultimes séquences du film, sur le point d’imploser ? C’est là toute la beauté intranquille de Girl, un parcours lumineux, aux embûches souvent éblouissantes.

 

Affiche

Résumé

Quand un nouveau venu s'attaque à un sujet immensément complexe pour mieux en retourner toutes les problématiques, il nous offre un condensé d'humanité et de sensibilité qui nous va droit au coeur.

commentaires

Gaspard 11/10/2018 à 20:20

Perso, les films sur le « genre » ne m’intéressent pas à priori, de plus voir mon cinemá de quartier me proposer beaucoup de films ou de doc sur ce sujet (avec deux trois films sur une histoire d’amour homosexuelle), j’ai comme une sursaturation de ce questionnement qui me fait ni chaud ni’ froid! Mais ta critique Simon me donne vraiment envie de me plonger dans ce film ou le regard d’un cineaste a l´air novateur et ambitieux, en évitant les clichés de base !

Simon Riaux - Rédaction 11/10/2018 à 16:27

@macaron

On ne comprend pas bien ce que vous essayez de dire.
Parce que vous aimez les oeuvres et auteurs que vous citez, personne ne pourrait pratiquer le 7e Art différemment ?
Etrange.

Jusqu'à preuve du contraire chacun est libre de traiter des sujets qui l'intéressent, comme le public est libre de s'y intéresser ou non.

Vous avez par exemple toute latitude pour écrire un film, qu'on espère super tip top, sur les personnages âgées, dans les EHPAD.

macaron 11/10/2018 à 15:31

vice ,le nouveau Tarantino ou le tu ne tuera point de Gibson ça Ç est du cine ainsi que Dark Swan ou encore Interstellar the Danish Girl aussi mais pourquoi parler encore des ces cas d actualités qui ont été traités au cinéma pourquoi ne pas parler des personnes âgées dans les EPHADS

Simon Riaux - Rédaction 11/10/2018 à 14:57

@Macaron

Expliquez-nous donc.

On vous sent sur un gros gros concept là.

Macaron 11/10/2018 à 14:41

Un film qu plairait bien au bobos post macroniens

Karlito 11/10/2018 à 07:57

Merci d'avoir fait découvrir ce film.

Sanchez 10/10/2018 à 17:22

Amen

FredDoBrasil 10/10/2018 à 15:47

Heureusement que le cinéma existe et n'est pas fait que de films Disney !

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