Love, Simon : critique amoureuse

Créé : 19 juin 2018 - Geoffrey Crété

Love, Simon, c'est le teen movie qui compte en 2018. Comme un 13 Reasons Why, avec la même Katherine Langford, le film de Greg Berlanti avec Nick Robinson résonne avec le public et notamment les plus jeunes, pour de belles et bonnes raisons : il est l'un des rares du genre à raconter le coming out d'un adolescent de manière aussi simple et légère.

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ADOS ET À CRIS

Impossible de voir Love, Simon sans le replacer dans le genre du teen movie, vaste et passionnant programme qui va d'American College de John Landis à Elle est trop bien avec Freddie Prinze Jr., en passant bien sûr par l'incontournable John Hughes (Seize bougies pour SamLa Folle Journée de Ferris BuellerBreakfast Club). Comme tout genre, et hormis des exceptions notables comme les films de Gregg Araki, le teen movie obéit à des règles aussi simples que réjouissantes, qui offrent une grille de lecture universelle du monde impitoyable des couloirs d'école - et par extension, de la vie.

En ça, Love, Simon de Greg Berlanti a une note d'intention aussi claire que belle : ne pas révolutionner le genre, ni renverser profondément les codes, mais simplement offrir "l'autre" version du film d'ados. A savoir celle qui ne racontera ni la lutte d'un garçon ou d'une fille pour séduire le sexe opposé, ni leur espoir de sortir des rangs des losers pour être populaires ; mais celle qui parlera d'un adolescent gay cherchant à assumer son identité et trouver sa place. Sans pour autant être relégué à l'arrière-plan derrière les personnages principaux, ou au fin fond des teen movie underground alors même que le genre a vocation à parler au plus grand nombre.

 

Photo Nick Robinson La bande à Simon

 

VERY HOMO SAPIENS 

Adapté de Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens de Becky Albertalli, Love, Simon reprend donc tous les ingrédiens du genre. La voix-off qui ouvre l'histoire, le cadre familial stéréotypé, les rues de la petite ville américaine, l'école tout droit sortie de l'usine à lycée du genre, la grosse fête alcoolisée dans une maison sans les parents, sans oublier les inévitables grandes scènes surréalistes où le destin des personnages se joue comme sur une scène de théâtre, devant des dizaines de figurants.

C'est justement parce que le décor reste le même que le film touche son but : raconter l'homosexualité de Simon non pas comme une chose extraordinaire, qui l'extirpe des schémas habituels, mais bien comme une autre façon d'être. Son coming out pourrait parfaitement être remplacé par un autre secret jusqu'au climax (bien trop mélo) sans que la mécanique n'en soit bouleversée. C'est là que le film est le plus touchant et intelligent : en se posant comme une future référence en la matière, pour plusieurs générations d'adolescent(e)s, exactement comme les tonnes de teen movies passés. 

 

Photo Nick Robinson Nick Robinson

 

THE GAYFAST CLUB 

Bien sûr, tout va trop vite et trop bien. Il manque quelques nuances plus sombres pour donner une profondeur au parcours de Simon, qui passe du petit ado effacé au révolutionnaire en quelques scènes. On sent bien que la larme, les cris et les "fuck" ont été réduits au minimum pour garder une couleur lumineuse. 

Beaucoup trop artificielle et rose bonbon, la conclusion traduit la volonté d'imposer un moment de pure joie dans la grande tradition du genre, quand les scènes inévitables et paresseuses (la crise avec les amis floués, les confrontations avec les parents) témoignent des limites du film, lequel aurait véritablement gagné à affronter un minimum la violence de son sujet et laisser Simon vivre la douleur.

 

Photo Nick Robinson, Jennifer Garner, Josh DuhamelLa famille sortie d'une brochure pour Center Parc

 

Mais Love, Simon fonctionne à peu près parfaitement grâce à ses interprètes. A commencer par Nick Robinson, vu dans Jurassic World, et qui incarne avec simplicité cet adolescent comme les autres. Sans vraiment avoir l'espace pour donner la dimension réellement émotionnelle à son parcours, il apporte à ce Simon toute la fragilité et la normalité nécessaires. Face à lui, ce sont surtout Katherine Langford (13 Reasons Why) et Alexandra Shipp (la nouvelle Tornade dans X-Men : Apocalypse) qui tirent leur épingle du jeu, tandis que Logan Miller porte avec talent cette énergie mi-cool mi-ringarde du beau loser, là encore en référence évidente aux teen movie des années 80.

Avec son CV monstrueux pour l'amateur de super-héros puisqu'il a créé The Flash, ArrowSupergirl ou encore Legends of Tomorrow, en plus d'être notamment passé sur Dawson et avoir réalisé deux films, Greg Berlanti dévoile ici une facette plus intime et sensible. Et si sa maîtrise n'est pas (encore) à la hauteur de ses ambitions, comme l'illustre la parenthèse de comédie musicale, son Love, Simon est suffisamment tendre, touchant et important pour mériter un peu d'amour.

 

Affiche

 

Résumé

Love, Simon ne renverse pas les codes du teen movie : il cherche simplement à en offrir la version alternative, avec la même légèreté et douce lucidité que les réussites du genre. C'est non seulement important, mais c'est en plus parfaitement attendrissant. 

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