Le Rituel : critique perdue dans les bois

Créé : 11 février 2018 - Christophe Foltzer

David Bruckner est l'un des artisans du cinéma d'horreur actuel, mais pas forcément le plus démonstratif. Après V/H/S/, The Signal ou encore Southbound, il retourne dans le fantastique une nouvelle fois avec Le Rituel et signe, au passage, probablement son meilleur film. En tout cas, le plus abouti.

Affiche
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Plus qu'aucun autre, le cinéma d'horreur est un genre ultra balisé, avec ses figures imposées et ses clichés incontournables. Si Le Rituel n'entend jamais casser ces codes en vigueur depuis des décennies, il ne s'interdit pas, par contre, d'en jouer et de les agrémenter à sa sauce pour faire vivre à son spectateur une expérience assez traumatisante. Disons-le d'emblée, Le Rituel rappelle énormément dans son principe le cultissime The Descent de Neil Marshall, sorti il y a (déjà) 13 ans. Et, loin de constituer un handicap, cette filiation spirituelle devient pour David Bruckner un véritable acte libérateur.

 

Photo Arsher Ali

Quatre amis face à des trucs bien chelou

 

SKOL OFENSTRU

Comme dans The Descent, nous nous retrouvons face à une histoire deuil impossible, de dépression et de culpabilité. En l'occurrence celle de Luke qui a assité à la mort de Rob, un ami d'enfance, dans le braquage d'une supérette. Transi par la peur, il n'est pas intervenu, alors qu'en plus leurs potes les attendaient dehors. 6 mois plus tard, les quatre amis décident d'effectuer la randonnée que leur avait proposé Rob le soir de sa mort : un trekking en Suède où ils lui rendent un dernier hommage. Mais, en déviant du chemin qui les conduit au refuge, ils sont surpris par l'orage et tombent sur une cabane abandonnée où ils décident de passer la nuit. Probablement la plus mauvaise décision de leur vie. 

Nous n'irons pas plus loin dans le résumé de l'histoire (qui dévoile le premier quart du film) parce que Le Rituel compte énormément sur sa surprise pour impressionner son spectateur. Et il y arrive parfaitement. Evidemment, le spectateur aguerri de ce genre d'histoire reconnaitra immédiatement les balises posées par un scénario qui n'en déviera jamais vraiment. Pourtant, malgré une attention de tous les instants, le fan se fera quand même balader, parce que l'histoire du Rituel n'est de loin pas le coeur du film.

 

Photo Le Rituel

Rafe Spall, excellent

 

PAS UN NOUVEAU PROJET BLAIR WITCH

Ce qui frappe d'emblée, c'est l'excellence de son design sonore, sa gestion du silence, ses bruitages environnants familiers et inquiétants. Le Rituel pose en quelques plans une ambiance ultra efficace qu'il ne quittera jamais jusqu'à son impressionnante conclusion. La forêt est un labyrinthe étrange qui en appelle à notre imagination débordante lorsque nous perdons nos repères et que nous essayons de résister à la peur. Dans le même ordre d'idée, les personnages du film sont admirablement bien construits. Basiques certes, mais tellement bien définis que l'on croit sans problème à cette bande de potes unis dans la douleur et une situation qui les dépasse. Chacun a son rôle, sa fonction, sa logique et une bonne partie de leurs relations se base sur ce soutien mutuel tout autant que sur les doutes vis-à-vis de ce qu'ils vivent. Si les quatre comédiens sont très bons, c'est bel et bien Rafe Spall qui emporte le morceau, excellent, totalement investi dans son rôle, dévoilant une palette d'émotions tout aussi complexes que contradictoires et intenses.

 

Photo Le Rituel

Dépasser le trauma, facile à dire...

 

L'autre grande qualité du film, c'est la gestion de son horreur et de son argument fantastique. Jusqu'au dernier acte, plus brut de décoffrage et donc plus classique, Le Rituel construit son mystère avec une certaine maestria, par suggestions, apparitions éclairs en arrière-plan, dans le flou de la profondeur de champ. Il gère tout aussi bien ses quelques jump-scares, jamais intempestifs, toujours justifiés et ô combien efficaces. Pour dire les choses comme elles sont, même si le film ne se regarde pas sur un écran de cinéma (ce qui est fort dommage), il fonctionne et parvient à nous coller cette frousse de l'inconnu et de l'obscurité que nous n'avions plus vraiment ressenti depuis... The Descent justement. Ajoutons à cela la très belle facture visuelle du film, la forêt est magnifique, les jeux d'ombres et de lumière parfaitement maitrisés, tour à tour glaçants et rassurants jusqu'à la découverte d'une cruelle réalité que le film nous fait accepter de façon totalement naturelle parce que ses personnages nous ont permis, dans leurs réactions et leurs questionnements, d'y croire autant qu'eux. Non, vraiment, Le Rituel est un petit bijou à ne pas manquer.

 

Résumé

Beau, terrifiant, sombre, dépressif, émouvant, Le Rituel est très loin de la copie crainte et prouve qu'en utilisant les codes du genre à bon escient, on peut proposer une aventure intense et troublante sans pour autant se trahir. Disponible sur Netflix.

commentaires

Decoy 08/08/2018 à 21:12

"-Ce chemin ne va pas dans la bonne direction...
-Oui, mais c'est plus facile pour marcher !
-D'accord, on le prend ! Dans 2 heures on est bourrés au pub les mecs !"

Lilliott 18/03/2018 à 23:01

Quitte a spoiler, autant être précis: destiné bien sûr par sa couardise au culte de la créature, le personnage se redresse enfin et affronte le monstre, du regard d’abord, contrairement à tous ses adorateurs, puis à la hache. Pour finir, c’est ainsi qu’il lui échappe. Ce qu’on ne sait pas c’est s’il échappera aussi à ses regrets, mais au moins il n’en sera pas dévoré de l’interieur semble-t-il.

Loki 04/03/2018 à 20:05

Apparemment, il y a des gens pas fute-fute ici qui n'ont pas compris le sens de la fin du film, alors attention spoilers :
Le monstre ne tue pas le personnage principal justement parce qu'il est un lâche. Il lui impose de s'agenouiller, pour le mettre, comme les autre villageois, à son service, parce qu'il voit en lui un être faible et potentiellement servile. La lâcheté du personnage et son évolution est donc essentielle d'un bout à l'autre du film : le monstre est une métaphore de sa lâcheté et des responsabilités qu'il fuit. Le fait que l'équipe soient composée de quadragénaires - âge auquel on baigne dans les responsabilités - fait ainsi également sens.
Eh ben, l'esprit d'analyse du français moyen, pas terrible...

stef 22/02/2018 à 17:21

mon dieu le navet ! tout ça pour ça !

MystereK 16/02/2018 à 16:23

Beaucoup aimé le film, la tension monte et c'est vrai qu'elle s'essoufle sur la fin, mais c'est parce que le mystère disparait, pas parce qu'elle est ridicule, même si elle n'est pas à la hauteur de ce qui précède.

Dommage 13/02/2018 à 15:02

Le film tient une bonne heure grâce à une introduction glaçante qui résonne au delà du choc. Mais ensuite le film se perds dans ce dont il veut parler et après une baisse de rythme, vire dans le grotesque.
La fin a quelque chose de comique.

Gaspard 12/02/2018 à 23:49

Vu. Et franchement ca casse pas trois pattes à un canard! La fin est juste kitsch et grotesque. Et c'est quoi le sens du film? Le Leshen est censé symboliser le deuil? L'épreuve doit lui faire prendre conscience qu'il veut survivre et qu'il doit aller de l'avant? C'est tellement con que je préfère me matter Patrick Sebastien et ses sardines, la au moins c'est assumé!

Gabriel 12/02/2018 à 14:25

Rien de vraiment étonnant dans ce film. Il se regarde mais c'est du déjà vu.

Jango56700 11/02/2018 à 22:00

Bon film. Même si je suis d accord avec vous la fin aurait pu être traité différemment.
Mais bon ne gachons pas notre plaisir, j ai passé un bon moment en le regardant

Pseudo 11/02/2018 à 20:38

Excellent du début jusqu’à 30 min de la fin. Bref, on reste sur notre faim avec la fin ????.

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