Le Château de verre : critique méli-mélasse

Simon Riaux | 18 septembre 2017

Destin Daniel Cretton nous a été révélé par States of Grace, chronique du quotidien d’éducateurs spécialisés, où Brie Larson s’imposait instantanément comme un des nouveaux visages incontournables du cinéma américain. Avec Le Château de Verre, le réalisateur retrouve la comédienne pour une plongée dans les mésaventures de la famille Walls, inspirée du texte autobiographique de Jeannette Walls.

 

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LA LUTTE DÉCLASSE

Devenue chroniqueuse mondaine à New York, la jeune femme doit faire face à une famille envahissante, dont les principes libertaires et émancipateurs ont peu à peu tourné au cauchemar obsessionnel. Relations d’amour, de pouvoir, au sein d’un groupe plus ou moins en marge de la société, aspiration à la normalité ou quête du dépassement de sa propre condition, on comprend parfaitement les thèmes qui ont pu passionner le metteur en scène et s’inscrivent dans la continuation de ses précédents travaux. Sauf qu’il passe ici complètement à côté de l’équilibre émotionnel délicat qui faisait de States of Grace une proposition plutôt sympathique, pour s’enferrer dans un chantage émotionnel passablement immonde.

Peu importe qu’il s’agisse, comme viennent le rappeler les saisissantes images du générique final, d’une histoire vraie. Cretton en dose si mal les éléments et la progression dramatique que du Le Château de verre s’écroule rapidement, mutilant au passage de très beaux personnages sur le papier. Difficile d’avoir de la sympathie pour un père drapé qui préfère cuver son whisky que nourrir ses enfants, à deux doigts de l’inanition, ou se contente de hausser les épaules quand son épouse immole par inadvertance une de ses filles.

 

Photo Woody Harrelson, Ella Anderson

Des étoiles très contraires

 

BRIE LARSEN

À trop vouloir charger la barque, le récit fait de ces parents à l’ouest d’improbables désaxés, dont la cruauté et l’insensibilité n’ont d’égale que la totale irresponsabilité. Et quand s’amorce le dernier acte et que le film change son fusil d’épaule émotionnel pour exiger de son personnage principal qu’il pardonne aux siens (parce que bon, papa était peut-être un poivrot égoïste qui a ruiné la vie de tout le monde, il improvisait quand même de super poèmes les soirs d’anniversaire), c’est tout le projet qui en devient odieux.

 

Photo Brie Larson

Autant vous le dire, Brie Larson semble s'amuser autant que le spectateur

 

Obsédé par le pardon et la résilience, le film désigne involontairement son héroïne comme la seule véritable fautive, celle qui détruira la fragile union familiale et aura l’outrecuidance de présenter l’addition à ses géniteurs pour une existence de souffrances et de privations. La sobriété un peu fadasse du découpage de Cretton collait parfaitement à la volonté d’authenticité de States of Grace , mais joue ici contre ce Le Château de verre aux airs de mauvaise reconstitution, au style d’une platitude infini.

On pourra toujours s’accrocher à la formidable prestation de Woody Harrelson, le seul à offrir à cette mélasse de pathos un peu de finesse et de grâce, quand la structure en flash-back lui laisse le temps de conférer de l’ampleur aux séquences où il intervient. Alors que se dessine lors de la conclusion le portrait « réel » de cette famille atypique, l’intérêt croit paradoxalement en réalisant combien un documentaire aurait été plus adapté à la découverte de cette tribu dysfonctionnelle.

 

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Résumé

Artificiel et putassier dans sa gestion de l'émotion, ce mélo ne vaut que pour la prestation de Woody Harrelson.

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