Hardcore Henry : Mauvais Genre nous tire une balle dans la tête

Créé : 28 mars 2016 - Simon Riaux

Une lame dentelée pénètre une jugulaire au ralenti, une brique fend une boîte crânienne, une batte de base-ball rencontre un front. Hardcore Henry démarre sur un pré-générique à l'image de l'expérience qu'il propose : ultra-violent, graphique à l'extrême, conçu comme une ouverture de James Bond déviante, où les chairs suppliciées auraient remplacé les silhouettes lascives.

bande-annonce
2 réactions

Une promesse énervée et excitante, que le cinéaste Ilya Naishuller s'efforce de tenir. Dans Hardcore Henry, on tabasse, on pète des mâchoires, on pratique la chirurgie cardio-vasculaire à coups de pince-coupantes, on torture des miliciens russes et on dégomme des tanks au katana. Le tout selon un rythme qui relève du sprint furibard, et tente le pari fou d'accomplir une accélération continue dans l'outrance et la folie pure.

Hardcore Henry prend même le risque de s'aliéner son public cible, le gamer adolescent désireux d'être caressé dans le sens du poil. Le métrage met ainsi son dispositif de mise en scène, la vision subjective, en expliquant et en démontrant à la faveur de ses twists que son concept est essentiellement vide. Mieux, le film, décidément incontrôlable, n'hésite pas à verser dans le gore absolu, comme pour mieux questionner ses spectateurs sur la violence qu'ils appellent à corps et à cri.

 

Photo

 

Et par miracle, l'ensemble demeure toujours d'une inventivité de chaque instant, créant des ruptures de ton délirantes, changeant brusquement d'atmosphère et virant de l'action débile, à la SF pure puis à la comédie absurde. On demeure ainsi sidéré, quand Hardcore Henry se permet d'enchaîner le plus naturellement du monde une scène de décaptitation à coup de nerf optique (si si), avant de nous lâcher un gag gras comme un loukoum, sorte de rot orgasmique et enfantin.

Contrairement à ce que l'on pouvait redouter, Hardcore Henry n'est pas l'œuvre d'un petit malin, parvenu à marier au forceps cinéma et jeux vidéo. C'est le doigt d'honneur rageur d'un sale gosse totalement punk et décomplexé. Grâce à son goût invraisemblable pour l'action bourrine bien sûr, mais surtout parce que cette course poursuite sous kétamine est un jeu de poupées russes renversant.

 

bande-annonce

 

Après une introduction aux airs de cinématique cheap, le film effectue un brusque virage sitôt Sharlto Copley à l'écran. Le comédien cannibalise instantanément le récit, qui lui offre un champ d'expérimentation à la hauteur de son goût pour le cabotinage. Son jeu gourmand et excessif en diable ponctue cette aventure tantôt brillante, tantôt mongoloïde, et interroge notre propre soif d'excès.

On fait le pari que Hardcore Henry sera probablement étripé par la critique, justement parce qu'il n'est pas le film d'action médiocre et putassier que l'on redoutait. Authentique œuvre malaimable et enragée, la création d'Ilya Naishuller teste les limites du public en permanence, avec une bonne humeur et une défiance aberrantes. Excessif, répétitif, écœurant parfois, le métrage a la force et le charme des gamins turbulents, dont on sait qu'ils finiront par nous taper violemment sur les nerfs, non sans nous avoir fait rire aux larmes.

 

Photo Haley Bennett

Résumé

Hardcore Henry explose toutes nos espérances, par sa folie et son goût pour la provocation démente. Un doigt d'honneur punk rafraîchissant et ultra-spectaculaire.

commentaires lecteurs votre commentaire !

Dirty Harry 28/03/2016 à 22:18

C'est surtout le premier film exploitant à fond la technique Go-Pro, un exercice se style psychopathe et décomplexé !

stivostine 28/03/2016 à 17:30

cool ca a lair bien sympa

votre commentaire