Birdman : critique déplumée

Simon Riaux | 23 février 2015 - MAJ : 10/03/2019 17:10

Porté par une campagne promotionnelle atmosphérique ainsi qu'un buzz savamment orchestré autour de son comédien principal et du rapport qu'il entretient avec son personnage, Birdman d'Alejandro González Iñárritu, avec Michael Keaton, arrive sur nos écrans en qualité de challenger sérieux aux Oscars.

Photo Birdman
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Et s'il est bien un domaine dans lequel le film devrait tenir la dragée haute à la concurrence, c'est bien celui de la technique pure. Alejandro González Iñárritu et son chef opérateur Emmanuel Lubezki se sont sortis les doigts pour emballer une performance hors du commun, à savoir un métrage pensé quasi-intégralement comme un faux plan séquence. En effet, dans Birdman, la caméra ne s'arrête jamais de tourner, joue avec le spectateur, le décor, la lumière et les personnages pour donner vie aux ellipses et rebondissements du scénario.

Le défi est énorme et relevé avec un panache souvent ahurissant, d'autant plus que tous les comédiens semblent s'amuser comme jamais de cette contrainte supplémentaire. Si Birdman les invite à cabotiner, ils s'en donnent à cœur joie avec une énergie contagieuse, à l'image de Michael Keaton, transfiguré dans chaque séquence. Le reste du casting est à l'avenant et compose une mémorable brochette d'allumés, qui s'amuse avec malice d'une étiquette hollywoodienne trop encombrante.

 

photo, Michael Keaton

 

Mais au-delà du plaisir brut du cinéphile, le nouvel effort de Alejandro González Iñárritu souffre de plusieurs tares évidentes. Le réalisateur n'a jamais été un conteur d'une grande subtilité, mais il touche ici le fond de la balourdise. Son message est terriblement convenu (les artistes sont narcissiques mais bouleversants, Hollywood est un repaire de fous superficiels, les critiques sont des salauds aigris), et se prend les pieds dans le tapis rouge que lui lèguent ses glorieux ancêtres. On a ainsi la désagréable impression d'assister à un remake ultra-simpliste de Opening Night de John Cassavetes.

 

photo, Emma Stone

 

Plus embarrassant, le film entretient l'idée d'une opposition totale entre un cinéma indépendant intelligent et virtuose, menacé par une institution, des studios cannibales, capitalistes et incultes. Une représentation schématique stupide, qui ne tient absolument pas compte de la réalité de l'industrie américaine. Venant d'un metteur en scène qui bénéficie depuis longtemps de la présence de stars hollywoodiennes à ses côtés, la proposition semble d'une terrible malhonnêteté. Malhonnêteté encore renforcée par les Oscars que remportent le film, qui viennent rappeler l'hypocrisie de son discours et la balourdise avec laquelle il l'assène.

Comme si à travers cette expérience tantôt lourdaude tantôt éclatante, se trouvait simplement un petit égo affamé de compliments et attendant fébrilement que nous l'applaudissions. Une limite qui empêche le film de s'élever, mais heureusement n'écrase pas totalement la singularité de ce festin visuel.

 

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Résumé

Birdman n'est pas le grand film espéré. Malgré la maîtrise évidente de sa mise en scène, il se révèle un soufflet balourd et ennuyeux, qui préfère flatter el cinéphile plutôt que le stimuler.

commentaires lecteurs votre commentaire !

Alfred
28/09/2015 à 13:54

Juste un film boursouflé et prétentieux où l'ego surdimensionné d'Inaritu n'en finit pas de nous dire "Et là, vous avez vu ? Je suis un sacré bon cinéaste, non. Et inventif avec ça !" Sauf qu'il n'a jamais rien inventé et s'est juste contenté de pomper ses aînés sans jamais les citer. Humainement minable.

effaré
30/03/2015 à 07:01

Ce film n'est que du marketing fait avec d'énormes moyens financiers, puisque l'argent attire l'argent. La bande sonore est tellement insupportable qu'elle s'apparente à du harcèlement. On y a comblé le vide avec du bruit. Ce sont des salves de batteries sans fin sans la moindre note de musique qui tapent sur les nerfs. J'aurais préféré un film muet au lieu d'être soumis à ce supplice. Le sujet est creux à l'instar de la façon dont la bande sonore a été meublée. C'est un non-problème résolu avec des tonnes de crème fouetté et des gadgets techniques. Tout est artificiel. Pour y trouver quelque chose, on devrait interpréter tout cela au cinquième degré, tandis que ce n'est clairement pas conçu de cette façon. Une salve de batterie ne traduit que du vide et ne s'interprète pas au cinquième degré. La seule chose qui est valable est l'excellente prestation des acteurs.

Michlspdo
05/03/2015 à 19:05

Tellement heureux d'avoir revu Michael Keaton dans un vrai et beau projet, pas comme ce robocop inutile. Il cabotine sérieusement à tel point que ça en devient jouissif !

Balodi
04/03/2015 à 14:11

Du travail de virtuose, le meilleur travail à ce jour de Innaritu.

sekn
03/03/2015 à 13:23

Quel film !!!.

C'est d'une grandiloquence folle autant dans le jeu des acteurs que la mise en scène mais ça lui donne une personnalité à part entière et du début à la fin ça renonce jamais à cette ambition d'un grand spectacle à tout les points de vues.

gop
03/03/2015 à 12:49

Un super film tout simplement;

Dirty Harry
03/03/2015 à 11:54

c'est évident que le film n'est pas pour tout le monde : ça y parle boutique donc je comprend ceux qui ne s'intéressent pas à ce milieu soient gonflés. Je rejoint la redac sur le coté "Opening Nights" en plus meanstream, c'est un peu balourd même comparé au Cassavettes (dommage que tout ce qui est mystérieux dans la première partie se voit expliqué sans ambiguité dans la seconde). Néanmoins le "tour de force" technique est vraiment pas mal conçu et les acteurs sont bons (Norton est pas mal du tout dans ce film et j'avais oublié combien il est précieux). Tout à fait d'accord sur la critique de la critique : ranger dans des cases ou des étiquettes toutes faites est d'une paresse intellectuelle sans nom. Quand les artistes se bougent à essayer de créer de nouvelles cases, y en a toujours pour les voir selon un schéma qui compte environ que 20 mots de vocabulaire. Vous enlevez ces 20 mots et certains critiques ne savent plus écrire quoique ce soit (au hasard dans la démonologie contemporaine : putassier, réac, quelque chose en "phobe", confondre classique et académique, ne faire aucune nuance entre révélation finale, coup de théâtre et retournement de situation en résumant tout cela à un "twist" et j'en passe...)

sylvinception
02/03/2015 à 12:02

Je l'ai enfin vu, ça m'a limite donné envie de vomir tellement c'est pompeux, hypocrite et vaniteux.

Et quand on sait que pas mal de réals beaucoup plus doués n'auront jamais de statuette pour leurs oeuvres, c'est encore plus gerbant.

La seule et unique chose qui sauve le film c'est son interprétation. Pour le reste c'est zéro.
Je mesurerais bien le tour de chevilles d'Innaritu, juste pour rigoler... Ça doit valoir le détour.

diez
01/03/2015 à 11:26

Quand on dit qu'un film est prétentieux, vaut mieux derrière préciser sa pensé, sinon ça n'a pas beaucoup de sens.

Joygin
28/02/2015 à 20:15

Film d'une prétention sans nom. Je me suis ennuyée, me suis mise en colère, me suis sentie mise à l'écart de tout le sujet et le contenu du film. Un des plus mauvais film vu depuis bien longtemps.

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