Critique : Quartet

Perrine Quennesson | 2 avril 2013
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Celui qui à 30 ans incarnait un jeune homme de 21 printemps et, 3 ans après, interprétait un vieillard de 121 bougies sait jouer sur les partitions de l'âge. Et à 75 ans, Dustin Hoffman fait ses débuts de jeune premier derrière la caméra avec une histoire adolescente de vieux à l'hospice. 

A Beecham house, on reçoit les artistes d'opéra (chanteurs ou musiciens) en fin de vie. Dans cette espace de re-création et de récréation permanentes, on rejoue sans cesse les anciennes gloires. Mais aussi, les histoires passées. Les amitiés sont tenaces, les rancunes aussi. Quand un trio d'amis voit, soudain, surgir celle qui fut leur quatrième comparse et collègue le temps d'un quartet resté célèbre dans leur milieu, les réactions sont diverses.

Sans être un Glee du 3ème âge, Quartet est un peu lui-même composé comme un opéra de Verdi, compositeur célébré par le film. On y retrouve le héros, Reg, un anglais pur souche incarné par Tom Courtenay, dans tout son flegme et sa retenue british qui eut, par le passé, le cœur brisé par l'héroïne, Jean, chanteuse d'opéra devenue très star, très populaire, jouée par Maggie Smith. Quand celle-ci arrive, l'histoire reprend là où elle en était restée 40 ou 50 ans auparavant. Chacun reprend ainsi son rôle : l'amie/confidente, Cissy (Pauline Collins), revient jouer l'entremetteuse et le justicier/arbitre, Wilf (Billy Connolly), revient distribuer les points avec humour. Et tout ce petit monde ne se comporte pas mieux que des ados. Les sentiments n'ont pas d'âge. Mais eux si. Et le poids des années rend l'histoire plus difficile à résoudre qu'une simple amourette de vacances. Lui ne s'est jamais remis de cette séparation et s'est plongé corps et âme dans la musique tandis qu'elle vit dans le souvenir d'un succès éteint, qu'elle chérit amèrement dans sa chambre pleine de reliques d'un temps qui n'est plus. Incapables de passer à autre chose car enfermés depuis bien trop longtemps dans leurs afflictions intérieures, ils sont aidés par le reste du quatuor qui incarne des paradoxes, des contradictions. Cissy, atteinte d'Alzheimer, figure les risques de la vieillesse par cette terrible maladie qui lui fait perdre la tête mais aussi traverser ses âges montrant que ceux-ci ne sont pas affaire de temps. Wilf, quant à lui, sous prétexte d'un AVC passé, agit un peu comme un ado attardé, très « live fast, die young » avec une franchise à toute épreuve, mais tempérée par une grande conscience de la fin proche, surtout dans ce mouroir aux allures de colonie de vacances.

Le film de Dustin Hoffman, par sa mise en scène léchée, ses cadres alternants plans larges romanesques (qui nous sortent de l'aspect théâtral de cette adaptation de pièce) et plans serrés pour aller à l'émotion, touche juste. Car c'est un dialogue sur l'âge, à la fois, à travers ses personnages principaux mais aussi par des éléments extérieurs comme ces jeunes gens qui débarquent pour un cours de musique. A cette occasion, on verra « s'affronter » deux générations mais aussi deux façons de s'exprimer pour finalement manifester les mêmes sentiments. Ou encore grâce à ce personnage de docteur/directrice d'hospice, avec sa petite trentaine, qui est assez vieille pour chaperonner ce petit monde mais encore suffisamment jeune pour apprendre de ceux qui l'entourent.

Positif, Quartet n'est pas une leçon de morale, ni une démonstration ennuyeuse sur la vieillesse mais bien un ravissant long-métrage, teinté d'opéra et d'espoir, mais aussi de bon sentiments sans guimauve. Et comme l'un des personnages, il faut peut-être parfois savoir lâcher la canne qui fait avancer pour se laisser vivre, ne serait-ce que le temps d'un tour de chant.

Résumé

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