Critique : David et Madame Hansen

Sandy Gillet | 28 août 2012
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Le cinéma d'Alexandre Astier respire l'intelligence au détour de chaque plan qu'il a mis en boîte ou de chaque dialogue qu'il a pondu. Mais pas uniquement. Il y a aussi une bonne dose d'amour dans sa façon de filmer Adjani qui n'a jamais été aussi belle, radieuse, impliquée et tout simplement actrice depuis... La reine Margot et ce même si l'on a une pensée toute particulière pour La journée de la jupe. Mais pas uniquement. Il y a surtout dans David et Madame Hansen l'étincelle d'une promesse que tout cela ne sera pas oublié par la suite. Comme si nous étions à l'aube d'une incroyable filmographie.

Pour les quelques cancres du fond, Alexandre Astier est le créateur, non, l'âme de la série Kaamelott, qui lui a permis de se forger une reconnaissance à la fois publique et professionnelle assez unique et complètement méritée. Dire alors que l'on attendait le lascar (et que dire de ses producteurs) dans une suite au cinoche des aventures d'Arthur et de ses chevaliers de la Table Ronde était un euphémisme que l'intéressé s'est empressé de prendre à contre-pied en s'attelant à ce film issu d'un projet vieux de dix ans. Si la chose est donc murie et complètement assumée, on ne peut s'empêcher d'être abasourdi par tant de maîtrise formelle dont la direction d'acteurs au cordeau est le sommet de l'iceberg. C'est devenu d'ailleurs une denrée suffisamment rare dans notre cinéma pour le souligner. Et quand en plus on parle ici d'un premier long avec une certaine Isabelle Adjani, la maîtrise en question n'en devient que plus impressionnante. Astier fait au demeurant montre d'un savoir-faire « old school » qui n'est pas sans rappeler une Mireille Darc chantant sous la prose d'un certain Michel Audiard. Quant à sa caméra, elle s'attarde, se reprend, se pose en des champs-contre-champs on ne peut plus classiques comme des clins d'œil appuyés à la grammaire cinématographique d'un Claude Miller façon Garde à vue.  

Car c'est bien d'un face-à-face dont il s'agit ici où Astier, définitivement l'homme orchestre de ce film, donne la réplique savoureuse à une Adjani qui interprète cette Madame Hansen du titre atteinte d'une maladie de la mémoire post-traumatique. Lui est ergothérapeute. Il vient d'être embauché dans cette clinique suisse où ne réside que des malades quatre étoiles. Première mission : accompagner cette Madame Hansen en ville pour qu'elle puisse acheter des chaussures. La sortie va pour le moins s'éterniser... De ce vrai-faux canevas qui ferait penser sur le papier à une sorte de road movie linéaire propre à se transformer en chronique psychologique, Astier surprend encore pour finalement mettre en scène une histoire terriblement non conformiste, empreinte d'une humanité débordante et caviardée de répliques à l'humour qui fond dans la bouche.

Pour autant David et Madame Hansen n'est pas qu'un film où l'auteur aurait bien ingurgité ses classiques et ses influences pour mieux les tordre ou les moderniser. Alexandre Astier  se contrefout de rendre une partition proprette se balançant entre de l'ancien et du moderne. Car c'est de sa musique bien à lui dont il est question ici. De celle lancinante qui ne vous lâche plus bien après la projection à l'instar de la bande originale du film que... Astier a composée lui-même. Quand on vous dit que l'on est à l'aube d'une très grande carrière de cinéma.

Résumé

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Ännchen von Tharau
08/11/2014 à 17:04

Très bon film, intelligent, sensible,inattendu. Des acteurs remarquables et justes.
Un moment anti-tristesse.

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