Critique : Rampart

Jérémy Ponthieux | 19 juin 2013
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Oren Moverman. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais en qualité de scénariste et réalisateur de The Messenger, il aura démontré de solides talents de narrateur et de metteur en scène. Son odyssée de deux éclopés de soldats chargés de transmettre aux familles le nom des jeunes gens morts aux combats aura su s'imposer comme un long-métrage précieux, équilibre bien balancé entre une humanité en perdition et une réalité coupante comme du verre. Voilà pourquoi le voir s'associer avec James Ellroy, maitre du roman noir moderne, pour traiter de la personnalité ambiguë d'un flic ripou jusqu'à l'os aura su titiller l'intérêt du cinéphile un peu vif. D'où donc une déception forcément plus grande. 

Il n'est pas étonnant que ce soit avec deux ans de décalage que l'on recueille sur nos vertes contrées ce long-métrage de la corruption policière comme on en voit une pelleté, pourtant pas dénué de mauvaises intentions. Moverman fait le choix d'axer l'entièreté de l'action autour de Dave Brown, flic de la Rampart Division qui ne vit que pour ses rondes nocturnes autour de Los Angeles, là où sévit une économie sous-terraine savamment organisée. Ce choix à double-tranchant s'avère dans un premier temps payant car il bénéficie du charisme étincelant de Woody Harrelson, d'une sobriété tout à son honneur, mais aussi de la mise en scène embarquée mais pas frénétique qui assoit la crédibilité de l'univers tout entier. Mieux, le montage opère quelques discrètes prouesses en zappant littéralement les passages obligés, comme ce passage à tabac majeur à l'intrigue que l'on aperçoit par le prisme d'un écran de télévision.

Seulement voilà, Rampart est aussi un film imprégné de l'univers d'Ellroy, fait qui transparait par la personnalité antipathique du protagoniste central. Dave Brown n'est pas le sergent Montgomery de The Messenger, ni dans son envie de recoller les morceaux ni dans sa volonté de déroger le protocole pour la bonne cause. Il est plutôt une figure de la corruption qui ronge la ville, impulsif et paranoïaque, hermétique au danger qu'il encourt en creusant sa propre tombe. L'originalité de l'approche est attrayante, mais sa transposition visuelle laisse dubitative en ce qu'on ne parvient pas à réellement s'attacher à un personnage qui est pourtant de tous les fronts. La lente descente aux enfers qu'il entame ne trouve pas d'écho dramatique réel (on en vient à se demander pourquoi le bougre s'enfonce dans le bourbier avec aussi peu de lucidité) et sa pseudo-rédemption est entamée bien tardivement, à un moment du film où le spectateur n'est déjà plus partisan de ses actions.

La galerie de seconds couteaux qui l'environne ne trouve guère mieux à se lotir, particulièrement les rôles féminins dont les motivations sont assez troubles, voires franchement limitées. Plutôt à court de carburant, le long-métrage ne semble jamais vouloir décoller comme attendu, si bien que la brutalité du générique final laisse sur une sérieuse impression de vaine tentative. Un bien dommageable retour pour un long-métrage aux atours pourtant prometteurs.

Résumé

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