Critique : Insomnia

Laurent Pécha | 26 avril 2007
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Remake d’un épatant thriller norvégien, disposant d’un casting de tout premier ordre, à savoir Al Pacino, Robin Williams et la délicieuse Hilary Swank, Insomnia marque le retour derrière la caméra de Christopher Nolan qui démontre qu’il peut signer un film brillant sans forcement s’appuyer sur un roublard gimmick (comme ce fut le cas dans Memento).

Dans Insomina, l’enquête sur le meurtre sauvage d’une jeune fille, dans un trou perdu de l’Alaska où en cette période de l’année la nuit ne tombe jamais, profite d’une ambiance que le David Lynch de Twin Peaks n’aurait pas renié. Le premier tiers du métrage s’évertue avec succès à reproduire les mêmes schémas narratifs et la même description d’une petite ville refermée sur elle-même avec son lot de personnages atypiques et (quelque peu) mystérieux. La suite s’écarte cependant de ce modèle (presque) avoué, pour illustrer le cas de conscience du flic incarné par Al Pacino, hanté par un irréversible faux pas.

La mise en scène de Nolan est méthodique et rigoureuse, et chaque élément mis en place sert totalement le récit. Non seulement le cinéaste confirme qu’il possède une maestria visuelle évidente (la photo est sublime,) mais il prouve avec brio qu’il est capable de raconter une histoire qui repose moins sur une formule préétablie que sur les personnages et un véritable cheminement scénaristique. A ce titre et pour ceux qui auront vu le film original norvégien, il sera fascinant de voir à quel point Nolan s’est évertué à être le plus fidèle possible à son déroulement pour pourtant arriver à un résultat, une atmosphère et des thèmes radicalement différents. Il prouve ainsi que l’on peut remaker un bon film en reprenant la plupart des scènes clés tout en leur donnant un éclairage nouveau. D’ailleurs à bien des égards, sa version d’Insomnia se montre supérieure à son homologue norvégien. Un tour de force impressionnant qui était loin, très loin d’être acquis au départ.

Mais la vista de Nolan n’aurait pas la même saveur sans l’apport inestimable de ses comédiens, avec en tête Al Pacino. Pour ceux qui en doutaient encore, ce dernier prouve définitivement qu’il est LE plus grand acteur contemporain. De la première à la dernière image, il s’empare de manière époustouflante de ce rôle de flic au bout du rouleau, tiraillé entre ses pêchés, son humanité et son sens du devoir. La prestation qu’il livre ici est tout simplement l’une de ses meilleures. Cependant, le génial comédien n’est pas tout seul, le choix des autres rôles démontrant que le jeune Nolan maîtrise aussi bien son casting que ses caméras. Entre un Robin Williams aussi sobre que convaincant dans un contre-emploi pas forcément évident et quelque peu ingrat et une Hilary Swank apportant un salvateur contrepoint dans cet univers âprement masculin, on ne doute pas un seul instant de la crédibilité des interprètes dans leurs rôles respectifs. D’autant plus que de Martin Donovan à Maura Tierney, les seconds rôles apportent équilibre et véracité au récit.

Insomnia est un bijou narratif et visuel magnifié par de sublimes interprètes qui permettait d’espérer de très grandes choses de la part de Christopher Nolan. Batman begins est venu en grande partie confirmer ces espérances.

Résumé

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